Boumerdes - A la une

Quand l'Etat favorise l'emploi précaire



Quand l'Etat favorise l'emploi précaire
La politique suivie par les pouvoirs publics en matière d'emploi gagnerait à être revue de fond en comble. Les dispositifs mis en place en 2008 pour accompagner les jeunes dans leur quête d'embauche ont atteint leurs limites.Dans la wilaya de Boumerdès et partout ailleurs, ce sont les entreprises, privées comprises, qui sont les grandes bénéficiaires de ces dispositifs. Ce sont elles qui profitent de l'argent dégagé par l'Etat pour endiguer le chômage qui lamine de larges franges de la société. Les chiffres contenus dans le rapport établi par l'APW sur l'emploi sont révélateurs à plus d'un titre.Bien qu'il ne contienne que des statistiques, le document en question fait ressortir d'énormes incohérences. Ainsi, plus de 80% des postes créés durant ces dernières années au niveau local sont temporaires. Même s'il n'est pas fiable, le taux de chômage est en nette progression, passant de 8,48% en 2013 à 10,29 en 2016. Le secteur de l'agriculture, qui fait la vocation de la wilaya, emploie 14% de la population active. Le secteur industriel, lui, n'emploie que 13% des masses travailleuses. Cela résulte de la stagnation des investissements annoncés depuis plusieurs années dans la région. Les rédacteurs du rapport font état de 81 872 demandes d'embauche, qui ont été enregistrées durant l'année écoulée, dont 40 936 ont été déposées au niveau des agences de l'ANEM, 23842 au niveau des entreprises et 17 094 autres dans le cadre du dispositif d'aide à l'insertion professionnelle (DAIP). Durant la même année, il a été créé 26647 postes, dont 15 889 sont temporaires. Pis encore, la plupart des gens recrutés dans le cadre des dispositifs précités sont payés par le Trésor public. «Ces dispositifs sont une véritable aubaine pour les entreprises. Non seulement ils consacrent l'exploitation, mais ils ont permis à de nombreux patrons véreux de profiter de l'argent public et de bénéficier d'avantages fiscaux et parafiscaux», souligne un cadre de la direction de l'emploi. Selon lui, la plupart des entreprises renvoient les jeunes qui leur sont adressés par les agences de l'ANEM après deux ans de travail, soit dès la fin du premier contrat.«Tout le monde trouve son compte dans ces dispositifs, sauf les employés. Même les entreprises qui sont en bonne santé financière en profitent. La loi leur exige de recruter 25% des gens qu'on leur envoie, mais cela n'est jamais appliqué», a-t-il dénoncé.Selon notre interlocuteur, la réglementation en vigueur permet aux entreprises d'employer des jeunes âgés de 18 à 35 ans, qui seront payés par l'Etat durant une période de cinq ans. «Le comble dans tout cela, c'est qu'on devrait soutenir les entreprises qui sont en difficulté afin d'éviter la faillite, mais la logique libérale du gouvernement recommande d'appuyer celles qui se portent bien», a-t-il expliqué.Aujourd'hui, même les jeunes recrutés au sein des administrations publiques depuis plusieurs années tardent à être permanisés dans leur poste. «Cela fait six ans que je travaille dans la commune de Naciria. Je perçois 15 000 DA, alors que j'accomplis des tâches plus pénibles que celles qu'on confie à ceux qui touchent le double ou le triple de mon salaire», s'indigne un jeune licencié en sciences politiques.Comme lui, des milliers d'autres diplômés universitaires assurant un travail titanesque au sein des institutions publiques sont «exploités» par l'Etat, celui même qui est censé garantir leurs droits à un emploi décent.
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