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Rencontre avec Tombeza



Rencontre avec Tombeza
Décrivant le principal personnage, Tombéza, qui porte le titre d'un de ses romans, Rachid Mimouni disait : « Noiraud, le visage déformé par une contraction musculaire qui me fermait aux trois quarts l'?il gauche, la bouche ouverte et le menton en permanence mondé de bave où proliféraient des boutons qui semblaient se nourrir au liquide dégoulinant, sec, noueux comme un sarment de vigne, rachitique et voûté et de surcroit affecté d'une jambe un peu plus courte que l'autre... ». Affalé sur un monticule de pavés, jonchant l'entrée du cimetière, le vieil homme guette au loin. La tête coiffée d'un bonnet de fortune ramassé jusqu'au front, qui cache un visage parcheminé, où s'enfoncent des yeux ronds, atteints par les vicissitudes de l'âge. De temps à autre, d'une main molle, il tape sur le sol à l'aide d'une canne qui lui sert presque de compagne. L'impatience le gagne petit à petit tandis que « ses » hôtes tardent à pointer du nez. « Mon fils, puis-je vous aider ' » me lance-t-il dans l'espoir de meubler les quelques minutes qui allaient annoncer le cortège officiel. « C'est moi Tombéza ! » clame-t-il sur un ton sec d'où se dégage une apparente fierté. Du haut de ses soixante-treize ans, Boualem Bendrissi ne rate aucune occasion, aucun évènement, fut-il le plus discret, pour rendre hommage à l'homme qui a fait de son sobriquet un best-seller. « Un jour, on s'était croisés au centre-ville de Boudouaou. Je ne me rappelle plus exactement de la date, mais je crois que c'était au début des années quatre-vingt. Mimouni m'a fait part d'un projet de livre dans lequel il tenait à parler de ma vie. Notamment durant la période coloniale et concernant aussi ma carrière d'ancien champion d'athlétisme. Je ne vous cache pas qu'à première vue, l'idée me paraissait complètement saugrenue. Je n y croyais pas tout simplement. Mais l'insistance de l'écrivain envers qui j'éprouvais un respect et une admiration sans faille, avait fini par avoir raison de mes réticences » raconte-t-il, non sans perdre de vue le défilement des invités. S'extirpant de l'autobus, ces derniers avançaient, d'un pas lent, vers la sépulture du défunt.Le vieil homme reprend son souffle et le sujet. Il se dit très fier d'être célébré par un monument de la littérature algérienne, de surcroit fils et fierté de son bled. « A ma connaissance, Mimouni gardait, dans sa maison de Boumerdes, le cahier dans lequel il avait noté tous les détails me concernant » nous dit-il, relevant, en guise d'« inédit », que l'auteur du fameux roman « regrettait » quelque part d'avoir préféré le surnom de Tombéza à son patronyme. Loin d'en garder rancune, Aâmi Boualem, bien au contraire, dit tout le bien qu'il pense de cet « humble compagnon ». « Nous nous considérions comme des frères. C'était un homme respectable qui aimait jusqu'à la démesure son Boudouaou natal. Je suis venu lui rendre hommage pour tout ce qu'il a donné à ce pays qu'il a toujours servi », conclut le héros de Tombéza.


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