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À la redécouverte de Charles Bonn, l'universitaire et l'homme



Contrairement à ses ouvrages antérieurs où il était question de littérature maghrébine, de l'immigration, des années 90 ou encore ceux, nombreux, consacrés à Kateb Yacine, c'est moins Bonn le chercheur, ou le professeur ? même si des retours incessants à la littérature existent ? qu'on découvre au fil des pages de cette série d'entretiens.Professeur émérite à l'université Lyon 2, spécialiste de la littérature maghrébine et algérienne plus particulièrement, Charles Bonn, son parcours, ses réflexions sur la littérature algérienne, son entrée dans celle-ci, par hasard de surcroît, sont au c?ur de l'ouvrage Littérature algérienne, itinéraire d'un lecteur (éditions El-Kalima), qui se présente sous la forme d'une série d'entretiens réalisés par Amel Maafa, suivis d'une post-face de plusieurs pages signée Naget Khadda.
Cette "anamnèse" de l'éminent chercheur traite d'"aspects quasi intimistes de l'autobiographie de Bonn, parfois désenchanté, de ses combats d'enseignant-chercheur", dit Khadda de son "alter ego hostile". S'est imposé à ce dernier, après de longues années d'enseignement, de direction de thèses, de rédaction de nombreux et riches ouvrages "un besoin d'évaluer son legs", et cela s'est passé en deux temps, selon elle. "D'abord, il a retracé son itinéraire intellectuel dans un livre clair et pédagogique qui collationne ses articles les plus importants et sera assurément d'une grande utilité pour les étudiants algériens qui ont plus de chances que leurs homologues français de continuer à étudier la littérature maghrébine (?) Ensuite, il nous livre ici la réminiscence de son parcours à la faveur d'une interview originale qui se présente comme une conversation à bâtons rompus." Contrairement à ses ouvrages antérieurs où il était question de littérature maghrébine, de l'immigration, des années 90 ou encore ceux, nombreux, consacrés à Kateb Yacine, c'est moins Bonn le chercheur, ou le professeur ? même si des retours incessants à la littérature existent ? qu'on découvre au fil des pages.
En effet, c'est bien l'homme, son évolution, sa construction identitaire, les séquelles de mai 68, son idéologie anticolonialiste ou encore ses désenchantements qui sont consignés dans ce long aparté littéraire. Divisé en six chapitres, le livre commence par le récit de la venue impromptue du jeune Charles, alors âgé de 29 ans, à l'université de Constantine en 1969, "un poste que je n'avais pas demandé mais qui me séduisait bien", dit-il. Cette venue constitue pourtant pour Bonn une double "étrangeté", celle du pays et celle de la découverte d'un nouveau "fonctionnement littéraire".
Face à ces défis, il "s'empresse de retrouver une cohérence", et cela le mènera à découvrir Kateb Yacine, un style littéraire qu'il ne soupçonnait pas et dont il sera marqué à jamais. "Trouver des auteurs qui, comme Mouloud Feraoun, auraient cherché à «montrer que les Kabyles étaient précisément des hommes» ne m'aurait pas surpris. Mais être confronté d'emblée à l'exigence littéraire de Kateb m'ébouriffait", répond-il à la question de Maafa.
Par ailleurs, Bonn explique que nombreux étaient les chercheurs qui évitaient d'aborder "certains textes difficiles", en donnant l'exemple de Jean Déjeux. "Le regard exotique des premiers critiques les conduisait souvent, comme ce fut le cas de Jean Déjeux, à refuser la difficulté de l'écriture de certains textes. Déjeux n'allait pas cependant jusqu'à ignorer purement et simplement certains textes difficiles, et c'est d'ailleurs lui qui a commencé à m'en signaler un grand nombre." Pour Déjeux, les textes de Kateb Yacine "étaient des supercheries".
Même son de cloche chez Emmanuel Roblès, qui leur préférait nettement, selon Bonn, la simplicité apparente de l'écriture de Mouloud Feraoun. Riche en information autant sur le parcours professionnel que personnel de Bonn, le livre nous plonge dans les réflexions, souvent accompagnées de notes de bas de page, expliquant plus en profondeur le raisonnement de l'universitaire, ses prises de position et son point de vue sur la littérature algérienne, notamment actuelle.

Yasmine Azzouz
"Charles Bonn. Littérature algérienne, itinéraire d'un lecteur", entretiens avec Amel Maafa, éditions El-Kalima, 2019, 264 pages, 800 DA.
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