….sur le mépris, à
peine voilé, de certaines têtes dites pensantes. Essayez, cette assertion sur
vos propres connaissances, vous en seriez surpris !
Envoyez, par exemple,
dix émails, vous ne recevrez dans le meilleur des cas que deux réactions à
peine. Le silence marmonnant, est devenu un caractère psychologique national ;
on le subit et on le fait subir. Il se pratique à toutes les échelles, de la
haute hiérarchie à la plus petite cellule bureaucratique. Pousser la
comparaison à d'autres sphères supranationales, ne fera que majorer notre
dépit. On risque, à tous les coups, de recevoir une réponse inattendue à un
courrier adressé à un grand organe de presse ou même à un monarque installés
ailleurs, mais on risque moins ou pas du tout, quand il s'agira de l'édile ou
du responsable administratif local. Répondre à une sollicitation, est une
civilité en soit ; elle marque le respect que l'on accorde à toute personne
humaine qui interpelle l'autre. Ailleurs, même l'animal, a droit à de la
considération. La Belgique vient d'inaugurer des palaces pour chiens et chats
avec des suites. On n'en demande pas tant, mais c'est juste pour dire qu'il y a
un effort à faire en matière relationnelle et communicative. L'écho, ce phénomène sonore physique, est la réponse de l'inerte à
l'appel qui fuse, fut-il animal. Essayons maintenant d'envoyer par SMS, un
attrape-nigaud, la multitude de réponses vous laissera coit. Condescendre à
répondre à la sollicitation d'autrui, est certainement une violence que se font
beaucoup d'individus imbus de leur statut social. Ils penseraient même, par ce
geste somme toute ordinaire, faire l'aumône aux quémandeurs. Poser une question
à son médecin traitant devient une gageure que peu de patients prennent le
risque d'assumer. Si ce n'est pas le mutisme, c'est parfois la réponse
cinglante qui frise l'humiliation.
Cette répression intellectuelle est largement
pratiquée et ne s'en rendent compte que ceux qui la subissent tous les jours.
Elle ne sera caustiquement ressentie par certains que lors des traversées de
désert auxquelles, leurs congénères les livrent poings et pieds liés.
Souvent démunis d'argumentaires convaincants,
ils se mureront derrière des silences complices, protégés par des portes
capitonnées ou distilleront des strophes sibyllines par l'entremise de sbires
virevoltants. Quand le gourou décrète sa sentence, tout le monde s'aplatit
quitte à s'abjurer plus tard. Beaucoup d'entre eux, ont pourtant eu l'amère
expérience dans le registre du déni. Au lieu d'en guérir, comme on guérit d'une
maladie infantile immunisante, ils récidivent et s'en adonnent avec une
curieuse délectation comme, pour conjurer le sort qui les a frappés un jour. A
l'enfourchement de leurs chevaux d'airain, ils oublieront toutes les promesses
faites aux compagnons d'infortune, ils changeront aussitôt leurs coordonnées
téléphoniques et électroniques. Repus de leur forfaiture, ils feront semblant
de regarder ailleurs. Ils rappellent tristement, ces naufragés qui, embarqués à
mi-corps dans une chaloupe, feront tout pour repousser du pied, ceux qui
tentent de s'y agripper. Chacun pour soi et D…, telle sera la devise. Et pour
avoir, bonne conscience, on se dira, après tout ce n'est pas moi qui suis à
l'origine de son problème ! Cette habitude acquise, celle de ne pas réagir aux
sollicitudes, n'est pas de récente apparition, elle gîte dans le subconscient
et ne peut remonter qu'à la prime enfance. On se rappelle du papa lisant son
journal, ne répondant que par un hochement de tête ou par le mutisme.
L'insistance du questionnement, peut même mener à l'impatience ou à la volée de
bois vert. Si la gradation corporelle est dans l'ordre des choses, le plus
grand opprimant le plus petit que soi, l'oppression a, malheureusement, envahi
les espaces aussi bien intellectuels que professionnels. Quel recours peut
avoir une étudiante, quand elle est soumise au harcèlement de son professeur ?
Et qui la croira ? On lui reprochera, sans coup férir, son port vestimentaire
et pourquoi pas son joli minois. On ne répondra pas à ses appels de détresse,
le silence abyssal engloutira ses cris. Le conservatisme aidant, la dérive
s'est ouverte de larges boulevards, entamant dans l'épaisseur de la cohésion
sociale et faisant des violeurs de grands conquérants chevaleresques.
Le cas de cette jeune femme, violée par
quatre énergumènes sur l'autoroute Est-Ouest dans la wilaya de Chlef,
interpelle toutes les consciences. Bâillonnée par le milieu, elle n'aura même
pas l'avantage de demander réparation, par les voies légales. Elle sera aux
yeux de tout le monde, l'exclusive fautive ou dans le meilleur des cas, une
victime collatérale des aberrations humaines que des analystes, inscriront dans
le registre des mutations sociétales. Victime expiatoire, elle ruminera seule,
sa détresse. Il en est malheureusement, aussi, de l'enfance qui subit des
dérives de toutes sortes, de la traite éhontée aux sévices sexuels. Negachas,
est la nouvelle terminologie désignant les ensacheurs de ciment en vrac. Ce sont
des enfants sous payés et surexploités. L'omerta, protégera pour longtemps les
auteurs ; ce n'est que fortuitement que les esclandres éclateront au grand
jour. La journée internationale de la liberté de la presse fêtée parfois
doctement, devrait inciter à plus d'humilité. La liberté d'expression, ne doit
pas être seulement reconnue aux organes d'information ; elle devrait être
démocratisée et à la portée du citoyen lambda. Quand une information est
erronée ou empreinte de contre vérité, il faudrait offrir à celui qui en subi
le préjudice, le même espace d'expression pour pouvoir y apporter la
contradiction. Beaucoup de mises au point sont tronquées ou carrément remisées
au placard.
Le phénomène
osmotique doit être la règle cardinale pour enfin, pouvoir parler d'expression
libre. Il suffit que le papelard ne réponde pas à la ligne éditoriale ou qu'il
contrevienne à nos convictions politiques, pour qu'on le destine à
l'incinération.
Le silence,
encore lui, entourera les immensités insondables de la détresse humaine.
Des tribuns de
défense des droits humains, sont en même temps, des pourfendeurs invétérés des
droits sociaux, patrimoniaux et filiaux.
La liste, est
hélas, bien longue pour être déroulée dans sa totalité.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com