
Enfin quelque chose de sérieux se profile à l'horizon pour la prise en charge scientifique de l'héritage intellectuel et littéraire l'écrivain Rachid Minouni. En effet des universitaires, appuyés, pour l'heure, par les universités de Boumerdès et d'Alger ont initié un comité scientifique. Celui-ci est présidé par Nawel Krim, de l'université Alger 2. «On a commencé à travailler depuis un mois. Notre ambition est d'installer cette habitude, rendez-vous annuel par rapport à l'auteur et à l'homme. Il y aura donc un colloque international sur les œuvres de Rachid Mimouni, notamment la réception auprès du lectorat de son œuvre. De plus le colloque s'ouvrira à d'autres auteurs algériens», nous dira-t-elle. Dans son intervention lors des débats, le wali de Boumerdès, Abderrahmane Madani Fouatih —'il avait qualifié le travail de Mimouni d'écriture de rébellion et de révolte contre l'injustice, chose rare chez un officiel — avait fait justement allusion aux préparatifs de ce colloque.A la sortie de la salle, nous l'avions questionné sur l'ampleur de la contribution de la wilaya.Pour toute réponse il nous a dit : «Non je ne participe pas, j'organise.» En clair, ce sont les pouvoirs publics qui vont s'impliquer pour prendre en charge tous les aspects lourds de la logistique inhérente à ce genre de conclaves.Par ailleurs, le comité compte instituer un prix Rachid-Mimouni réservé au jeunes auteurs de nouvelles. Enfin, quelqu'un a rompu le cercle macabre pour honorer une célébrité algérienne, non l'anniversaire de son décès mais le jour de sa naissance. Djamel Foughali, directeur de la culture de la wilaya de Boumerdès, et Abdelmadjid Benzaf, directeur de la maison de la culture Rachid-Mimouni de Rocher noir ont eu la bonne idée de choisir la date de naissance de Rachid Mimouni et organiser un hommage à cet immense écrivain à travers une journée d'étude sur son œuvre — rencontre qualifiée de charme intellectuelle par le wali Anderrahmane Madani Fouatih.? Ce dernier, après avoir ouvert officiellement cette journée, est resté en tant que simple citoyen pour intervenir et donner son avis sur l'œuvre de Mimouni.Ceci pour la forme, en tout cas réussie puisque l'auditoire, très nombreux, a été attentif aux dissertations des spécialistes. Avant l'ouverture de cette journée une question taraudait l'esprit. Rachid Mimoni était-il fondamentalement un écrivain engagé et qui dénonçait l'injustice ou était-il en vérité un intellectuel qui a de grandes capacités d'observation de la société algérienne pour y déceler ses travers ' Parmi les intellectuels que nous avions questionnés, il n'y avait pas d'avis tranché. Certains, majoritaires, disent qu'il est les deux à la fois.ProposNawel Krim, enseignante à l'université d'Alger 2 et présidente du Comité scientifique Rachid-Mimouni, récemment institué. Nawel Krim a écrit un livre —'parcours d'un homme engagé — sur les œuvres de Rachid Mimouni : «J'ai découvert Rachid Mimouni à travers Tombéza et en lisant ce roman je me suis retrouvée en tant qu'Algérienne. Par contre un étranger n'aurait pas pu avoir ce sentiment. Surtout en ce qui concerne l'hypocrisie ambiante dans le pays, particulièrement celle en rapport avec les femmes.En effet, nous sommes un pays hypocrite où tout est interdit mais tout se fait en cachette. Rachid Mimouni a eu le courage de le dire et de le dénoncer.En tant que femme je me suis retrouvée et en tant que citoyenne et enseignante aussi. Chaque individu de la société algérienne peut facilement se retrouver dans les narrations de Mimouni. Est-ce que Rachid Mimouni est un écrivain engagé ou un grand intellectuel ' Les deux à la fois. C'est effectivement un écrivain ; il a construit un monde qui colle intimement à la réalité algérienne.»Mustapha Hammouche, chroniqueur à Liberté. Mustapha, fils de la région de Rocher noir comme Rachid Mimouni, a connu l'homme et l'écrivain. Il l'a cètoyé et a longuement débattu avec lui, sur les rives du Figuier, des problèmes de la société algérienne : «C'est d'abord un écrivain clairement engagé. Ce qui le pousse à écrire c'est la révolte devant l'injustice. Il était tellement imprégné de cette société car c'est un enfant du terroir qui a été dans l'enseignement et qui a fréquenté toutes les catégories sociales du pays. C'est un fin observateur qui pouvait facilement prendre du recul pour déceler les travers de la société. C'est un gars qui a eu une vie intérieure intense.»Omar Fatmouche, dramaturge producteur, réalisateur de pièces de théâtre et directeur de théâtre a connu Rachid Mimouni. Fatmouche a adapté en pièce de théâtre le roman Le Fleuve détourné et a en projet une autre adaptation de l'Honneur de latribu : «L'œuvre de Rachid Mimouni est une littérature de transgression à tout point de vue de l'écriture, tant au niveau de la forme que du contenu. Si l'on prend par exemple Le Fleuve détourné, c'est la négation de tout ce qui a été fait jusqu'à présent. `Le roman est un enchevêtrement de situations. Rachid Mimouni a allié la forme d'écriture classique et une autre qui sort des sentiers battus. Il fait appel à l'imaginaire du lecteur pour reconstituer le puzzle.Quand j'ai travaillé sur ce roman pour l'adapter en pièce de théâtre, au début j'étais embrouillé pour trouver la structure dramatique et retrouver l'histoire. Pour démarrer donc j'ai dû épouser l'écriture de Rachid Mimouni. Par ailleurs, je considère l'histoire du manifestant dans La ceinture de l'ogresse qu'elle est extraordinaire.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.lesoirdalgerie.com