Boumerdes - A la une

Tamazight, langue nationale et officielle



Tamazight, langue nationale et officielle
Eh bien voilà , cela fait déjà un an que tamazight, comme langue, est passée d'une situation d'orphelinat voire de déni d'existence à une reconnaissance/réhabilitation avec tous les arguments qui plaident en sa faveur. C'était il y a à peine quelques décennies où ceux pour qui c'est la langue maternelle, la pratiquaient, honteux et dans le secret, voire la chuchotaient entre eux afin de ne pas être tournés en ridicule – et c'est déjà arrivé au quartier ou dans la cour de récréation de l'école. Long très long, fut donc le chemin pour réparer cette injustice. Pour les pionniers et les jeunes militants de tamazight, l'histoire témoigne de ce que certains appellent la «crise berbériste», appelée aujourd'hui encore à livrer ses secrets. Si le conflit autour de cette question – qui remonte à 70 ans – se dissout progressivement grâce à une large prise de conscience des populations dans toutes les régions du pays c'est dans le sillage d'une volonté de réappropriation et de promotion d'une part sensible de cette identité. Au niveau de l'Etat (au-delà des risques de récupérations politiques), l'on joue le jeu en actionnant tous les leviers publicitaires. Le lancement officiel mercredi dernier, la veille du jour de l'an amazigh, au siège de la direction générale de la protection civile – une institution – en présence de personnalités officielles anciennes et actuelles dont le représentant de la présidence de la république souligne ,s'il en est, tout l'intérêt à hisser les festivités à un plus haut niveau que par le passé. Cette fièvre festive insufflée dans toutes les wilayas vue sous cet angle est significative d'une volonté de hisser à un niveau plus élevé l'héritage amazigh. On peut aussi considérer parmi les résultats évidents de la constitutionnalisation de tamazight, langue nationale et officielle, sa sortie du ghetto kabyle longtemps son point faible et point d'achoppement entre les tenants et les opposants. Les partis à l'image du Ffs et du Rcd ont donc tout à gagner de cette évolution à laquelle ils ont contribué et sont susceptibles de ratisser large à la faveur des prochaines échéances électorales, les électeurs ne voyant plus en eux des partis d'une seule région accusée de toutes les vilénies. Il y a du travail, car désormais ils ont du pain sur la planche pour offrir une image plus en adéquation avec les réalités sociologiques et corriger les préjugés induits par une propagande meurtrière mais vaine. Le temps aura fait son œuvre quand on se rappelle que lors d'une émission télé, l'actuel chef de cabinet du président de la république et secrétaire général du Rnd, Ahmed Ouyahia, déclarait sans ambages qu'il n'était absolument pas question de tamazight langue officielle mais qu'il lui serait concédé juste le statut de langue nationale (sans que l'on sache vraiment ce que cela signifie !). Il est loin le temps où l'ancien secrétaire général du Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA) déclarait à Boumerdès, à un public acquis à la cause amazighe, que tamazight ne sera jamais langue officielle”? Il est vrai qu'après le décès de Mohand Iddir Aà't Amrane, son président, le HCA était englué dans un dangereux immobilisme. L'ex-RCD, Nordine Aà't Hamouda, exprime très bien cette nouvelle donne en écrivant dans une « Lettre à ceux qui nous gouvernent » notamment : ”? «la langue amazighe est finalement reconnue sur sa terre natale, sa terre de toujours. Elle est désormais officielle. Ce n'est pas rien ! Et il faut prendre cette avancée à sa juste mesure symbolique et politique». Même si les constitutionnalistes avancent une certaine limite au statut de « tamazight langue officielle aux côtés de la langue arabe, langue nationale». Pour le reste, le citoyen lambda exprime enjoué son opinion sur cette question, cela prouve que les résistances réelles ou supposées en tant que telles commencent à tomber laissant la place à d'autres chantiers pour la mise en œuvre de ce patrimoine commun”? dans la vie de tous les jours, autrement dit dans nos us et coutumes naturellement. L'action des pouvoirs publics, à travers le HCA, si elle a le mérite de sensibiliser l'opinion sur la volonté de l'Etat d'encouragerune politique de mise en place et de promotion des structures à l'échelle nationale et locale – mise en place ce vendredi de l'Association «Numidia» à Oran - elle tend à faire oublier l'inertie qui a pendant longtemps prévalu. A vouloir trop bien faire toutefois, cet activisme peut avoir des effets inattendus dans une sorte de retour de boomerang dans un effet de rejet. Il est tout à fait normal que de par la mission qui lui est dévolue, le HCA se place en première ligne et crée un effet d'entraînement mais il doit aussi intégrer la dimension temps afin d'être en phase avec la société et éviter ainsi le risque de se couper de larges pans de la population algérienne séduite mais quelque part aussi sceptique. Les raisons sont dans leur trop grande sollicitation et les efforts demandés pour qu'enfin tamazight soit une pratique quotidienne courante dans n'importe quelle latitude du pays. Le substrat historique diversement perçu est en lui-même un atout qui rend l'approche par les uns et les autres plus aisée. La structure créée au HCA pour répondre à la forte demande d'amazighisation de l'environnement : panneaux routiers, enseignes d'établissements publics et privés rompt avec les risques de folklorisation de toute culture et a fortiori celle acquise de haute lutte. Oui, il y a un gros effort éditorial notamment pour ce qui est de la traduction vers tamazight, la formation du personnel enseignant, le développement de l'outil pédagogique, les structures d'accueil, la communication, etc. Sur ce dernier point, le ministère de la poste et des technologies de l'information et de la communication (MPTIC) nous a gratifiés d'un sympathique SMS de félicitations pour le Nouvel An amazigh qui dit, en caractères latins notamment : «Ilmend n Yennayer 2967, yessaramawen Usqamu Unnigh n Timmuzgha Aseggaz ara awen-d-yawin talwit,tasmerr d teghzi n leamer» ! Ouf ! C'est dit, mais allez-y vous retrouver dans sa lecture. Un simple «Aseggaz Amegaz» n'aurait-il pas été plus indiqué à l'occasion '
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