L'émeute se poursuit à Chlef (dumoins à l'heure où nous rédigeons la présente analyse). Ce qui est là, le signe,que ce qui se passe n'est pas le fait d'une poignée d'excités, mais une véritableinsurrection citoyenne approuvée et encouragée par la majorité des Chelfis. A notre connaissance, les autorités ont, pourtoute réaction, dépêché d'impressionnants renfortspoliciers avec instruction d'éteindre coûte que coûte l'incendie. Les représentantslocaux de l'Etat se sont, pour leur part, barricadés dans leurs «citadellesadministratives», laissant émeutiers et forces de sécurité se disputer lecontrôle de la vue. Il ne nous a pas été rapporté qu'elles aient tentéd'entamer de dialogue avec les représentations de la société civile, susceptiblesde contribuer à l'apaisement des Esprits et au retour au calme. Et pour cause :ce sont elles qui sont le problème pour les protestataires et pour toutel'opinion chelifienne.Le Pouvoir central doit être mal renseigné sur l'étatd'esprit qui prévaut dans la wilaya de Chlef àl'égard de ses représentants locaux. S'il est normal, que sa préoccupationpremière soit que «force reste à la loi», il devrait tout de même prendre langue,par un biais ou un autre, avec la population, pour savoir pourquoi et par quielle a été poussée à l'ultime recours de l'émeute. A tort ou à raison, leshabitants de la wilaya de Chlef estiment que leurrégion est, pour de pseudo-raisons «historiques», lalaissée-pour-compte dans la redistribution des richesses nationales. Pourautant, les Chelfis ont jusqu'alors fait preuve depatience et toujours refusé d'exprimer leur mécontentement ou leurs doléancespar la voie de la protestation violente. S'ils ont, cette fois, succombé àcelle-ci, c'est qu'ils y ont été acculés par l'arrogance et le mépris se conjugant à la mauvaise prise en charge des problèmesauxquels leur wilaya est confrontée. Comme ailleurs, l'émeute à engendré un condamnable gâchis. Des citoyens, policiers etcivils, atteints dans leur intégrité physique. Des édifices publics dontcertains tout récemment construits et maintenant en ruine. Des biens depersonnes saccagés. Et par-dessus tout, la conviction désormais ancrée dans lesesprits, que pour se faire entendre, il faut recourir à la violence. Ce quiconfirme que l'Etat ne dispose d'aucun relai demédiation crédible auprès des populations, et que les partis et autresassociations dites de la société civile sont totalement «en dehors du coup»quand souffle la tempête.Au moment où Chlef s'embrasait, AbdelazizBelkhadem inaugurait à Alger un séminaireinternational ayant pour thème «le Parlement, la société civile et ladémocratie». Pince-sans-rire, il a crédité la société civile dans le paysd'avoir «un rôle efficace, crucial et dynamique». Ce à quoi, apparemment, cesémeutiers de Chlef et d'ailleurs ne croient pas dutout, puisqu'ils s'expriment à leur façon en dehors des canaux que cettesociété civile est censée constituer.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kharroubi Habib
Source : www.lequotidien-oran.com