Constantine - A la une

Badr'Eddine Mili au Temps d'Algérie



Badr'Eddine Mili au Temps d'Algérie
Connu pour ses prolifiques réflexions politiques, Badr'Eddine Mili s'est imposé comme une valeur sûre dans l'univers littéraire avec sa pathétique trilogie, la Brèche et le Rempart, le Miroir aux alouettes, et les Abysses de la passion maudite. Tous ses écrits focalisent sur l'Algérie, le pouvoir et la période coloniale. Sans verser dans les faits historiques, sa verve lyrique fait une incursion dans la grande histoire du pays à travers de multiples sagas familiales.Avec doigté et délicatesse, il a su conter avec beaucoup de sagacité un pan d'histoire. Sa production littéraire marque un tournant décisif dans son écriture. Créatif et inventif, il propose dans ses romans des personnages colorés qui avec leur carapace se dévoilent, évoluent et sont terriblement tragiques mais tellement humains ! Badr'Eddine Mili a cette capacité à transcender les épreuves et l'adversité pour donner de la fraîcheur et de l'intensité à son récit. Homme de culture et nationaliste de bon aloi, il porte l'Algérie dans son c?ur. Dans cet entretien, il dévoile sa passion de l'écriture littéraire sans omettre le politique qui constitue les prémices de son embellie littéraire. Le Temps d'Algérie : L'écriture est-elle un passe-temps, un exutoire ou un moyen de transmettre des messages 'Badr'Eddine Mili : J'ai toujours soutenu l'idée que l'acte d'écrire est un acte libre et responsable qui résulte de la conjonction de plusieurs variables. Certains courants ont vu dans l'écriture littéraire l'expression d'un engagement politique, au sens strict du terme. Maxime Gorki, Nazim Hikmet, Aragon, Pablo Neruda se sont ouvertement revendiqué de cette conception de la littérature quand d'autres y ont cherché, à l'inverse, l'exutoire à travers lequel ils pouvaient faire aboutir une quête d'esthétique, ainsi que Breton, Tzara ou Desnos qui l'ont, parfaitement,Illustré à travers le mouvement surréaliste. Considérée, globalement, dans sa genèse, la littérature n'a, cependant, jamais été un loisir ou, comme vous dites, un passe-temps qui se suffirait à lui-même. Elle peut être distanciée, utilitariste mais, rarement désincarnée.Pourquoi avoir évoqué l'Algérie et particulièrement Constantine et ce quartier ' Avez-vous puisé de la réalité ou est-ce une fiction 'La trilogie à l'écriture de laquelle je me suis consacrée dès le début des années 2000 avait été sous-tendue par la préoccupation de remettre en scène les hommes, les événements et les lieux qui ont tissé la trame de notre histoire contemporaine. L'Algérie, Constantine et Aouinet-El-Foul, le quartier populaire qui personnifie le mieux la structuration de la colonisation dans sa version la plus négatrice de l'identité algérienne, se sont imposés comme des personnages-clés dans la reconstitution de ce large pan de la mémoire collective.Y a-t-il des similitudes entre des personnages colorés et des personnes de votre connaissance 'Comment voulez-vous qu'il n'y ait pas de similitudes entre les personnages du récit et les personnages du vécu ' Malgré tous ces efforts tendant à gommer les aspérités du réel pour donner à son ?uvre une dimension plus romanesque, un écrivain est toujours rattrapé par les sommations de la vérité. C'est la vérité qui donne de l'épaisseur aux personnages, non l'inverse. L'Algérie semble être le point nodal de vos écrits, Pourquoi 'La tragédie de la conquête et de l'occupation coloniales subie par la nation algérienne n'a pas encore épuisé la totalité de son fond. Elle n'a pas été, suffisamment, racontée et explicitée. Loin s'en faut. Riche d'une matière très dense, elle continuera, sans doute d'inspirer les romanciers et les historiens pendant très longtemps encore.Quel est le livre qui vous a le plus marqué 'La vie d'un lecteur et, à fortiori, celle d'un écrivain, n'est pas, obligatoirement suspendue à la fatalité de la lecture d'un seul livre, fut-il le plus touchant et le mieux écrit. Chaque livre recèle, en lui, des particularitéS qui en font une ?uvre distincte des autres, dans laquelle on peut se reconnaître en partie ou en totalité. Ceci dit, si j'ai un choix à faire, je répondrai la Grande Maison, de Mohamed Dib, ce romancier engagé qui a su dépeindre, avec un réalisme inégalé, l'état de la société algérienne prérévolutionnaire.Le livre que vous avez détesté 'On ne peut pas détester un ou des livres sauf s'ils sont un concentré de haine destiné à discriminer et à tuer. Je classe Mein Kampf dans cette catégorie d'ouvrages qui, malheureusement, font flores dans le désordre planétaire qui est, aujourd'hui notre lot quotidien. Quels sont les écrivains de votre prédilection ' Algériens et étrangers 'Les écrivains algériens depuis Apulée ont, de tout temps, brillé et contribué à enrichir le patrimoine immatériel de l'humanité. Je ne saurai les citer tous mais il y en a qui forcent le respect et que l'on évoque avec beaucoup de considération. Je pense ici à Mouloud Feraoun, Mohamed El Aïd El Khalifa, Moufdi Zakaria, Malek Haddad, Kateb Yacine, Rachid Boudjedra, Tahar Ouettar, Rachid Mimouni et Abdelhamid Benhadouga.Ce sont, là, les classiques mais ils y en a qui ont émergé, ces dernières années, et dont le talent est, unanimement, salué ici et à l'étranger. La bibliothèque universelle est, quant à elle, peuplée de milliers de noms attachants. Ceux dont je me suis senti le plus proche, notamment, au cours de mon adolescence, furent, incontestablement, Henry Miller, James Joyce, Gogol, Maïakovski, Brecht, Dosteïvski, Dante, Baudelaire et Mandiargues.Votre avis sur la littérature de ces dernières années 'Chaque époque produit sa littérature en fonction de données historiques et sociologiques propres. Celle qui se développe sous nos yeux apparaît plus apaisée, audacieuse et en phase avec les besoins en contenus et en esthétique exprimés par une société ouverte sur les horizons de la mondialisation.Pensez-vous que les nouveaux auteurs sont de la même trempe que les grosses pointures comme Kateb, Boudjedra ou Dib 'Cessons de comparer les nouveaux avec les anciens car si on continue à se référer aux vieux critères d'appréciation on n'avancera pas. Les écrivains de la nouvelle génération ne sont pas à la recherche d'un père.Ils veulent construire des paradigmes inédits qui, tout en tâchant de ne pas s'éloigner des valeurs fondatrices de la personnalité nationale, s'investissent dans des approches novatrices qui n'ont rien à envier à celles d'ailleurs. J'y vois une relève téméraire qui n'a pas froid aux yeux et c'est tant mieux. Quels sont vos futurs projets littéraires 'Certains critiques se sont hasardés à avancer, hâtivement, que les Abysses de la passion maudite serait mon dernier roman alors que j'avais, simplement, déclaré que je suspendais, momentanément l'écriture littéraire pour me consacrer à la réflexion politique. Je suis, en effet, en train de travailler sur un nouvel essai intitulé l'Opposition algérienne : fiction et réalité conçu comme le pendant de celui paru, en 2014, chez Casbah Editions, sous le titre les Présidents algériens à l'épreuve du pouvoir, un titre qui, soit dit en passant, ne correspondait pas tout à fait à la teneur du propos développé dans le livre puisque, initialement, il devait porter l'intitulé de Algérie : Etat et Pouvoir.Peut-être que le titre avec lequel il fut proposé au public était, commercialement, plus attractif. Et de fait, les tirages successifs effectués par l'éditeur ont été épuisés en quelques semaines.Le lectorat arabophone demande, d'ailleurs, à le voir traduit en langue nationale ce qui est, déjà, le cas pour le premier tome de la trilogie la Brèche et le Rempart dont la version arabe sera présentée au Salon du livre de Constantine programmé pour avril prochain. Ceci, en attendant que les Miroirs aux alouettes soit porté, à son tour, à l'écran sous le titre provisoire de Ayyem Zamen.Entretien réalisé par


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)