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TRIBUNAL DE BOUMERDÈS



TRIBUNAL DE BOUMERDÈS
Jeudi, au second jour du procès, en criminelle, des éléments des réseaux de recrutement, particulièrement des femmes, pour le compte de Daesh, de Syrie et d'Irak, la parole a été donnée au procureur du tribunal criminel de la cour de Boumerdès pour argumenter ses accusations et requérir des peines à l'encontre de 46 accusés dont certains, 2 femmes notamment, sont en fuite en Syrie.La justice reproche aux 46 accusés leur adhésion à un groupe terroriste (Daesh en l'occurrence), tentative d'adhésion à un groupe terroriste, soutien à un groupe terroriste, apologie du terrorisme, diffusion sur les réseaux sociaux de documents faisant l'apologie du terrorisme et non-dénonciation d'actes criminels.Citant un à un une bonne moitié des suspects, le magistrat du parquet énumère les actes qu'ils auraient commis. Il cible particulièrement B. Khaled et D. Mehdi, considérés comme les cerveaux de ce réseau activant dans plusieurs wilayas du pays.Pour étayer ses charges quant à l'implication des accusés dans les actes criminels, le procureur fait lecture au tribunal de quelques échanges, par le biais des réseaux de Facebook et Instagram, entre eux. Il cite un chômeur qui écrivait : «Je ne peux travailler dans les instances des taghouts.»L'accusé visait les institutions algériennes. A certains mis en cause dans ce dossier qui se disent innocents ou qui nient leurs déclarations devant les policiers ou le juge d'instruction, le procureur donne conseil. «Libre à vous d'élaborer des scénarios pour vous défendre, encore faut-il que ces scénarios soient conséquents et logiques et qui ne soient pas pleins de trous inexpliqués et inexplicables.»Pointant du doigt une accusée, le procureur s'est exclamé : «Je préfère ne pas m'étaler sur certaines relations.»S'adressant ensuite à l'ensemble des inculpés, il leur dira : «L'Etat islamique vous promet le paradis, mais en réalité, c'est la coupe des têtes sans motif qu'il commet. Voyez, votre pays vous juge publiquement, dans la transparence et sans haine.» Ce qui lui fait dire plus tard : «Je suis beaucoup plus préoccupé par la récupération par ces jeunes pour les remettre dans le droit chemin que la sanction à leur infliger.»Les observateurs présents ont noté que des zones d'ombre persistaient sur le degré d'implication de certains accusés. En effet, le parquet n'a pas donné plus de détails à leur sujet.Par ailleurs, ce réquisitoire, c'est-à-dire le moment où est détaillée la demande de la peine à infliger à chaque accusé, s'est quelque peu terminé dans la confusion. Ni la présidente du tribunal, ni les défenseurs, encore moins les journalistes, nombreux, n'ont entendu ce détail.Il a fallu aux journalistes faire un recoupement d'informations récoltées auprès des avocats pour savoir que le parquet a demandé 20 ans de prison ferme contre 11 inculpés, 10 ans de prison ferme contre 14 d'entre eux alors qu'une peine de 5 ans de prison ferme a été requise contre 9 suspects.Le premier avocat à intervenir souligne la contradiction du procureur qui se dit préoccupé par le retour des accusés dans le droit chemin «Leur infliger 20 ans de prison, c'est tout simplement les jeter dans les bras de Daesh», dira-t-il.Le défenseur, qui rappellera que la majorité des accusés n'ont pas d'antécédents judiciaires, remet ensuite en cause les résultats de l'enquête.S'adressant au tribunal, il dira : «Je n'accuse pas la police judiciaire mais faire pression sur mon client ou ses parents pour lui arracher des aveux, c'est une situation que vous ne devrez pas accepter.» Pour maître Mustapha Bouchachi, il n'y a pas d'affaire de terrorisme. «La majorité des inculpés n'a rien à voir avec le terrorisme. On s'est approprié leurs comptes sociaux pour monter cette affaire.»De son côté, maître El-Hadi Ouyahia s'est inspiré de la Constitution du pays pour argumenter sa plaidoirie. «On reproche à des gens d'avoir donné des avis sur leurs comptes sociaux tout à fait personnels avec d'autres personnes sur d'autres comptes aussi privés. Où sont la liberté d'expression et l'inviolabilité du courrier personnel '» dira-t-il avant d'assener : «C'est une affaire virtuelle fonctionnant dans un monde virtuel.»Abachi L.Le verdictLe verdict du procès des éléments mis en cause dans l'affaire du réseau de recrutement au bénéfice de Daesh de Syrie et d'Irak est tombé hier après-midi.Ainsi, 20 accusés dont 8 femmes sont acquittés par le tribunal. Certains d'entre eux ont été détenus plusieurs mois en prison.Le principal accusé chez lequel les services de sécurité ont trouvé une arme de guerre est condamné à 6 ans de prison ferme. La femme du terroriste qui a tenté de rejoindre son mari en Syrie et qui a fait demi-tour de Turquie est condamnée à 3 ans de prison ferme.Une autre femme écope d'une année de prison ferme. Les autres inculpés sont condamnés à des peines allant de 12 à 18 mois de prison ferme.
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