
La colère des éleveurs et producteurs de lait du nord de la vallée du Sebaou, dans l'est de la wilaya de Boumerdès, le plus important bassin laitier de la région, dure depuis longtemps. Devant moult difficultés auxquelles ils sont confrontés quotidiennement, ils lèvent les mains vers le ciel et se lamentent. «On a l'impression que les hautes autorités du pays n'accordent aucun intérêt à notre filière, pourtant stratégique. Au train où vont les choses, le ministre nous pousse à ramener nos vaches pour assiéger la Wilaya.»A leur appel, nous avons fait le trajet jusqu'à Baghlia pour les écouter et transmettre leur message. «Nous ne pouvons plus tenir.» C'est Ladada Kamel qui résume la situation. «Notre filière se meurt. Elle vit une véritable catastrophe. Que les responsables sachent qu'il y a une diminution dramatique du cheptel producteur de lait. Entre 2013 et 2015, il y avait dans notre région plus de 7 000 vaches laitières pour 3 000 éleveurs, en 2017 elles ne sont plus que 3 000 vaches laitières appartenant à un millier d'éleveurs.» L'un de ses confrères appuie. «Je produisais entre 250 et 300 litres de lait quotidiennement, maintenant je suis contraint d'arrêter. Je ne pense plus faire face aux entraves et aux dépenses.» Kamel revient à la charge. «Annuellement, plus de 1 000 génisses sont envoyées à l'abattoir au lieu de les élever pour la production du lait et du renouvellement du cheptel. De plus, la loi interdit cet abattage. Mais les difficultés poussent les éleveurs au choix de cette solution destructrice.» En cause les problèmes d'approvisionnement en aliments et surtout leur cherté. Ils en veulent au ministre de l'Agriculture et du Développement rural qui leur limite l'approvisionnement en son.
En effet selon une directive du ministre, ils n'ont le droit d'acheter, auprès de l'une des trois coopératives installées à Baghlia et Dellys, que l'équivalent de 4 kg/jour par tête, au prix de 1 530 dinars le quintal pour ce qui concerne exclusivement les vaches laitières alors que, selon eux, 10 kilogrammes sont nécessaires quotidiennement à une vache laitière. A ceux qui leur disent que le son n'est qu'un aliment complémentaire, qui n'est pas un facteur producteur de lait, les éleveurs rétorquent : «Nous le mélangeons au soja qui coûte 70 dinars le kilo afin de jouer sur les quantités et atténuer un tant soit peu les coûts d'exploitation.» Par ailleurs, pour l'alimentation des taureaux ou des génisses ou pour compléter les quantités à donner aux vaches laitières, les éleveurs doivent se ravitailler auprès des spéculateurs qui leur facturent ce son à raison de 2 500, voire 3 000 dinars le quintal. Or, constatent-ils amèrement, ils voient sortir quotidiennement du complexe minotier implanté à la périphérie de la ville de Baghlia, des semi-remorques chargés qui prennent des directions inconnues. Dans le même sillage, rappelons les confidences des travailleurs de ce complexe minotier qui ont observé une grève de plusieurs jours pour dénoncer la mauvaise gestion de cette unité. Ils nous révélaient au sujet de la commercialisation du son (Le Soir d'Algérie du 2 novembre 2017) : «De 8h du matin jusqu'à 16h, c'est-à-dire aux heures de travail, environ 15 camions entrent pour charger, et après les heures de travail légales et ce, jusqu'à 20h, plus de 20 camions entrent pour charger. Où vont ces camions '» C'est là où la décision ministérielle de restriction devient étrange.
La prime de production versée par intermittence
Le second sujet de la colère de nos interlocuteurs concerne la prime de production. On sait que l'Etat subventionne la production du lait à 12 dinars le litre livré aux unités de transformation. Le problème c'est que les producteurs ne la reçoivent pas régulièrement. Certains attendent depuis 2014 pour recevoir une partie de leur dû. «Depuis le premier janvier 2017, je n'ai reçu aucun centime concernant cette prime», atteste l'un d'eux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abachi L
Source : www.lesoirdalgerie.com