En ces temps d'inondations, d'intoxications, de maladies et de pollutions dues aux décharges sauvages, au laxisme des responsables et à l'incivisme des citoyens, les Bureaux d'hygiène communaux (BHC) sont souvent pointés du doigt.Mais sait-on dans quelles conditions et avec quels moyens ils fonctionnent ' L'échantillon de quelques bureaux d'hygiène, sur lequel repose cet article, ne permet aucun doute : moyens dérisoires devant une tâche très difficile.
Que ce soit à Boumerdès, à Tidjelabine ou ailleurs, les mêmes préoccupations. D'abord, en quoi consistent réellement les missions des BHC ' Selon le Dr Akroum du bureau de Boumerdès, c'est le décret exécutif 087/08 portant création de ces BHC qui en a défini les missions : inspections vétérinaires, santé publique, hydraulique (AEP, assainissement), commerce, déchets, contrôles des points d'eau, y compris puits et oueds, de la chaîne alimentaire, des marchés, luttes contre les MTH et les zoonoses, dératisation ou lutte contre les insectes, les serpents et tout animal nuisible, désherbage, etc.
La liste est loin d'être exhaustive pour un effectif de trois personnes en moyenne par bureau. Mis à part un véhicule pour les déplacements dont disposent quelques communes privilégiées, les seuls instruments de travail sont un testeur de la qualité de l'huile, un thermomètre, un comparateur de chlore et un réfrigérateur pour conserver des poches de glace et des vaccins. Les prélèvements de produits suspects pour analyse sont envoyés à des laboratoires spécialisés, notamment celui de Corso. A Tidjelabine, par exemple, la responsable nous fait part de son impatience lors des déplacements : «Il faut espérer qu'un véhicule soit libre pour pouvoir se déplacer.» Ailleurs, on a recours à d'autres solutions, comme se déplacer à pieds. Dans les communes rurales, la disparité des points à inspecter est encore plus problématique. C'est clair, il n'y a aucune commune mesure entre les missions et les possibilités humaines et matériels.
Immixtions, favoritisme et passe-droits
S'il n'y avait que cela? Des membres de bureaux d'hygiène nous ont fait part des limites de leurs prérogatives :
«Nos actions sont parfois inutiles. Par exemple, lorsque nous adressons à un commerçant une mise en demeure après lui avoir dressé un PV pour non-respect des normes de conservation, péremption d'un produit ou encore non-respect de la chaîne de froid, le P/APC, auquel on est rattaché, ou un fonctionnaire ne donne aucune suite à l'affaire, alors qu'il doit ordonner la fermeture du local. Cet état de fait a une conséquence immédiate sur l'appréhension dont on doit jouir auprès des contrevenants.»
Ainsi, passe-droits et corruption rendent caducs non seulement la mise en demeure, mais aussi le droit d'inspection ou de contrôle. Il arrive que d'indélicates personnes refusent carrément d'être inspectées par des membres de BHC et se targuent d'une protection (sic !). Pis encore, des membres de BHC sont même pris à partie par des commerçants ou des citoyens mis en cause. Il a fallu les derniers événements de l'été (choléra, pollution de l'oued Corso) pour que la hiérarchie incorpore dans chaque brigade ou commission de contrôle un policier.
C'est la moindre des protections. De plus, les équipes ont été renforcées par un membre provenant d'un autre secteur, comme c'est le cas des services agricoles ou de l'hydraulique qui ont dépêché un technicien. Il est également coutumier que les éléments des BHC fassent partie d'une commission plus large sous la conduite de la direction du commerce ou d'une autre plus habilitée, selon l'objet de la mission. Ces sorties, outre qu'elles sont plus efficaces car assurant une pluridisciplinarité, elles permettent l'existence d'un moyen de locomotion aux membres d'un BHC qui ne possède pas un véhicule de service propre.
L'indispensable restructuration
Mais ce sont là des solutions qui relèvent de la débrouille ou du hasard. «Avec le volume de travail qu'on a, cette situation ne peut pas durer. Il faut revoir complètement le fonctionnement des bureaux d'hygiène communaux tant dans leur statut, organigramme, prérogatives que dans leurs moyens», s'exclame une jeune responsable. Une autre abonde dans le même sens : «Nous avons besoin d'une autonomie d'existence et des prérogatives plus étendues. Pourquoi c'est le P/APC ou le secrétaire général qui doit ordonner la fermeture, alors qu'il n'est pas en mesure d'apprécier l'infraction ou bien il est plus préoccupé par d'autres considérations politiques, économiques ou personnelles '» Les esprits s'échauffent et on réclame tout simplement «une autonomie de fonctionnement».
Il est vrai que la bureaucratie retarde ou enchaîne souvent les actions. Les procédures vers la justice sont souvent longues. Alors que la gravité des faits comme les empoisonnements alimentaires exigent de la célérité dans le traitement de ces affaires avec le droit de fermeture immédiate. C'est pourquoi, la protection de la santé publique ne saurait souffrir d'une quelconque lacune car, en fait, il s'agit non seulement de prendre soin de la qualité de la vie mais aussi de sauver la vie tout court.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Lakhdar Hachemane
Source : www.elwatan.com