
Le médicament est au centre de la politique de santé. Face à l'évolution démographique et épidémiologique et en raison des perturbations cycliques du marché, l'Etat mise sur la promotion du générique, cette copie utilisant le principe actif figurant dans le médicament original, appelé princeps. Les objectifs étant d'abord de réduire l'importation par la production locale, ensuite de faire baisser les prix de vente au consommateur. Mais cette politique ne semble pas satisfaisante.Par son caractère curatif, le médicament permet aux professionnels de santé ainsi qu'aux pouvoirs publics de garantir le droit à la santé et au bien-être des individus. C'est pourquoi l'efficacité du médicament ainsi que sa disponibilité sont des éléments déterminants de toute politique de santé. En Algérie, la demande en médicaments a été pratiquement multipliée par six en 10 ans (1999-2009) passant de 0,37 milliard de dollars à 2,2 milliards.Une croissance rapide expliquée par plusieurs facteurs, à l'instar de l'urbanisation rapide ? le taux de la population vivant en zone urbaine en Algérie est passé de 52% en 1990 à 65% en 2008 ?, la gratuité des soins dans le secteur public ainsi que la prise en charge des dépenses de remboursement par la Sécurité sociale. Mais cette forte demande a engendré des prix de vente élevés, comme l'explique le Dr Zouanti Zoulikha dans sa thèse de doctorat intitulée «L'accès au médicaments en Algérie : une ambiguïté entre les brevets des multinationale et le marché du générique».«L'augmentation dans ces prix revient aussi à la dépendance aux importations de médicaments. L'Algérie importe 70% de ses besoins en médicaments qu'elle paye en devises», soutient l'étude réalisée en 2013 à l'université Hassiba Ben Bouali de Chlef. Pour motiver le choix du sujet de thèse le Dr Zouanti explique qu'elle «s'intéresse à l'étude de l'impact de l'expiration des brevets et de la promotion des génériques en Algérie sur l'accès économique aux médicaments».Et d'évoquer les raisons qui l'ont incitée à choisir le sujet, entre autres l'insuffisance, voire l'absence de travaux de recherche et publications universitaires, théoriques, empiriques ou économétriques s'intéressant à l'étude de l'accès aux médicaments en Algérie ; l'intérêt que représente l'utilisation de l'information sur le brevet, notamment leurs dates d'expiration pour l'augmentation de la production locale des génériques et ainsi l'amélioration de l'accès aux médicaments ; le rôle important des tarifs de référence, prouvé dans différents pays, dans la promotion des génériques par la baisse des prix.«Nous voulons vérifier ce résultat pour le marché algérien. Nous cherchons également à connaître l'importance de la promotion des médicaments génériques sur les différents plans : économique, social et industriel», instruit Mme Zouanti.Pour les besoins de l'étude, la chercheure déclare avoir sélectionné 55 molécules soumises au tarif de référence (TR) enregistrées en Algérie. Ainsi, pour chaque médicament, elle relève le prix public annuel (PPA), le nombre de versions génériques (NG) et de copies génériques fabriqués localement (NGFL), le nombre d'années écoulées depuis l'expiration du brevet (Yrs Off) ainsi que l'âge de la molécule (MktAge) et si le médicament était soumis ou non au TR. «Cette collecte de données a permis, dans un second temps, de proposer une modélisation économétrique sur données de panel couvrant une période allant de 2006 à 2011», indique-t-elle.Pour ce qui est des constats établis, l'étude a permis de noter que l'augmentation de NGFL fait baisser les prix des génériques et des princeps successivement de 1% et 2%. Cependant, le NGFL n'est pas lié à l'âge de la molécule ou avec le délai écoulé depuis l'expiration des brevets. «Ce constat peut être expliqué soit par la non-utilisation de l'information en matière de brevet, soit par l'incompétence de la manipulation des processus de fabrication des médicaments ou bien par une réglementation rigide des procédures d'enregistrement des génériques locaux», précise la thèse.Le second constat fait état du maintien du prix des princeps malgré la concurrence des génériques locaux ou importés. «Le maintien du prix des princeps face à la concurrence des génériques est expliqué par ?le paradoxe de la compétition des génériques' qui suppose que le groupe des consommateurs fidèles à la marque est prépondérant par rapport à l'autre groupe sensible au prix».Pour ce qui est du troisième constat, l'étude du Dr Zouanti indique que le tarif de référence (TR) engendre une réduction plus importante dans le prix du princeps (9%) que sur les génériques (aucun impact). «Cette constatation dépend de l'hypothèse que les prix des princeps sont au dessus du TR», souligne la chercheure.Quatrièmement, le Dr Zouanti note que les prix des génériques sont fortement et positivement liés à ceux des princeps correspondant (65% et 58%). «Ceci confirme que le marché des médicaments en Algérie est dominé par les producteurs/importateurs de princeps qui manipulent les prix sur le marché national» écrit-elle.Face aux différentes transitions (démographique, épidémiologique et socioéconomique) qu'a connu et connaît encore le pays, induisant l'augmentation de la facture d'importation des médicaments ainsi que les perturbations qui ont souvent impacté le marché et surtout les malades, des décisions politiques et des choix économiques ont été faits en faveur de la production des génériques. Car ces copies de médicaments se caractérisent essentiellement par des prix inférieurs à ceux des médicaments de marque. «L'objectif de cette étude était d'analyser successivement l'impact de l'expiration des brevets pharmaceutiques et de la promotion des génériques sur les prix des médicaments et par conséquent sur l'accès économique aux médicaments en Algérie», instruit Mme Zouanti.Pour conclure, il est noté dans la thèse : «Les résultats auxquels nous avons aboutit affirment que l'expiration des brevets n'a aucun impact sur l'accès économique aux médicaments en Algérie. De même, le tarif de référence permet, certes, un meilleur accès, mais en faveur des médicaments princeps. Ainsi, la politique de promotion des génériques (par la diffusion croissante des génériques et l'instauration du dispositif de tarif de référence) n'est pas arrivée aux résultats escomptés d'amélioration de l'accès économique aux médicaments génériques.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fatma Zohra Foudil
Source : www.elwatan.com