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Algérie- La livraison de l'Autoroute Est-Ouest menacée par l'énorme retard des chantiers de COJAAL



Algérie- La livraison de l'Autoroute Est-Ouest menacée par l'énorme retard des chantiers de COJAAL
L'énorme retard des chantiers confiés à COJAAL serait dû à la faiblesse de ses capacités opérationnelles. Le consortium japonais ne peut payer les sous-traitants parce qu'il ne peut percevoir les paiements effectués par l'Agence nationale des autoroutes (ANA) avant d'avoir obtenu de son banquier la prorogation du délai de caution. Son contrat sera-t-il résilié ' Peu probable à l'approche des présidentielles.
Les travaux sur le tronçon non encore achevé de la partie est de l'autoroute Est-Ouest que réalise le Consortium japonais pour l'autoroute algérienne (COJAAL) sont à l'arrêt. Des sous-traitants bloquent le chantier brandissant des factures impayées de prestations contractées par COJAAL. Ce dernier fait porter le chapeau à l'Agence nationale des autoroutes (ANA), maître de l'ouvrage, qui ne se serait pas acquittée de son dû: 1,2 milliard de dollars américains. Ce que dément l'ANA, dont le directeur général par intérim, Mohamed Ziani, affirme que le coût total des travaux de base ou complémentaires devant être réalisés par ce consortium a été « versé, le 12 mars 2013, au Fonds national de l'investissement (FNI) ».
Selon une source de Maghreb Emergent, le bureau d'études italien ANAS, à qui on avait confié, lors du lancement du chantier, le suivi des travaux de réalisation des 399 km allant de Bordj-Bou-Arreridj à Kebbouda (30 km du chef-lieu de la wilaya d'El Tarf, près de la frontière tunisienne), avait alerté l'ANA, trois ans avant l'expiration des délais contractuels, de l'« insuffisance des capacités opérationnelles du groupement nippon ». C'était, en effet, la première fois que les six entreprises composant le consortium (KAJIMA, TAISEI, MAEDA, NISHIMATSU, HAZAMA et ITOCHU) s'engageaient sur un projet d'une telle envergure.
Ces six entreprises avaient soumissionné dans le cadre de COJAAL et avaient décroché le marché pour plus de 376 milliards de dinars (près de 5,2 milliards de dollars). L'ordre de service de commencement des travaux leur avait été signé le 18 septembre 2006. L'ANA réalisera à ses dépens leur incapacité à respecter les délais de livraison. Le bureau d'études italien l'en avait prévenu en 2008, dans l'un de ses rapports de contrôle.
Le rapport en question prévoyait déjà un retard de deux années au minimum sur les délais contractuels, fixés, pour la totalité de l'ouvrage, à fin janvier 2011. La réalisation des trois tunnels que compte ce tronçon est nécessite un savoir-faire pour lequel le Consortium nippon n'est pas connu pour être une référence. Le premier tunnel, le plus long avec 2.500 mètres, est situé dans la localité d'El Kantour, entre les wilayas de Constantine et Skikda. Les deux autres traversent Djebel El Ouahch, dans la wilaya de Constantine, sur une longueur, de 1.900 m et 300 m, respectivement.
Des retards étouffés par... la conjoncture politique
L'ANA disposait d'assez de temps - les trois années qui restaient sur les délais contractuels, en plus des deux années de retard que prévoyait le bureau de suivi - pour résilier le contrat et engager d'autres entreprises. Or, la conjoncture politique de l'époque ne favorisait pas une telle décision.
Le ministre des Travaux publics, Amar Ghoul, n'hésitait pas à promettre, en toute occasion, que le projet sera livré avant les délais contractuels. Il évoquait des taux d'avancement de 70 à 80% au moment où ceux-ci, a précisé notre source, ne dépassait pas les 30%.
Qualifié par Amar Ghoul de « projet du siècle », l'autoroute Est-Ouest est l'un des plus importants projets structurants du programme du président Bouteflika alors qu'il s'apprêtait à briguer un troisième mandat. Une telle décision aurait été « fatale » aussi bien pour le ministre que pour son président.
Après des échanges d'« amabilités », par presse interposée, entre les entrepreneurs japonais et les autorités algériennes, l'argument « technique » a fini par justifier l'incapacité opérationnelle du consortium auprès de l'opinion publique. Sommé par le maître de l'ouvrage de renforcer ses chantiers, COJAAL avait évoqué des difficultés dans l'approvisionnement des chantiers en agrégat, des lourdeurs dans les procédures de douanes et même des pressions des associations de défense de l'environnement. Les écologistes algériens s'étaient sont, en effet, mis de la partie avant de se taire après que l'ANA ait retenu le tracé contournant le parc naturel d'El Kala.
Les pouvoirs publics, de leur côté, se sont chargés d'expliquer aux usagers de la route, qui attendent toujours l'ouverture des derniers tronçons à la circulation, que la difficulté de creuser des tunnels en terrain montagneux devrait retarder la livraison de l'ouvrage !
Des grandes facilités accordées par le gouvernement
Cinq ans après, on se retrouve au même stade. L'éclatement du scandale de corruption, impliquant l'entreprise chinoise ayant réalisé les lots centre et ouest de l'autoroute lors du troisième mandat de Bouteflika, a éclipsé les retards accumulés par le consortium japonais à cause de son insuffisance opérationnelle et des grèves des travailleurs syndiqués.
COJAAL a ainsi bénéficié, en 2011, d'un premier avenant qui prolonge le délai de réalisation de 18 mois, amenant la date d'achèvement des travaux au mois de mai 2012, et ce, après une polémique avec Amar Ghoul qui le menaçait de résiliation de son contrat. Une polémique qui n'a pas bénéficié du même niveau de médiatisation que la précédente.
L'avenant représente la régularisation de 300 jours de retard « dû à des intempéries ». Une attestation du maître de l'ouvrage, signée par Mohamed Ziani, DG l'ANA par intérim de, a été délivrée au consortium le 21 septembre 2011, pour les opérations d'importation temporaires et définitives. Un document, certifiant que le COJAAL est toujours titulaire du marché portant réalisation des travaux du lot est de l'autoroute Est-Ouest. On peut y lire : « L'avenant n°1 à la convention, qui prolonge le délai de réalisation de 18 mois, est en cours d'approbation au niveau de la Commission nationale des marchés, et une régularisation de délai de 300,8 jours (de retard) dû à des intempéries amènent ainsi la date d'achèvement des travaux au mois de mai 2012. » Cet avenant avait traîné pendant longtemps avant que la commission nationale des marchés ne l'approuve.
De mai 2012 à aujourd'hui, une année est passée. Le consortium japonais n'a pu la faire fructifier pour livrer l'ouvrage à temps, et ce, en dépit des facilités multiformes accordées par le gouvernement depuis la remise de l'ordre de service. Il lui reste à finir 250 mètres de tunnels mais, surtout, les 70 km allant du PK 329, d'A'n Ben Beida (Guelma) aux frontières avec la Tunisie (camp 7). Et il ne s'agit pas là de petites « bricoles » car l'ouvrage sort à peine de terre sur ce tronçon. Pour pouvoir travailler, COJAAL doit payer les sous-traitants (pour la plupart, des entreprises qui lui louent des engins et autres camions), ce qui n'est pas dans ses cordes actuellement. L'engagement d'une autre entreprise pour achever les travaux retarderait encore la livraison de l'ouvrage.
Le consortium japonais doit disposer d'une « prorogation du délai de caution » pour toucher son argent, versé, à en croire Mohamed Ziani, le 12 mars dernier au FNI. Dans une déclaration à l'agence APS, celui-ci a indiqué que son agence avait « exprimé, il y a deux jours (le 6 mai 2013, NDLR), lors d'une réunion avec la partie japonaise, son entière disposition à fournir tout document administratif pouvant aider (celle-ci) à obtenir la prorogation du délai de caution ». Et de menacer d'appliquer « des mesures coercitives à l'encontre de cet opérateur ».
Le ministre des Travaux publics, Amar Ghoul, a exprimé jeudi denier son soutien au DG de l'ANA. L'ANA, a-t-il dit, « se réserve le droit d'engager des procédures de compensation prévues dans le contrat pour l'obliger (COJAAL) à honorer ses engagements ». Or, le Consortium japonais n'a pu se procurer auprès de son banquier la propagation du délai de caution exigé par le FNI. Faute de quoi, il ne pourra pas toucher le moindre centime.
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