Lors de son dernier passage à la Chaîne III, notre ministre des Finances, Karim Djoudi, s'est exprimé sur trois points essentiels: d'abord, actualité oblige, il s'en est pris à la corruption, ensuite, et puisque c'est sa fonction, il a parlé de de la loi de finances complémentaire enfin, il a eu quelques mots à propos du poids de la masse salariale et des transferts sociaux, histoire de faire figure de bon élève du FMI en reprenant à la lettre, ou presque, les recommandations et les mots de Christine Lagarde. Sur les deux premiers sujets, des observations s'imposent.
De la corruption, d'abord...
La manière dont M.Djoudi a abordé le thème de la corruption soulève quelques questions. En effet, après avoir lu et relu à plusieurs reprises les mots du ministre à ce propos, on ne sait toujours pas s'il a parlé de ce détestable fléau qui ronge notre économie et notre société dans ses profondeurs, simplement pour coller à l'actualité ou bien s'il l'a fait pour mieux «vendre» son passage à la radio ou alors s'il l'a fait instinctivement sans trop y croire parce que, à bien y réfléchir, le ministre n'a rien dit de nouveau. Absolument rien!
M.Djoudi a d'abord cru utile de rappeler que «la lutte contre la corruption en Algérie touchera toutes les personnes impliquées dans ces crimes économiques sans exception» avant de préciser à propos des cadres supérieurs que «(...) le problème n'est pas un problème de personnes, mais de fraude et de corruption et toute personne impliquée dans la corruption sera poursuivie et sanctionnée». Comme si cela pouvait en être autrement! Comme si chez nous, certains pouvaient être exonérés dans la lutte contre la corruption au moment où des ministres et autres de rangs bien plus élevés, sautent à travers le monde à partir de la moindre accusation dans ce genre de problème. Le cas de Jérôme Cahuzac, ministre du Budget de la France, qui vient d'être contraint à la démission, n'est certainement pas une exception et il n'est pas, non plus, le dernier du genre. Merci de nous l'avoir dit, M.Djoudi. On ne savait pas que, jusqu'à présent, les ministres et autres cadres supérieurs pouvaient être épargnés. On pensait que, citoyens comme tous les autres, ces hauts responsables étaient eux aussi soumis aux mêmes règles déontologiques, éthiques et administratives. On pensait, à tort peut-être, que leur responsabilité étant plus grande, leur retenue devant être plus grande, ils devaient être plus soucieux de la correction, de la droiture et des bonnes manières et que, le cas échéant, l'Etat était là pour taper sur les doigts. Par ailleurs, le ministre a tenu à mentionner la «volonté politique très forte de lutter contre la corruption, le blanchiment d'argent et toutes les formes de fraude et de transferts illicites de capitaux en Algérie». Est-ce que cela signifierait qu'avant, cette volonté n'existait pas ou bien est-ce que cela n'était pas pris au sérieux jusque-là, ce qui expliquerait les différents scandales portés sur la voie publique'
Par ailleurs, affichant le même optimisme que tous les ministres et autres responsables qui ont, depuis toujours, parlé de ce problème, le ministre, comme tous les autres, dit être convaincu que cette fois la lutte «portera ses fruits». Jusqu'à présent, malheureusement, on n'a rien vu venir malgré le fait que l'on nous ait servi le même langage depuis près de quarante ans! La preuve, il y a quelques jours à peine, la bombe Khelil a éclaté, éclaboussant tout ce qui peut l'être, et tous ceux qui peuvent l'être. En attendant probablement d'autres révélations.
De la loi de finances complémentaire et de l'improvisation dans la gestion du pays
«L'Algérie recourra encore cette année à une loi de finances complémentaire pour prendre en charge les nouvelles dépenses urgentes et imprévues de 2013.» C'est par cette phrase «gênée» que le ministre a voulu justifier le recours à ce qu'on appellera bientôt la LFC 2013. Le «encore cette année» du ministre est lourd de sens. C'est dans le genre «je regrette, mais...». En effet, tout le monde sait à quel point le recours aux LFC doit être exceptionnel et ne se faire que pour parer à des urgences uniquement. D'ailleurs, c'est pour cela que le ministre a cru bon de préciser que cette LFC vise à «prendre en charge les nouvelles dépenses urgentes et imprévues de 2013». Or, comme urgences, M.Djoudi nous cite le budget pour préparer «Constantine, capitale de la culture arabe» pour 2015. Où est donc l'urgence en cela' L'excuse que l'on en donne, dit un proverbe arabe, est parfois pire que l'erreur elle-même.
En effet, l'organisation d'une telle festivité (dont, sincèrement, nous ne voyons aucune utilité économique ou sociale) n'a rien d'urgent. Et n'a rien d'imprévu non plus. C'est une opération qui aurait dû être prise en considération lors de l'élaboration de la loi de finances 2013 et si la désignation de Constantine ne s'est faite que tardivement, alors, on aurait dû attendre la loi de finances 2014 pour l'y intégrer.
A vrai dire, une loi de finances complémentaire peut être vue comme la preuve d'une mauvaise planification ou, du moins, le signe d'une prévision insuffisante. En d'autres termes, lorsqu'elle ne permet pas de faire face à de réels imprévus, une LFC témoigne incontestablement d'un certain degré d'improvisation dans la gestion des affaires du pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aïssa HIRECHE
Source : www.lexpressiondz.com