Constantine - A la une

5 000 dinars et et 10 bouches à nourrir



Plainte - «Lorsque vous n'avez pas les moyens d'offrir un bol de lait à votre enfant, comment voulez-vous penser à sa scolarité '».
Non loin du chef-lieu de la capitale, dans la commune de Gué-de-Constantine au lieu dit Aïn El-Melha, se trouve un endroit appelé communément par ses habitants El-Graba, (les gourbis). Des centaines de baraquements y font office d'habitations plantées sur le côté droit de cette commune dont le foncier a été dilapidé par la maffia du foncier et ses relais. Un lieu dit que l'on appelle aussi Aïn El-Kahla.
On l'appelle ainsi parce qu'il y fait noir, parce que la vie y est misérable et parce qu'à la nuit tombée, le quartier plonge entièrement dans l'obscurité faute d'éclairage public. Et on a peur. «On a peur des chiens errants, mais aussi des mauvais garnements qui écument les lieux», explique Messaoud, 11 ans, un enfant privé d'école.
Les parents de Messaoud nous réservent un accueil chaleureux dans leur modeste maison en parpaing et tôle ondulée. La mère, Rym, est inconsolable, mais contient stoïquement son chagrin, lorsque nous évoquons avec elle les raisons qui ne permettent pas à son fils d'aller à l'école. Les yeux chargés de tristesse, elle témoigne : «Lorsque vous n'avez pas les moyens d'offrir un bol de lait à votre enfant, comment voulez-vous penser à sa scolarité '». «J'ai 8 enfants à charge. En tout, j'ai 10 bouches à nourrir et on me donne une retraite qui ne dépasse pas 5 000,00 dinars, vous vous rendez compte !», reprend le père de Messaoud. «Avant, j'étais fellah dans le cadre de la révolution agraire.
Après la suppression de la révolution agraire, nous nous sommes retrouvés livrés à nous-mêmes. Ils nous ont tout enlevé. La terre a été cédée à des privés qui ont de l'argent. C'est pour cela que nous sommes venus vivre ici. C'était dans l'espoir de trouver du travail. Nous avons construit ces «graba» et nous attendons. Nous avons déposé plusieurs dossiers dans l'espoir d'obtenir un logement décent», dit-il. Pour l'école, je souhaite de très bon c'ur que des âmes charitables veuillent bien intervenir pour prendre en charge ce garçon qui souffre beaucoup en voyant ses camarades aller en classe en tablier et sac à dos», ajoute-t-il.
Rym exhibe des tajines en terre cuite qu'elle fabrique elle-même et qu'elle vend au marché à 200,00 DA la pièce pour aider son mari, mais surtout, prendre en charge les frais médicaux de sa fille épileptique. Cet entretien est souvent entrecoupé par le petit bambin qui ne cessait de répéter : «Yemma taâbet bezef» (Ma mère a beaucoup trimé). «Dernièrement, l'unique source de revenus qui pouvait me permettre d'envoyer mon fils à l'école, s'est volatilisée. Le marché de Aïn Naâdja qui nous permettait de nourrir nos enfants a été éradiqué», dit-il.
Puis un soupir, quelques larmes sur la joue. Il tire une grande bouffée de sa cigarette qui lui brûle déjà les doigts, prend un verre d'eau. Du fond de ses tripes, il nous lance d'une voix rauque : «Eddoula hagara.» «On vivote dans les eaux usées comme des chiens. On n'a pas encore accédé à l'indépendance. Regardez-moi ce gourbi. Ce n'est pas digne d'un pays comme l'Algérie qui a des richesses pétrolières dont ne bénéficient que les loups», conclut notre interlocuteur qui semble avoir beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses sur le c'ur.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)