Nourri d'une longue enquête et de documents souvent inédits, Architecture de la contre-révolution (Edition B42, Paris 2019), de Samia Henni, est une analyse des politiques d'architecture et d'urbanisme mises en ?uvre par l'Etat colonial français pendant la guerre d'indépendance algérienne. L'auteure est historienne et théoricienne de l'architecture, maître de conférences à l'université Cornell, aux Etats-Unis.Entre 1954 et 1962, les autorités civiles et militaires françaises ont profondément réorganisé le territoire urbain et rural de l'Algérie, drastiquement transformé son environnement bâti, construit de nouvelles infrastructures en un temps record et implanté de manière stratégique de nouveaux centres de population afin de maintenir l'Algérie sous domination française.
L'éditeur explique : «Sans chercher à dresser un panorama exhaustif des 94 mois de destruction et de construction qui caractérisèrent la guerre menée par la France en Algérie, l'auteure enquête sur les pratiques coloniales de la France telles qu'elles s'incarnent dans des instruments juridiques, des opérations militaires et des projets architecturaux et à mettre en lumière le rôle respectif d'une série d'officiers, de technocrates, d'architectes, de planificateurs et d'ethnologues dans la création architecturale tout au long de cette sanglante guerre d'indépendance.»
Le journal Le Monde, qui consacre une pleine page à cette parution rappelle les «camps de regroupement où furent relogés de force des centaines de milliers de villageois au Plan de Constantine, élaboré à l'initiative du général de Gaulle et mis en ?uvre par Paul Delouvrier pour construire un million de logements en un temps record, en passant par l'édification de Rocher noir, éphémère capitale de l'Algérie française édifiée à la fin de la guerre, elle explore les ressorts d'une politique qui a produit des effets longtemps après l'indépendance du pays».
Dans l'entretien qu'elle accorde à notre confrère parisien, elle explique que l'ouvrage est une adaptation de sa thèse d'architecture : «J'ai travaillé à l'intersection des pratiques coloniales, des mesures militaires, de l'urbanisme et de l'architecture (?) Ces unités ont été pensées pour empêcher ces regroupements familiaux où tout le monde dort ensemble. Mais on n'a rien empêché du tout.
Les gens ont continué à habiter tous ensemble, dans des pièces plus petites. Comment auraient-ils pu faire autrement ' Il fallait qu'ils laissent leur grand-mère dans la rue ' Ce sont des erreurs graves. Avec pour résultat d'appauvrir des gens déjà très pauvres.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : W M
Source : www.elwatan.com