Chlef, entre émeutes et appels au dialogue
Deuxième jour d’émeutes à Chlef où l’on dénombre déjà plus d’une vingtaine de blessés des deux côtés (manifestants et forces de l’ordre) et plus d’une centaine d’arrestations.
L’impressionnant dispositif de sécurité, renforcé par des éléments venus des wilayas voisines, s’est avéré relativement concluant pour limiter quelque peu les destructions commises par les émeutiers qui ont déjà saccagé et incendié en ces deux jours de violentes manifestations, plusieurs édifices publics et de nombreux biens privés. Ce lundi a été également marqué par la présence d’une foule compacte devant le siège de la Sûreté du 5ème arrondissement de Chlef, exigeant la libération de leurs parents arrêtés lors de la première journée d’émeutes.
La tension était telle que les rares commerçants de la rue Bab Azzoun, qui étaient ouverts, ont prudemment baissé rideau afin d’échapper à d’éventuels risques. Signalons également que les magasins de tous les quartiers de Chlef, faut-il le préciser, n’ont dans leur ensemble pas ouvert afin d’éviter dégâts et vols qui ont mis à mal de nombreux commerces au cours des émeutes du premier jour.
Dans d’autres quartiers, les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre se poursuivaient, avec moins d’intensité certes mais avec de nombreux panaches de fumée, notamment de pneus brûlés, qui montaient de plusieurs endroits de la ville.Même les poteaux électriques et les grillages bordant les trottoirs n’ont pas échappé, ce lundi, à la furie des émeutiers qui les ont arrachés avant de les jeter sur la chaussée de la RN04 et la RN19. La trémie nouvellement inaugurée a été aussi l’objet de plusieurs actes de vandalisme qui ont gravement détérioré l’éclairage. Même les harmonieux motifs de décoration n’ont pas échappé à l’acte gratuit et condamnable de destruction des manifestants. Dans la zone industrielle de Oued Mohamed, le dépôt de médicaments a été lui aussi incendié. Quelles raisons peut-on avancer pour justifier un tel acte?
Ce deuxième jour de violence a été également marqué par quelques face-à-face entre des groupes de jeunes et les forces anti-émeutes, les jeunes lançant des pierres en direction des forces de l’ordre qui n’ont pas riposté à ce qui paraissait être un geste provocateur. Par ailleurs, la police s’est redéployée dans certains quartiers sensibles, autour des édifices publics et sur de nombreuses voies d’accès. Afin également de ne pas exposer les élèves scolarisés, tous paliers confondus, et l’encadrement pédagogique et administratif, aux dangers de la rue, les établissements scolaires sont restés fermés.
Après ces deux jours d’émeutes, la ville de Chlef ressemble, il faut bien le dire, à une ville anéantie sur tous les plans. Littéralement sinistrée.
D’autre part, plusieurs actes de dégradation, voire de grande destruction, ont été commis, hier, à Chettia, contre des équipements publics, notamment des véhicules chargés du ramassage des ordures ménagères du parc communal et le vol de plusieurs mobylettes qui se trouvaient en fourrière.
A la mi-journée, avec l’arrivée en renfort des forces de l’ordre des wilayas voisines, la situation s’était quelque peu calmée par rapport aux premières heures de la matinée, tant à Chlef qu’à Chettia.
Afin de favoriser le retour à la normale, le wali de Chlef a annoncé sur Radio Chlef qu’il est prêt à ouvrir les débats avec le président de la coordination des logements préfabriqués. Ces regrettables événements feraient suite à la revendication, par le président de la Coordination des logements préfabriqués, du dossier d’indemnisation des sinistrés du séisme de Chlef du 10 octobre 1980, lequel a été poursuivi en justice par le wali.
Le procès qui devait se tenir le 20 avril a été reporté au dimanche 27 du même mois. Le 20, cependant, la ville de Chlef a été envahie par les nombreuses personnes venues de partout soutenir leur représentant, Yagoubi Mohamed. Devant le palais de justice, un dispositif sécuritaire impressionnant avait été mis en place pour canaliser l’énorme foule qui voulait à tout prix entrer dans la salle des délibérations. Devant cette forte assistance impossible à satisfaire et devant la poussée inexorable des citoyens, et surtout ces projectiles lancés d’un peu partout contre les forces de l’ordre, ceux-ci n’ont eu d’autre possibilité que l’utilisation des bombes lacrymogènes pour disperser les gens.
La suite, on la connaît avec ces très importants dégâts occasionnés tant aux institutions publiques qu’aux biens privés, et ces blessés des deux côtés et cette centaine d’arrestations.
Certains avancent également que l’origine de ces dramatiques événements serait le rejet de l’indemnisation des sinistrés du 10 octobre 1980 et la décision prise à l’encontre des locataires des logements préfabriqués de quitter leurs logements vers la nouvelle ville en voie de construction. Or, les citoyens sont décidés à rester dans leurs logements initiaux.
Mokhtari Mohamed
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com