Boumerdes - A la une

Des malades en détresse abusés



Des malades en détresse abusés
En l'absence d'une prise en charge adéquate du pied diabétique dans les structures de santé publique, de nombreux centres privés, cliniques et magasins d'herboristerie proposent des techniques de soins, des produits et des potions, qui malheureusement ne stoppent pas l'évolution de la complication considérée aujourd'hui comme un problème de santé publique.Nombreux sont les patients qui ont tenté de se faire soigner dans ces centres, mais qui finissent tout de même dans un bloc opératoire pour une amputation et généralement dans des structures privées. Une activité médicale devenue plutôt un fonds de commerce. «Après plusieurs années de diabète, mon père âgé de 80 ans n'a pas échappé à un ulcère au pied.Après plusieurs consultations et traitements, nous nous sommes rendus à un cabinet médical pour bénéficier de la nouvelle technique avec des injections (carboxythérapie) à Alger, chez le docteur Boudjenah. A la première consultation, le médecin a exigé un écho doppler des membres inférieurs que l'on doit faire impérativement chez un médecin qu'elle nous a elle-même indiqué. Il est situé pas loin du cabinet de notre médecin. D'autres examens sont systématiquement réalisés à son niveau.Une fois que tout était prêt, le traitement a débuté, il consiste à faire des bains de pieds avec un mélange d'eau et d'eau oxygénée pendant quelques minutes, puis laisser sécher et mettre une crème cicatrisante et autour de la plaie de la crème à coiffer sous le nom de coconut. Des antibiotiques ont été prescrits et payés sur place à raison de 5000 DA pour deux injections, sans compter les frais de consultation et des examens biologiques faits également dans ce même cabinet. Les produits (crème, eau oxygénée) ont été achetés sur place. Ce que nous avons dépensé pour que mon père guérisse est incroyable. Au bout de quelques jours, le pied de mon père a changé de couleur. Des rougeurs entouraient toute la plaie qui s'est finalement infectée.De retour chez notre médecin pour des explications, elle a alors préconisé son hospitalisation dans une clinique à Boumerdès où elle travaille aussi. Hospitalisé pendant 5 jours, mis à part le changement de pansement, rien d'autre n'a été fait. Le médecin n'est même pas venue le voir. Il a donc fallu payer une facture de 120 000 DA. Suite à cela, nous nous sommes rendus chez plusieurs médecins même à la clinique des Cubains, mais c'était trop tard.Mon père a fini par être amputé à l'hôpital», raconte A. R., qui regrette que l'on puisse exploiter une situation dramatique pour soutirer de l'argent. «J'ai beaucoup de peine pour tous ces patients qui sont dans la salle d'attente venus se faire soigner alors qu'ils risquent le même sort que mon père», a-t-elle dit. M. H. est venu d'Oran accompagner son père âgé de 66 ans souffrant d'une lésion au pied. «Le médecin exige une radio des veines chez un radiologue en face de son cabinet. Elle propose de faire un bandage avec de l'eau oxygénée et des crèmes.Elle nous demande de revenir au bout de 15 jours. La lésion s'est encore développée et c'est la même chose qui a été fait, mais malheureusement la plaie s'est infectée et mon père est actuellement hospitalisé à l'hôpital d'Oran.» «C'est une situation qui a suscité de vives réactions de médecins diabétologues, internistes, endocrinologues, chirurgiens, etc. De nombreux patients viennent en consultation dans une situation catastrophique suite à des traitements non bénéfiques.Ce n'est pas normal qu'un médecin exige de refaire tous les examens, tels que l'écho doppler des membres inférieurs, même s'il est fait par le meilleur spécialiste sur la place d'Alger, et les analyses médicales sachant que cela coûte cher. Il est aussi regrettable de voir ces hospitalisations abusives à prix fort juste pour des pansements, le non-respect de l'utilisation de certains antiseptiques dans le traitement du pied diabétique et l'utilisation abusive des anticoagulants», a dénoncé le Dr Daoud, diabétologue et d'interpeller l'Ordre des médecins afin de réagir à ce type de situation.Quant à la technique de soins proposée, la carboxythérapie, le Dr Daoud affirme que c'est une technique utilisée en médecine esthétique. «Ces injections auraient un effet bénéfique sur les vaisseaux et soulagent l'artériopathie des membres inférieurs. Certains médecins traitent avec cette technique, mais aucune étude clinique n'a confirmé ces allégations thérapeutiques.» Abondant dans le même ordre d'idées, le Pr Brouri qualifie la technique de «supercherie puisqu'à partir du moment où l'on prescrit une thérapie inefficace, la maladie continue de s'aggraver».Le Dr Boudjenah dément catégoriquement toutes ces déclarations et affirme : «J'avertis chaque patient de l'état de son pied et des risques d'amputation, tout le monde pourra vous le confirmer, je dis la vérité au malade. Si le malade a été hospitalisé, c'est que son état est sérieux et qu'il a accepté d'y aller. Un malade hospitalisé en urgence est vu par le médecin réanimateur, des bilans sont faits, un traitement antibiotique et anticoagulant sont prescrits et administrés, une surveillance du diabète est établie, l'insulinothérapie est réalisée et, enfin, des soins locaux sont faits par un infirmier formé ; s'il a en plus une personne comme garde malade, tout cela est facturé, ce qui est normal.»Quant à la clinique de Boumerdès, le Dr Boudjenah remercie l'équipe d'avoir accepté de prendre des diabétiques infectés et «de me permettre de les opérer, ce qui n'est pas le cas ailleurs. Quant aux tarifs, je ne demande pas aux malades de faire leurs pansements à la clinique, mais à domicile avec un protocole de soins bien précis et très simple ; si c'est leur choix, je n'y peux rien, mais une chose est sûre, ce n'est pas le mien, la clinique, comme tous les autres établissements, est libre de fixer ses honoraires», a-t-elle déclaré.Et de préciser : «La carbomed therapie, en dehors de contre-indications, est une fois par semaine si cela est nécessaire». A propos de l'écho doppler, elle affirme que «l'écho doppler artériel et veineux est au tarif de 6000 DA, loin des 18 000 exigés ailleurs. Si je demande à ce qu'il soit fait par ce médecin, c'est tout simplement parce que je lui demande de me faire un examen complet et très précis pour pouvoir pratiquer ma technique.».
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