Après trois reports successifs, le procès de la fameuse Mme Maya, fille prétendue du Président déchu Abdelaziz Bouteflika, s'est ouvert à la cour de Tipasa, en présence de deux ex-ministres et de l'ancien responsable de la DGSN.Abla Chérif ? Alger (Le Soir) - Principale inculpée dans l'affaire, Nechnache Zoulikha est la première à être appelée à la barre. Le 7 décembre dernier, elle avait été condamnée à une très lourde peine par le tribunal de Chéraga. Douze ans de prison ont été prononcés à son encontre pour « obtention d'indus avantages », « trafic d'influence », « dilapidation de deniers publics », « blanchiment d'argent » et «transfert illicite de fonds vers l'étranger ». La peine a été assortie d'une amende de six millions de DA avec décision de saisie conservatoire de tous ses biens.
Mme Maya n'a jamais nié l'aide précieuse que lui a apportée l'ancien chef d'Etat, en la recommandant à certains de ses ministres soupçonnés de l'avoir aidée à promouvoir ses affaires qui se sont développées au point de parvenir à engranger des sommes colossales et près de vingt kilos d'or (des bijoux) dissimulés dans l'un des murs de la célèbre villa 143 à Moretti. Le juge qui l'interroge en ce samedi matin aborde la question du transfert de devises à l'étranger. L'enquête menée à ce sujet avait révélé des pertes s'élevant à 1 234 663 449 08 DA lors de ses transferts. Aujourd'hui, Nechnache Zoulikha nie à nouveau. « J'ai une carte bancaire, je n'ai pas sorti l'argent du pays en passant par l'aéroport, je n'ai jamais fait ça », soutient cette dernière. «Le montant le plus élevé que j'avais en ma possession durant mes voyages s'élevait à deux mille euros », ajoute-t-elle en réponse à une nouvelle question du juge. Le magistrat veut aussi savoir si Mme Maya bénéficiait d'aide à l'aéroport lors de ses déplacements à l'étranger. Il l'interroge au sujet d'un certain Boutaleb Mustapha, chargé du salon d'honneur. La prévenue nie à nouveau : «Je voyageais sans l'aide de personne, dit-elle, je ne suis jamais passée par le salon d'honneur. J'ai rencontré une seule fois Boutaleb Mustapha à l'aéroport, mais il ne m'a apporté aucune aide .» Le magistrat : « Une perquisition menée à votre domicile a permis de découvrir beaucoup d'argent .» Réponse de Mme Maya : « L'enquête a révélé que tout l'argent a été emporté sans qu'aucun document me soit remis. La perquisition s'est également déroulée sans autorisation. Je suis poursuivie pour des accusations sans fondements .» Le juge lui rappelle qu'elle est soupçonnée d'avoir établi des liens avec de hauts responsables qui ont utilisé leur fonction pour promouvoir ses affaires, et qui ont perçu de l'argent en contrepartie. La prévenue se défend en évoquant l'absence de preuves étayant ces informations et se plaint : « Ils ont pris des sommes importantes et tout mon or, ces bijoux m'appartenaient .» Le magistrat lui précise que « dix milliards avaient été trouvés ». Mais cette dernière se défend à nouveau en soutenant que cette somme lui avait été remise par l'un de ses proches, Yahiaoui Amar, au nom d'une personne qui désirait investir. «J'ai dit à ce dernier que j'allais me renseigner auprès de mes connaissances. J'ai pris contact avec Mohamed Ghazi (ancien wali de Chlef puis ministre du Travail), il m'a dit qu'il allait prendre attache avec des connaissances à Oran (où devait se mener le projet .» Mme Maya tente de donner une autre tournure à son procès. Elle insiste énormément sur sa fortune « emportée » sans preuve en 2019, lors d'une perquisition menée par des éléments des services de sécurité, une date à laquelle elle est conduite avec ses deux filles à la caserne Antar, où elle est retenue durant neuf jours avant d'être libérée, sans suite. « Rien ne s'est passé depuis ce moment. Je n'ai pas été convoquée. Que s'est-il passé dans cette affaire ' Pour quelle raisons m'a-t-on retiré mon passeport ' Quelques jours plus tard, l'un de mes proches a amené à mon domicile une grosse somme d'argent, en disant à ma fille que c'était son bien. Puis il est revenu le lendemain et il a emporté une partie de cet argent en me disant qu'il m'expliquerait plus tard les raisons. Dès son départ, j'ai reçu la visite des services de sécurité. Je suis venue pour tout dire. Pourquoi m'a-t-on fait tout cela ' »
« Je n'ai aucun lien de parenté avec Bouteflika »
La prévenue fait l'objet de nouvelles questions. Le juge veut savoir si cet argent lui appartenait, si le centre de loisir de Chlef avait été inscrit au nom de sa fille, et de quelle manière Ghazi Mohamed l'avait aidée dans ses affaires. Mme Maya répond : « Cet argent ne m'appartenait pas, quant au centre de loisirs, ma fille Imène avait vingt ans à cette époque. Elle étudiait et ne pouvait se permettre de gérer une affaire. Il y avait une personne qui le gérait avec moi, nous n'étions, cependant, pas associés, pour ce qui est de Mohamed Ghazi, il m'a aidée à obtenir un terrain à Chlef pour un projet de station d'essence, mais je l'ai revendu à un milliard de centimes. Je ne savais pas que cela était interdit. A Chlef, Ghazi m'a aussi aidée à obtenir un logement social pour ma fille Imène .» Le juge demande ensuite à Nechnache Zoulikha si elle connaissait Abdelghani Zaâlane, wali d'Oran, au moment où les faits se déroulaient, puis ministre des Travaux publics. « Je ne le connaissais pas, répond la prévenue. J'avais demandé à Ghazi si des personnes pouvaient investir à Oran, il m'a répondu qu'il allait contacter Zaâlane, Ghazi n'a jamais agi contre la loi... »
La prévenue doit à présent répondre à des questions en rapport avec les biens immobiliers qui lui ont été octroyés. Ses réponses : « J'ai eu six villas (à Moretti), deux logements sociaux, j'avais trois maisons en Espagne, mais il me reste un chalet et un appartement de quatre pièces. J'avais aussi une maison à Paris, car toute ma famille est établie là-bas.» Le juge enchaîne en lui rappelant qu'elle possédait 55 000 euros, dont une partie (37 000 euros) en Espagne. « Je travaillais avec des entreprises étrangères, je devais bien sûr payer en euros », dit-elle. Comme durant le premier procès, Mme Maya doit expliquer les relations qu'elle entretenait avec Abdelghani Hamel. « Il y a eu un vol dans ma maison à Moretti. J'ai pris contact avec Hamel pour qu'il place des caméras de surveillance (...) Hamel est venu chez moi, Ghazi aussi, je leur ai remis l'argent nécessaire à l'achat des caméras de surveillance. Il n'a pas mis de policiers devant ma porte. Un policier était cependant chargé de dresser les chiens qui appartenaient à ma fille. Il est venu une ou deux fois. On m'accuse aussi d'avoir eu des femmes de ménage payées par l'Etat, c'est faux. C'est moi qui les rémunérais.» Nouvelle question du juge : « Vous vous présentiez comme étant la fille de Abdelaziz Bouteflika, ce qui vous a permis de vous rapprocher de personnalités et d'obtenir des avantages. Réponse de Mme Maya : « Il n'y a aucun lien de parenté entre nous, les gens disent ce qu'ils veulent .» Le procureur de la République l'interroge à son tour : « Entre 2006 et 2016, vous avez mené 28 opérations de ventes, achats et locations (...) Vous avez obtenu un terrain de 15 hectares à Chlef pour le centre de loisirs. Avez-vous vraiment mis en œuvre ce projet ' (...) Vous étiez femme d'affaires, pourquoi avoir mis cette affaire au nom de votre fille ' » La prévenue répond : « Je voyageais souvent, j'ai laissé ma fille sur place s'occuper de tout,. Mon père a fait la Révolution. Il connaissait Bouteflika et c'est à travers lui que je l'ai connu à mon tour. Il n'y a aucun lien de parenté entre nous .»
Audition des filles de Mme Maya
Le tribunal procède à présent à l'audition des filles de Mme Maya. Farah et Imène ont été condamnées à cinq ans de prison en première instance, mais le tribunal de Chéraga n'a pas ordonné de mandat de dépôt. Elles comparaissent donc libres devant la juge de la cour de Tipasa. Farah s'effondre en larmes. Master II en sciences politiques, elle insiste sur le fait qu'elle était trop jeune au moment où se déroulaient les faits. « Je n'ai pas été auditionnée à la caserne de Ben Aknoun, mais j'ai signé des P-V.» Nouvelle question du procureur : « Comment avez-vous acheté un terrain à Paris ' » Réponse de Farah : « C'est ma mère qui l'a acheté et mis en mon nom .» Sa s'ur Imène tient le même discours : « J'étais jeune étudiante à l'époque des faits pour lesquels j'ai été condamnée. Je ne suis pas coupable de blanchiment d'argent. Je n'ai rien fait d'illégal. Je voyageais, mais je ne suis jamais passée par le salon d'honneur. La seule fois où ma mère a été aidée à l'aéroport, c'est le jour où elle est arrivée sur une chaise roulante car elle était malade, nous n'avons jamais rien fait d'illégal .» Les filles de Mme Maya dédouanent leur mère, affirmant que celle-ci traversait des conditions difficiles au moment où elle avait rencontré Mohamed Ghazi. Eprouvé par une lourde maladie, l'ancien wali de Chlef et ministre du Travail est dans l'incapacité de se présenter à la barre. Il répond à partir de sa place dans le box des accusés. « Mon seul tort est d'avoir appliqué les instructions du Président Bouteflika, rien de plus », dit-il. Il poursuit en sanglots : « Lorsque j'étais wali à Chlef, le conseiller de Bouteflika m'a appelé pour me dire qu'il allait m'envoyer une dame recommandée par le président de la République (...) Durant tout ce temps, j'ai agi avec elle en qualité de fille de Bouteflika, jusqu'à ce que j'apprenne qui elle était réellement. J'ai eu peur d'en parler et de fâcher le Président .» Ghazi reconnaît avoir présenté Abdelghani Hamel à Mme Maya, et à la demande de cette dernière, en qualité de fille de Bouteflika.
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com