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BOUDOUAOU-EL-BAHRI (BOUMERDÈS)



BOUDOUAOU-EL-BAHRI (BOUMERDÈS)
Un maire ou tout autre représentant du peuple pourrait-il vivre une nuit complète dans l'un de ces taudis ' «Ce que vous voyez est un gisement de trafic de drogue, de suicides, de hogra, de harragas ou de tous les autres maux sociaux. Les gens sont dans un enfer.» L'homme qui s'adressait à nous a atteint l'âge de la sagesse mais ses propos sont pleins de colère, celle qui ronge l'âme et qui la rend amère, la colère qui brûle la vie au fil des jours à petit feu.C'est une colère d'impuissance exacerbée par un sentiment d'abandon et de mépris par ceux qui devaient être à leur écoute, les élus locaux notamment.
La centaine de familles – environ 600 âmes — occupant les habitations précaires de Haà?-l'Aviation dans la commune de Boudouaou-el-Bahri dans le centre de la wilaya de Boumerdès font partie du lot de familles que le développement du pays a laissées en rade.
La construction de ce bidonville a commencé dans les années 1980 – la majorité des chefs de famille sont natifs de la commune de Boudouaou-el-Bahri et d'autres avaient fui le terrorisme, nous explique-t-on. Toute personne normalement constituée, disposant d'un peu de compassion qui entre dans ce bourg perdu ne ressortira pas indemne. Serpents, rats, eaux usées, mauvaises odeurs, saletés, inondation sont les éléments qui agrémentent le quotidien des habitants. La mal-vie au plus bas de l'échelle sociale y règne durant les quatre saisons.
Il est inadmissible de laisser un être humain vivre dans ces taudis coincés entre la voie ferrée de l'est et l'immense caserne d'aviation de Réghaïa à une trentaine de kilomètres à l'est de la capitale, d'où son appellation Haà?-l'Aviation.
C'est Samir Mimouni, un cousin de feu l'écrivain Rachid Mimouni, et son copain Farès Doudah qui nous ont vu opérer au quartier populaire de Mouilha, dans la commune de Ouled-Moussa, ont insisté pour nous y accompagner. Une fois notre présence signalée, très rapidement une foule nous a entourés et chacun y allait de son explication et de son indignation.
Des enfants sans véritable foyer et sans avenir
Chacun voulait nous faire voir son «habitation» et les conditions inhumaines dans lesquelles vit sa famille. Nous avons visité, dimanche, une dizaine de taudis pour ne pas frustrer un grand nombre de personnes et avant la tombée de la nuit parce qu'on voit plus rien dans certains passages. Les enfants étaient nombreux et bruyants et ne cessaient de courir dans tous les sens. Un homme âgé les gronda pour qu'ils cessent de s'agiter. Cette personne croyait bien faire mais elle n'a pas compris que pour ces enfants, toute cette agitation était une aubaine pour des moments de convivialité et pour ne pas rentrer chez eux au risque de rencontrer un serpent ou des rats. «Ce n'est pas une vie que nous avons. Voyez vous-même. Lorsqu'il pleut, nous passons des nuits blanches», nous dit un adolescent de 16 ans qui a été exclu de l'école et qui s'apprête à affronter un avenir sans perspective.
Selmani, 42 ans, père de 4 enfants, gardien, nous fait entrer chez lui pour montrer les trous que creusent les rats dans la terre pour envahir sa baraque.
Le SOS adressé au wali
Plus tard, on nous montre une vidéo d'un serpent qui se prélassait à l'intérieur d'une baraque. «Chez nous, les rats et les serpents sont très nombreux.» Il serait fastidieux de relater toutes les misères que subissent ces Algériens. Mais il est utile de rappeler que leur vie est égale au néant. Les personnes avec qui nous avons discuté jurent toutes que si on leur attribuait des logements, elles détruiraient elles-mêmes ces taudis.
Un homme âgé prend la parole. «Malheureusement, nous avons frappé à toutes les portes mais personne ne veut nous écouter. Alors, nous nous adressons directement à monsieur le wali de Boumerdès car on nous dit qu'il est sensible aux problèmes des familles modestes. Nous lui dirons tout simplement que son intervention tirerait une centaine de familles de la détresse.»
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