En voiture ou à pied, on ne peut l'éviter. Certains la regardent depuis des décennies mais peu, et même trop peu, connaissent son histoire et pourquoi elle trône sur l'ex-Rocher noir, actuel Boumerdès.Elle est là pour très longtemps, si près du siège officiel de l'université qui porte le nom d'un brave : M'hamed Bougara. D'ailleurs, elle est «la fille» adoptive de cette université. Elle est aussi près du lieu où, pour la première fois de son histoire millénaire, l'Algérie hissait, grâce au GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), officiellement, l'emblème qui symbolisera la réunification de son territoire et le recouvrement de sa souveraineté sur ce même territoire. Cela s'est fait le 3 juillet 1962 en présence des principaux dirigeants du GPRA. Elle fait face au bâtiment où fut installée, sur le territoire de l'Algérie indépendante, la première instance officielle du GPRA. Elle voit du monde passer devant elle.
On l'aperçoit de loin mais rares sont ceux qui connaissent son histoire et qui savent qu'elle est porteuse de sentiments nobles autour de la solidarité et de l'amitié entre les peuples. Personne n'a pensé à lui donner un nom comme le font habituellement les artistes pour une fresque. Eh oui ! «Elle» est une fresque géante de 800 mètres carrés. Tous les prénoms féminins lui iraient très bien tant sa féminité et ses traits sont d'une grande finesse et de toute beauté.
Son parcours est peu connu. Comment est-elle venue du froid pour mettre un peu, peut-être beaucoup, de chaleur dans les c?urs des gens d'un pays chaud, un pays qui sortait tout juste d'un long cauchemar ' Certains disent qu'elle est née en 1965 en Union soviétique, ou plus tôt en Algérie. Qu'importe les supputations, elle est le lien tissé d'amitiés entre ces Etats.
Le professeur Hamada, doyen de la Faculté des hydrocarbures et de la chimie de l'université M'hamed-Bougara de Boumerdès (UMBB), nous la présente brièvement. «C'est une femme qui symbolise l'Algérie. Elle est jalouse des richesses minières et pétrolières du pays nouvellement indépendant. Cette belle jeune femme entoure ces richesses de ses bras pour les protéger des convoitises.»
Cette fresque de 800 m2 était collée au mur de la salle des actes du CAHT (Centre africain des hydrocarbures et du textile) devenu l'INHC (Institut national des hydrocarbures et de la chimie) avant son intégration en 1998 à l'université M'hamed-Bougara. Elle a été réalisée 3 ans après l'indépendance par des artistes et architectes russes.
Selon notre ami Hamoud Ibaouni, ancien journaliste, c'est le bureau d'études soviétique Guiprovoz qui a veillé à la conception et à la bonne exécution de cette ?uvre artistique. La salle dont les murs externes portent cette fresque a été construite par l'ex-URSS et offerte à l'Algérie. Les deux réalisations ont été inaugurées, une première fois, par Belaïd Abdeslam et Alexeis Kossyguine en 1966. Houari Boumediène les a inaugurées une seconde fois en 1967. Cette salle, mitoyenne de la maison de la culture Rachid-Mimouni, a abrité d'importantes activités culturelles, politiques et scientifiques. Actuellement elle est sous la tutelle de l'université, qui la destine uniquement aux activités scientifiques. La plupart du temps, elle est malheureusement fermée. Or, elle est en mesure d'abriter des pièces de théâtre, des concerts de musique, des films.
Ibaouni note que le balcon de la salle a été conçu sous forme de faucille, l'un des symboles de l'ancien drapeau de l'URSS. Cette fresque a été réalisée avec des galets en basalte et granit de différentes couleurs. Ils ont été importés de l'Union soviétique. En face de l'entrée du rectorat de l'université, est posé, sur la séparation de deux rues, un énorme bloc en matière rare signalant la date (1967) de l'inauguration par Houari Boumediène. Les pierres de la fresque ont été collées sur des panneaux de 2x2m, ensuite étalées et scellées sur les deux murs de la salle des actes. Son côté sud, qui fait face au rectorat de l'université et au mât sur lequel a été hissé, le 3 juillet 1962, l'emblème national, est la vue principale. Elle montre la dame qui, de son bras droit, protège les derricks de pétrole et de son bras gauche les minerais et les métaux précieux. Au-dessus de son épaule gauche flotte le drapeau national.
Dommage, la vue générale est obstruée par deux palmiers plantés inutilement près du mur. La façade ouest dévoile un montage signifiant la maîtrise de la technologie.
Salle de Moscou
Il y a quelques semaines une association «Héritage culturel Algérie», qui s'est donnée comme tâches la promotion et la mise en valeur du patrimoine culturel matériel et immatériel algériens, s'est réunie dans cette même salle. Cette ONG ambitionne d'organiser à Boumerdès un festival national célébrant l'amitié entre les peuples. Pour elle, l'amitié entre les peuples est un canal d'échanges entre populations donc de développement du tourisme. Et bien entendu, l'amitié entre l'Algérie et l'Union soviétique figure en bonne place.
À cet effet, elle propose la réhabilitation de cette salle pour lui donner le nom de «Salle de Moscou». Dans son intervention le directeur de la culture de Boumerdès a affirmé qu'une fois le classement établi, toutes les actions sont faisables, comme la prise en charge de la réhabilitation de cette salle et l'entretien de cette fresque. Il faut que le directeur de la culture de Boumerdès consulte les archives de sa direction. En effet, du temps de Khalida Toumi à la tête de la culture nationale, le quartier «Rocher-noir» qui comprend l'ancien petit village, une partie de l'université M'hamed-Bougarra et certainement cette salle, ont été classés dans la liste des biens culturels du patrimoine national.
Relations amicales algéro-russes
Pour les Algériens qui connaissent bien le sujet, l'amitié algéro-russe ne se limite pas à la livraison d'armes, même les plus sophistiquées. Pour eux, cette amitié remonte à loin dans l'histoire du pays. Les Algériens initiés à l'Histoire de leur pays rappellent que le Tsar de Russie a décoré l'Emir Abdelkader, de l'Aigle blanc, la plus haute distinction de l'époque (1860), pour son geste de protection, en Syrie, à l'endroit de dizaines de milliers de Chrétiens. L'Histoire, attestée, selon le professeur Hamada, par les diplomates de l'époque se trouvant à Beyrouth, Constantinople et Paris indique que 12 000 Chrétiens ont été sauvés par l'Emir Abdelkader. Le Pape et plusieurs grands hommes de l'Eglise avaient salué ce geste.
Le conférencier rappellera que durant la révolution de 1954, l'URSS a apporté au FLN son soutien politique, notamment à l'ONU. En 1960, l'ex-URSS avait reconnu de facto le GPRA et elle a été l'un des premiers pays à reconnaître l'Algérie indépendante. Au plan de l'aide directe à la révolution, en plus des armes, l'Union soviétique a pris en charge des blessés. «Un bateau sanitaire soviétique a pris à son bord près de 300 blessés algériens : des amputés, invalides, victimes des mines de la ligne Morice, de triste «mémoire», pour les soigner en URSS», dira le conférencier. Il serait long d'énumérer toutes les actions politiques ou matérielles apportées durant la guerre d'indépendance, par le pays de Brejnev à l'Algérie. Après l'indépendance, le pays de Youri Gagarine s'est investi lourdement dans l'aide au développement. Cette aide a touché tous les secteurs d'activité. À titre illustratif, durant les années 1970, les familles russes étaient quasiment majoritaire, à Rocher-Noir. C'étaient des familles de techniciens et ingénieurs de haut niveau qui formaient ou faisaient des recherches au sein des laboratoires d'entreprises publiques (Sonatrach, Sonarem, Snmc, SNS...).
Pour rappel, l'hôpital de Lakhdaria a été reconstruit par l'Union soviétique de même que deux barrages destinés à l'agriculture ont été érigés dans la wilaya de Boumerdès. La coopération diplomatique ou économique entre l'Algérie et l'Union soviétique puis la Russie a été constante.
Par ailleurs, des milliers de techniciens et ingénieurs, civils ou militaires, ont été formés en URSS. En matière de grands évènements algéro-russes, le professeur Hamada rappellera qu'«en 2001, lors de la visite officielle du Président algérien Abedelaziz Bouteflika à Moscou, les Présidents algérien et russe ont signé la Déclaration du partenariat stratégique. C'était le premier accord de ce type signé par la Russie avec un pays arabe ou africain.» Le 3 mars 2006 dans le cadre de la visite officielle du Président Vladimir Poutine à Alger, Moscou a annoncé l'effacement de la dette militaire algérienne estimée à 4,7 milliards de dollars. Justement concernant l'aspect militaire de la coopération avec la Russie : «l'Algérie a toujours eu l'appui de la Russie en termes de coopération technique militaire. L'armée algérienne est dotée de nouvelles technologies de défense au même titre que l'armée russe-les forces navales, l'armée de terre, les forces aériennes, défense anti-aérienne.» Le dernier signe de bonnes relations avec la Russie a été créé par la pandémie du coronavirus. Au vu de ces bonnes relations, l'Algérie s'est vue accorder en exclusivité la fabrication en partenariat, sous licence russe du vaccin Spoutnik V. Au vu de ce bilan dont il reste énormément de choses à inclure sur les relations entre notre pays et la Russie, on peut considérer dès lors que la réhabilitation de cette salle et son appellation au nom de la capitale des Tsars est si peu de choses.
Abachi L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abachi L
Source : www.lesoirdalgerie.com