Chlef

En trois ans 1.300 harraga sauvés d?une mort certaine



De janvier 2005 à au 31 août 2007, plus de 10.900 personnes ont été reconduites aux frontières algériennes en provenance d?Europe (essentiellement). Près de la moitié parmi ces reconduits, soit 5.408 personnes ont été expulsés pour avoir commis des délits, selon un représentant de la DGSN qui s?exprimait lors de la rencontre organisée jeudi au ministère de la Solidarité Nationale. Cette rencontre, qui s?est déroulée en présence du ministre Ould Abbès et des représentants de plusieurs ministères, institutions de recherche, associations et d?ambassades, a permis de voir plus clair dans le phénomène de l?émigration illégale. Elle a également permis aux différents secteurs concernés (DGSN, Gendarmerie nationale, ministère de la Défense...) délivrer leurs statistiques respectives. Le commandant Ouadah de la Gendarmerie nationale a, dans son intervention, expliqué le travail de la GN en matière de lutte contre les harraga. Selon ses chiffres, il y a eu 129 tentatives d?embarquer qui ont été empêchées entre 2005 et le 1er semestre de 2007. C?est en 2006 que le nombre de tentatives (73) et de personnes arrêtées a été le plus important, comparativement à l?année 2005 durant laquelle ont été enregistrées 21 tentatives avortées d?embarquer vers des plages espagnoles et italiennes, et permis l?arrestation de 27 personnes. L?année 2007 pourrait être tout aussi «prometteuse» que 2006, si l?on en juge par le nombre de tentatives (35) enregistrées durant le 1er semestre et le nombre de personnes arrêtées qui s?élève à 371. Le représentant de la GN a également expliqué qu?entre 2000 et 2005 l?émigration illégale empruntait essentiellement la voie terrestre, et que depuis 2005 le recours à la mer devient quasi exclusif. Selon le commandant Ouadah, les plages des wilayas de l?Ouest (Aïn Témouchent, Tlemcen, Oran, Mostaganem et à un degré moindre ceux de Chlef) sont les plus prisées. Il a expliqué que les patrouilles de la gendarmerie surveillent particulièrement ces plages, en particulier les isolées parmi elles pour saisir les embarcations devant servir au voyage des harraga. Comme son prédécesseur, le représentant du ministère de la Défense a constaté que la région Ouest est la plus prisée par les candidats à l?émigration illégale. Il a expliqué aussi que le recul des tentatives d?émigration illégale par voie terrestre a été enregistré à la suite des événements de Ceuta et Melilla. Les passeurs et les candidats à l?émigration clandestine optent alors pour la voie marine en choisissant particulièrement la destination d?Almeria en Espagne. En 2006, 620 personnes ont été arrêtées par les gardes-côtes dans la région Ouest du pays. Le représentant du ministère de la Défense estime aussi que le recours aux côtes de Annaba pour l?émigration vers la Sardaigne en Italie s?explique par la surveillance accrue des côtes Ouest. Durant les 9 premiers mois de 2007, il est fait état de l?arrestation, en pleine mer, de 42 personnes en provenance des plages de l?Est du pays. Dans la région Centre, 34 personnes, alors qu?elles se dirigeaient vers les îles Baléares, ont été arrêtées entre janvier et septembre 2007. Au total, et pour les trois dernières années, les gardes-côtes ont arrêté 2.340 harraga dont 1.302 ont été «sauvés d?une mort certaine», ajoute-t-il. Un représentant de la DGSN affirme que la Sûreté nationale avait donné le «signal d?alarme» dès 2002 après s?être basée sur une étude sur les expulsés en provenance d?Espagne. Sur les 278 concernés par cette étude, il s?avère que 43% ont entre 28 et 40 ans, et 53% sont âgés de 18 à 28 ans. Au total, 97% des émigrés illégaux expulsés dans la période d?août à octobre 2002, ont entre 18 et 40 ans. Concernant leur situation sociale, les statistiques de la DGSN montrent que «80% de ces personnes sont issues d?une fratrie de 11 personnes», et près de 90% d?entre-eux (250 exactement) sont des chômeurs. Ils sont, pour la plupart, célibataires et ont le niveau fondamental. Son collègue de la Direction de la police des frontières (DPF), Benchérif Mehdi, a lui aussi donné quelques chiffres sur le phénomène. La DPF a enregistré, entre 2005 et août 2007, près de 11.000 Algériens qui ont été reconduits à partir de pays européens. 5.408 d?entre-eux ont été expulsés pour avoir commis des délits. Plus récente, une étude de la DPF fait ressortir que 70% parmi 126 cas de personnes ayant tenté l?émigration illégale par voie de mer (harraga) sont âgés entre 18 et 25 ans. Bien que faible, il existe même un pourcentage (2,38) de mineurs parmi cet échantillon. Selon M. Benchérif, environ 50% ont le niveau fondamental ou moyen et 6,75% sont des universitaires. 7 sur 10 disent avoir été «conscients» des risques qu?ils prenaient en embarquant dans des conditions très difficiles. Plus de 82% des harraga prennent des risques à cause du chômage, alors que les autres le font pour «améliorer leurs conditions de vie». L?intervenant a également annoncé que la DGSN est sur le point de mettre en place une structure (centrale) de lutte contre l?émigration clandestine, disposant de brigades régionales d?investigation et de lutte contre ce phénomène (acronyme: BRIC). Par ailleurs, l?orateur a insisté sur la «nécessité de révision du dispositiflégislatif national à l?endroit des filières spécialisées dans le trafic des personnes» considérant que le dispositif actuel est assez clément.Le représentant du ministère des Affaires étrangères, Sahraoui Hocine, a dressé un état des lieux des «accords de réadmission» conclus jusque-là avec 6 pays européens pour «gérer le retour au pays des émigrés illégaux». Le premier accord de réadmission a été signé en 1994 avec la France, puis avec l?Allemagne en 1996, ensuite avec l?Espagne, l?Italie, le Royaume Uni et la Suisse, a précisé l?orateur.Ces accords stipulent que la nationalité et l?identité des émigrés illégaux doivent être «préalablement établies» avant tout rapatriement. Selon lui, l?Algérie a également exigé que le retour de ses ressortissants «doit se faire dans la dignité», ajoutant à ce propos que «nous avons toujours refusé les vols charters». Parmi les principes prévus dans ces accords, il est fait obligation au pays européen concerné de «reprendre les ressortissants d?autres nationalités lorsqu?ils sont rapatriés par erreur». De son côté, M. Sahraoui a révélé que durant le premier semestre de l?année en cours, 761 personnes ont été rapatriées d?Espagne vers l?Algérie, en respect de l?accord de réadmission qui lie les deux pays.
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