Au lendemain de l'indépendance, le foot national voit l'apparition d'une des meilleures formations de l'histoire, le CRB, qui allait dominer le ballon rond algérien pendant près d'une décennie grâce à une génération de joueurs talentueux, comme Lalmas, Khalem, Selmi, Achour et bien d'autres, qui formaient un «orchestre» séduisant, dont l'artisan et le maestro était Ahmed Arab. Fort de son expérience de pro à Limoges, il a su imposer sa rigueur et sa discipline pour construire un club légendaire et remporter trois Coupes d'Algérie. Il aura fait du Chabab un monument du football algérien et, à 87 ans, il a su puiser dans ses souvenirs pour évoquer un passé glorieux des Rouge et Blanc.Vous avez joué au Widad de Belcourt comme milieu mais aux JO 1960, on vous retrouve en équipe de France avec le numéro 1. Vous étiez gardien '
Non, je n'étais pas gardien. Mon poste de prédilection était milieu offensif, ou n° 10. Mais, je dois dire qu'au cours de ma carrière j'ai évolué à tous les postes, y compris celui de gardien de but puisque j'ai été amené à remplacer un coéquipier blessé, parce que à l'époque, il n'y avait pas de gardien remplaçant.
Après les JO, on vous retrouve au FC Limoges. Ce qui vous vaudra le surnom de «Ahmed Limoges» en Algérie par la suite...
(Il éclate de rire) Ecoutez, j'ai joué pendant trois ans seulement à Limoges et ensuite j'ai eu ce surnom à ce jour.
Vous n'aimez pas ce surnom '
Non, au contraire c'est plutôt sympa et gentil de la part des gens de m'avoir surnommé ainsi.
Après l'indépendance, vous avez été sélectionné en équipe d'Algérie et votre dernier match c'était contre l'ex-URSS dont le gardien n'était autre que Lev Yachine '
Non, mon dernier match, c'était contre la Yougoslavie, contre l'URSS, c'était avant cette rencontre.
Cela devait être impressionnant de jouer face au meilleur gardien du monde de l'époque et qui demeure le seul keeper à avoir remporté un Ballon d'Or '
On le connaissait déjà de réputation et il faut dire que c'était un grand gardien très impressionnant dans sa cage. Pour moi, il demeure un grand monsieur du football international.
Au niveau du football national, en 1963, vous revenez à votre club formateur, le Widad de Belcourt, devenu après fusion CR Belcourt, mais comme entraîneur-joueur. C'est le début d'une belle aventure...
Comme j'avais porté les couleurs du Widad en jeunes, je connaissais bien les dirigeants belcourtois et quand ils m'ont sollicité, je n'ai pas hésité un seul instant et j'ai démarré comme entraîneur-joueur.
Etait-ce un avantage d'être à la fois coach et joueur '
Il faut revenir dans le contexte de cette époque. En ce temps-là, il n'y avait pas d'entraîneurs sinon, je n'aurais jamais été entraîneur. Mais comme j'avais déjà une petite expérience avec les jeunes en France, je me suis lancé et je me souviens des Khemissa, Merakchi et Aït-Saâda «Allah yarhemhoum», avec lesquels j'avais évolué au Widad et qui m'avaient fait confiance.
En outre, il était de mon devoir d'accepter, car c'est grâce au Widad que j'ai pu faire une carrière pro en France.
Et sous votre direction vous montez le grand Chabab qui va dominer le football national pendant des années...
Non, je n'étais que le maillon d'une chaîne de personnes qui avaient accompli un travail gigantesque.
Qui étaient les autres maillons de cette chaîne '
Les dirigeants et aussi les joueurs qui en voulaient énormément. On s'entraînait quatre fois par semaine, ce qui était beaucoup et rare pour des amateurs, mais les joueurs ont adhéré à cette méthode de travail. En ce qui me concerne, j'ai tout fait au CRB.J'étais à la fois le coach, le joueur, le manager, le garde matériel. Bref, l'homme à tout faire du club.
Et c'étaient de grands joueurs à l'image de Lalmas '
Oui, j'avais de grands joueurs techniquement, mais aussi mentalement, mais il ne faut pas perdre de vue le rôle des dirigeants.
Quel souvenir gardez-vous de Lalmas '
C'est une légende du foot. Il était extraordinaire, un joueur d'exception que l'on ne pouvait pas trouver à chaque coin de rue.
La grande équipe de Nantes voulait le recruter, mais on ne l'a pas laissé quitter le pays. Pensez-vous qu'il aurait pu avoir une brillante carrière pro '
Certainement, car même en France il n'y avait pas un joueur comme lui aussi talentueux. S'il avait évolué à l'étranger il aurait été entouré de grands joueurs et il aurait explosé.
Pour revenir à vous, on dit que vous étiez un entraîneur sévère...
Si on veut. Vous savez, si on n'a pas une certaine dose de sévérité, on ne peut pas imposer de la discipline. Pour moi, quand on vient au stade, c'est pour s'entraîner pas pour s'amuser.
On raconte que vous aviez même giflé un jour Khalem '
Non, c'est complètement faux. Khalem était comme un fils pour moi
Un papa a bien le droit de gifler son fils quand il faute...
Non pas à ce point. J'étais sévère et quand un joueur ratait l'entraînement, je le laissais sur le banc, mais je n'ai jamais giflé personne.
A la tête de ce CRB, vous remporterez deux Coupes d'Algérie, en 1966 et 1968, puis en 1978, vous récidivez avec une autre génération de joueurs. Quel était le secret de cette réussite '
En 1966 et en 1968, j'avais un effectif de grands joueurs, comme Lalmas, Achour, Khalem, Hamiti et bien d'autres. Ils avaient adhéré à mon discours et ils en voulaient beaucoup. Ils avaient de l'expérience et du talent. Par contre, en 1978, c'étaient des jeunes et c'était la première année de la réforme. Alors je leur ai dit que comme il n'y avait pas de relégation cette saison on ne risquait rien et l'important était de construire une équipe compétitive. Et c'est en jouant que l'on s'est aperçu qu'on avait les moyens de gagner cette coupe.
Ensuite, vous aviez dirigé le MCA, un club qui a été le pire ennemi pour les supporters du Chabab '
J'ai dirigé le MCA pendant un mois. Comme j'étais un employé de la Sonatrach et que le Mouloudia était rattaché à cette société et n'avait pas d'entraîneur, j'ai assuré l'intérim. Je me suis déplacé avec les joueurs mouloudéens en Yougoslavie et au retour j'ai quitté la barre technique.
En quelle année avez-vous pris votre retraite '
C'était en1988, sur un coup de tête et parce que je voyais des choses qui ne me plaisaient pas du tout.
Lesquelles '
Je préfère ne pas en parler.
Citez au moins une '
C'est du passé et tout ce que je peux vous dire, c'est que cela a été très dur d'arrêter.
Et depuis, que pensez-vous du football national '
Je vais peut-être vous étonner, mais je ne suis plus le football national, même à la télévision. Cela fait des années que je ne m'intéresse plus à notre ballon rond.
Mais pourquoi '
L'envie n'est plus là et il n'y a rien qui me donne l'envie de suivre le foot national.
Même pas le CRB actuel '
J'ai eu l'occasion d'assister à une mi-temps du match entre le CRB et l'ASO Chlef cette saison et c'est tout.
Et quel est votre avis sur ce Chabab qui était leader avant l'arrêt du Championnat '
J'ai vu des jeunes qui pratiquaient un beau jeu.
Et les Coupes d'Europe et la sélection nationale dont vous avez été joueur '
Oui, les Coupes d'Europe m'intéressent au plus haut point, mais au niveau national, j'ai vu trop de choses négatives, alors n'en parlons pas.
Quel est le joueur algérien qui vous a le plus impressionné '
Lalmas, bien sûr, mais aussi Boualem Amirouche, l'ancien attaquant du RC Kouba. Lui aussi est un grand monsieur.
Et au niveau international '
Autant que je me souvienne, je citerais le Hongrois Joseph Ujlaki, un grand joueur des années 50 et Pelé.
Vous êtes considéré comme le pionnier du grand Chabab et si on décidait d'ériger une statue à votre effigie à l'entrée du stade du 20-Août ou du futur centre de formation du CRB '
Non, je n'ai même pas besoin de remerciements. Le CRB est un club que j'ai toujours adoré depuis ma tendre enfance. C'est grâce au CRB que je suis devenu ce que je suis. Je suis d'un tempérament modeste et je refuserais que l'on baptise un centre ou quoi que ce soit en mon nom. Quand je vois les anciens joueurs du Chabab ou des autres formations venir me saluer, cela me suffit amplement.
Propos recueillis par Hassan Boukacem
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Boukacem
Source : www.lesoirdalgerie.com