
«La peur et l'absence de soubassement culturel en matière de séisme ont poussé des individus de différentes tranches d'âge à se jeter par la fenêtre sans essayer de comprendre ou de discerner les conséquences de leur geste. Tel est le résultat de l'absence de formation appropriée».Le séisme qui a secoué dans la matinée de vendredi la capitale et sa périphérie a fait six morts et 420 blessés. Sur les six morts, quatre ont péri en se jetant de leur balcon et deux sont décédés d'un arrêt cardiaque. L'affolement s'est révélé plus meurtrier que le tremblement de terre lui-même. Des personnes sont mortes parce qu'elles voulaient fuir, justement, la mort. Elles se sont, dans un mouvement de panique, défenestrées. Comment peut-on expliquer ce phénomène 'Médecins et psychologues tentent d'apporter un éclairage. Pour M. Khiati de la Forem, la peur dans ce genre de circonstances est tout à fait légitime, mais elle peut être contenue et structurée. «Un séisme, lorsqu'il se produit, dure un laps de temps et durant cette période l'individu ne contrôle pas ses réactions ni ses gestes, il est désemparé parce que tout simplement il n'a reçu aucune formation dans ce sens», explique M. Khiati. D'après lui, si les Algériens étaient sensibilisés sur les procédures à respecter en cas de tremblement de terre, ils ne chercheraient pas l'issue fatale. «La peur et l'absence de soubassement culturel en matière de séisme ont poussé des individus de différentes tranches d'âge à se jeter par la fenêtre sans essayer de comprendre ou de discerner les conséquences de leur geste. Tel est le résultat de l'absence de formation appropriée», insiste M. Khiati, qui tente, pour illustrer ses propos, une comparaison avec le Japon. Les enfants japonais reçoivent dès l'école primaire une formation sur tout ce qui a trait au tremblement de terre. «Au Japon, il y a 30 à 40 séismes par an, mais cela ne suscite ni panique ni affolement car les Japonais sont éduqués, formés et sensibilisés pour faire face à ce phénomène naturel». Notre interlocuteur pense que l'un des devoirs de la Protection civile est de faire de la prévention tout en lançant des programmes de sensibilisation contre les catastrophes naturelles.L'Algérien a vécu des décennies noiresPour sa part, le professeur Tidjiza apporte une réponse beaucoup plus psychologique. Pour lui, «l'Algérien a enduré des malheurs ces dernières décennies et, de ce fait, il suffit d'une goutte de trop pour qu'il bascule dans l'irréparable». «Un individu qui a enduré des affres et est éprouvé par le passé devient fragile. Il y a donc des dispositions d'esprit. Si l'individu au moment du séisme était malheureux, toutes les formations du monde ne l'empêcheront pas de passer à l'acte. Les gens ne réagissent pas de la même manière, cela dépend donc de la sensibilité du sujet et de ses expériences antérieures», note le professeur Tidjiza, précisant que l'anxiété et l'angoisse font partie de la vie, elles sont même inhérentes et vitales. Seulement, il y a des circonstances de la vie que l'individu arrive à contrôler et d'autres pas. «Dans ce cas de figure, ce n'est plus la pensée ni la rigueur ni la logique ou le bon sens qui dirigent, mais l'émotion. L'individu navigue à vue et réagit à l'urgence d'une situation», décode-t-il. Pis, explique notre interlocuteur, la nuit n'est pas pour arranger les choses : «Réveillées par la secousse, de nombreuses personnes se trouvent, la nuit, face à leur destin, elles perdent leurs repères et cela amplifie la terreur.» Selon ce professeur, certaines études ont montré que beaucoup de personnes ne peuvent pas maîtriser leurs émotions.Pour sa part, le docteur Merabet est plus pragmatique, il regrette qu'entre le séisme qui a détruit Chlef dans les années 1980 et celui de Boumerdès dans les années 2000 rien n'ait été fait pour apporter des solutions. Certes, dit-il, on ne peut pas prévoir un séisme, mais on peut se préparer à y faire face. «Il y a un travail à faire, il faut éduquer, expliquer et sensibiliser le citoyen et accompagner cela d'une couverture médiatique conséquente. L'Etat et ses institutions doivent s'impliquer. Au Japon, le séisme est inclus dans les manuels scolaires», déplore Merabet, qui interpelle le pouvoir sur la question de l'urbanisation.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nabila Amir
Source : www.elwatan.com