Boumerdes - A la une

La vie et la mort au temps du Covid-19



Quelque part, une bourgade sans nom et sans prétention, située au kilomètre X entre Bouira et Alger, en sortant de l'autoroute. Un jeune homme plein d'attention et de sollicitude est sur le seuil de la porte de son magasin. Enfin, appelons-le ainsi parce que dans la vraie vie, ce n'est qu'un entrepôt de grossiste en produits alimentaires. Là, il fait tout pour qu'on comprenne qu'il fait ?uvre utile parce que la situation impose que chacun y aille avec sa contribution pour que le pays dépasse la terrible épreuve qu'il traverse. La sienne est de vendre ses produits « en détail » au « prix de gros ». On ne saisit pas forcément quel effort lui coûte sa « reconversion » et comment elle sert la collectivité mais la bonne foi est visible dans son regard, comme dans son geste, trop naturels pour être douteux. Ne croyez surtout pas que c'est la ruée chez lui. Non, il n'y a ni bousculade, ni avidité, seulement une dizaine de femmes et hommes qui semblent être là par hasard. Et puis ça parle. Des dernières informations où chacun voulait placer la sienne, de ce que devait dire le Président dont le discours était attendu en soirée mais aussi de la qualité du couscous vendu sur place et du nouveau décès de Blida. D'un appareil invisible, qu'on peut imaginer entre un bidon d'huile et un sac de semoule, parvenait une voix de femme annonçant qu'on était sur Radio Boumerdès. Un médecin égrène d'une voix assurée et rassurante les précautions à observer pour prévenir le coronavirus. On donne ensuite la parole à une pharmacienne qui se plaint de l'épuisement des masques et du gel hydroalcoolique. Mais pourquoi le wali annonce la suspension des prières collectives dans les mosquées de Boumerdès alors que c'est une décision nationale ' Le plus averti des présents rassure tout le monde : c'est juste parce qu'on est sur Radio Boumerdès. Retour sur l'autoroute. Ils sont quatre jeunes hommes, tous « masqués ». Une image trop rare pour ne pas être remarquée, surtout que les quatre voyageurs ne faisaient pas grand-chose pour passer inaperçus. Des automobilistes penchent la tête ou baissent un peu plus leurs vitres pour les voir. Allez savoir ce qu'ils en pensent. Difficile pour un automobiliste de savoir ce qui se passe dans la tête d'un autre automobiliste, surtout quand on roule à plus de 100 à l'heure. Quand on vient de Bouira vers Alger, on a toujours l'appréhension du bouchon infernal. Il y a les barrages, les travaux et parfois des fermetures de tunnels. Hier, on n'était pas vendredi mais on était quand même mardi. Au départ, on vous avertira qu'il y a toujours des fous irréductibles qui « vont quand même marcher ». D'autres vous rappelleront que les gendarmes empêchaient déjà les gens de se rendre dans la capitale en raison des manifestations. Ils ne vont pas y renoncer maintenant qu'il y a le « corona ». La route est un espace et un moment de la vie où on parle aussi de la mort, surtout quand elle guette autant.S. L.
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