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Exode rural à Boumerdès: Aït Aliane veut renaître de ses cendres



Exode rural à Boumerdès: Aït Aliane veut renaître de ses cendres
Il y a soixante-dix ans, le village Aït Aliane, dans la commune de Naciria (Laaziv), à l'est de Boumerdès, était plein de vie. Les villageois vivaient alors dans la communion en pleine guerre de libération nationale.
Sept ans de guerre, de sang et de larmes ont fini par vider le hameau de ses habitants. Mais la répression de l'armée coloniale ne datait pas des années cinquante, elle remonte à 1945 alors que les nationalistes tentaient d'unir les rangs pour combattre le colonialisme. Le village a donné l'une des grandes figures de la révolution nationale qui reste encore méconnue de l'histoire officielle. Amar Kadi, dit Amar Amsah. Un révolutionnaire avant l'heure naquit à Aït Aliane, perché sur les collines verdoyantes et très boisées de Laaziv. Sa sagesse, sa soif de liberté et sa haine envers le colonialisme l'ont conduit à mener une rébellion contre les autorités françaises. Il participa à plusieurs attaques contre les militaires français et réussit à assassiner le capitaine Melmou à l'ex-Abbo, Sidi Daoud actuellement. Au lendemain de l'attaque, les autorités militaires de la France coloniale ont décidé de venger leur officier. L'armée de l'air a bombardé le village. Tout le hameau était rasé. Certains villageois ont réussi à fuir alors que d'autres y ont péri. Après l'indépendance du pays, selon Ami Ahmed, un habitant du village nous dira que certaines familles sont revenues pour cultiver leurs terres mais la plupart étaient restées à Laaziv. Durant les années 90, le terrorisme islamiste était à son paroxysme, alors que le village s'est vidé une deuxième fois. Cette fois, les villageois sont partis à jamais, laissant derrière eux maisons et terres. C'était l'exode rural ; d'ailleurs, plusieurs régions ont été touchées et vidées de leurs habitants fuyant l'intégrisme islamiste d'alors. Ami Ahmed nous raconte : «L'atrocité du terrorisme était sans égale, les gens n'avaient plus l'espoir de vivre dans les terres de leurs ancêtres. La peur était omniprésente. On ne pouvait pas sortir même durant la journée de peur d'être froidement éliminé par la horde sanguinaire». Et d'ajouter : «depuis plus de deux ans déjà, les gens veulent revenir mais cela s'avère difficile, d'autant plus que les moyens font défaut. La route qui y mène n'est pas goudronnée, c'est encore une piste peu carrossable. D'ailleurs, les services des forêts l'ont aménagée à plusieurs reprises. L'année écoulée, des habitants venus des quatre coins de la commune l'ont aménagée. Et je tiens à préciser que le mouvement associatif avait joué un grand rôle dans tout ça et une myriade de jeunes gens de l'association culturelle Tamusni ont réussi à redonner un second souffle et une seconde vie au village. Ils ont organisé une journée commémorative en hommage à Amar Amsah qui a drainé un monde fou». Rencontré alors que nous escaladions la montée qui mène au village, Ami Alouache, 85 ans, nous apprend qu'une pétition de villageois était déposée au niveau des services de l'APC pour inciter les gens à revenir au village et à inscrire des opérations de développement, notamment la route, les projets ruraux et l'eau. Les gens affichent déjà un intérêt particulier et adhèrent à l'idée de repeupler le village. Un membre de l'association Tamusni nous dira que les pouvoirs publics doivent lancer des projets dans le cadre du plan de proximité du développement rural intégré (PPDRI) pour que les villageois regagnent leurs terres. Et d'ajouter : «Comme première action, nous avons réhabilité l'ancienne mosquée du village où ils se regroupaient. Nos moyens sont limités mais nous avons réussi le pari en organisant plusieurs activités ici, notamment du théâtre en plein air sur les hauteurs de village et nous avons construit la tombe du héros national Amar Amsah ; nous comptons perpétuer la tradition d'organiser des activités contre l'oubli et l'ignorance».
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