Depuis que le virus de corona rôde dans le pays, il est contraint au repos forcé. Chantier à l'arrêt, maçon au chômage. Depuis, c'est la traversée du désert pour Ammi Abdelkader. La situation se corse pour lui et sa famille. Sa vie bascule dans l'incertain.C'est un bâtisseur à la force des bras. Un inlassable constructeur. Rares sont les édifices publics auxquels il n'a pas apporté sa pierre. Il a presque traversé tous les chantiers de bâtiment de la ville de Chlef. A 63 ans, Ammi Abdelkader peut se targuer ? exagérément ? d'avoir à son actif, en matière de murs construits, l'équivalent de la Muraille de Chine. La maçonnerie, il en a fait toute sa vie et il ne n'entend pas jeter son fil à plomb de sitôt. Au fil des ans et des édifices bâtis, il a su affiner ses plans.
Pierre par pierre soigneusement posées les unes sur les autres, il a réussi à bâtir une réputation dans sa ville. "La maçonnerie est une activité que j'ai apprise sur le tas et que je connais sur le bout des doigts", aime-t-il ressasser. Des années durant, Ammi Abdelkader a parfaitement participé, et avec réussite, à la réalisation de toutes les constructions qu'on lui attribuait (logements, locaux commerciaux et autres), avec une finesse d'un artiste. Il est régulièrement sollicité par des particuliers pour la réalisation de travaux de maçonnerie dans différentes localités de Chlef.
Il ne chôme pas. Et heureusement, lui qui a de la peine "à joindre les deux bouts avant que cette pandémie ne nous tombe sur la tête !". Un pénible métier mal rémunéré. Mais voilà que depuis que le virus de corona rôde dans le pays, il est contraint au repos forcé. Chantier à l'arrêt, maçon au chômage. Depuis, c'est la traversée du désert pour Ammi Abdelkader. La situation se corse pour lui et sa famille. Sa vie bascule dans l'incertain. Presque impossible pour lui d'honorer les "factures de consommation d'électricité et d'eau impayées, épiciers qui réclament leur dû, manque d'approvisionnement à la maison".
Il est dos au mur. Il se retrouve sans couverture sociale, lui qui fait partie de la catégorie des travailleurs journaliers. Ne disposant pas de ressources financières, ni ne bénéficiant d'une retraite, Ammi Abdelkader doit, malgré tout, faire face aux besoins pressants de sa famille. Il ne sait plus sur qui compter. Comme il l'a dit avec regret et amertume, même les proches, qui étaient autrefois généreux dans certains cas, ne peuvent lui venir en aide.
Son malaise ne fait que croître avec le temps. "Parfois je me sens sérieusement malade où je me dis, la peur au ventre, que ce sont peut-être les symptômes du coronavirus que je vis. Mais en réalité ce sont uniquement les répercussions négatives du stress et de l'angoisse d'un chômage dévorant qui me dominent entièrement de jour comme de nuit ciblant ainsi mon état de santé", ajoute le sexagénaire qui ne sait à quel saint se vouer surtout lorsqu'il évoque les coûtants préparatifs du mois de Ramadhan.
L'argent qu'il gagnait en tant que maçon journalier, il le dépensait à chaque fois qu'il l'empochait car il vivait au jour le jour. Socialement ça se complique davantage pour lui avec l'arrivée du mois sacré. "Je n'ai jamais pensé que cela allait arriver un jour. Je me suis dit que j'aurais largement le temps de me préparer financièrement pour le mois sacré. Malheureusement, j'ai tout dépensé du moment que personne ne travaille au sein de ma famille, plutôt au sein des deux familles dont je prends la charge sachant que mon fils marié, chômeur de son état, vit toujours sous mon toit", se désole notre maçon qui s'en remet à Dieu.
Il passe son temps à prier. Il implore le Tout-Puissant et souhaite de ton son c?ur que finisse cette douloureuse épreuve. Le plus tôt possible. Ils sont des dizaines de milliers de maçons et d'ouvriers poussés au chômage technique en raison de la crise sanitaire. Ils sont les invisibles de la crise économique et sociale provoquée par le coronavirus. Leur statut de travailleurs informels les expose plus que les autres à la crise sociale. Des pans entiers du monde ouvrier qui se retrouvent dans la précarité. Ammi Abdelkader prend son mal en patience.
La patience, il en a. C'est l'une des qualités même d'un maçon. Malgré la pénible vie sociale qu'il mène, mais qu'il affronte avec courage, Ammi Abdelkader fait appel à sa sagesse pour apaiser la tension qui provoque la situation dans laquelle il se retrouve. Mais aussi pour détendre l'atmosphère dans son foyer. Il fait de la pédagogie ; à sa manière. "Parfois ça chauffe au sein de sa famille car ce n'est pas facile de vivre une situation aussi virulente que nous traversons de nos jours", avoue-t-il. Ammi Abdelkader, non habitué à la paresse, il en souffre du temps qui passe sans rien faire. Le vide l'insupporte. Ça lui tape sur le système. "Ce n'est pas bien pour le moral ni pour le physique", plaisante-t-il.
Pour mieux lutter contre ce phénomène stressant, il bricole sans cesse puisqu'à l'intérieur de son domicile, beaucoup reste à faire. Il avoue qu'il a abandonné sa bâtisse pour entretenir celles des autres. Maçon mal logé ! "Je passe mon temps à refaire les façades, le carrelage et reboucher certaines fissures dont les réparations demeurent nombreuses dans cette maison familiale que j'ai failli abandonner pour me consacrer aux travaux de maçonnerie chez des particuliers.
C'est surtout aussi afin de m'occuper et tuer ainsi le temps en attendant les jours meilleurs, que je continue à survivre en plein confinement. Nous attendons toujours ce que nous réserve le destin !", conclut Ammi Abdelkader qui souhaite reprendre le plus vite possible le métier pour lequel il a toujours existé.
A. CHENAOUI
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed CHENAOUI
Source : www.liberte-algerie.com