
Le bilan quinquennal passé de l'Assemblée populaire communale de Bordj-Menaïel est jugé catastrophique. Il a été condamné par l'administration et surtout par les centaines de citoyens présents au centre culturel de la ville où le wali de Boumerdès, Abderrahmane Madani Fouatih, a présidé cette assemblée dans un climat de tension. Le premier responsable de l'exécutif de la wilaya a plus géré la colère populaire, tentant difficilement de calmer les esprits qui en veulent terriblement au P/APC Ahmed Hadjadj (FLN).Jeudi après-midi, le wali de Boumerdès, a, en effet, présidé au centre culturel de la ville de Bordj-Menaïel, la réunion populaire au cours de laquelle le P/APC a été invité à faire lecture du bilan, chiffré, de l'assemblée qu'il a présidée durant les 5 ans passés. Pour rappel, les 32 Assemblées communales de la wilaya sont invitées à faire lecture de leurs bilans quinquennaux devant le wali, et les autorités locales et les citoyens qui veulent bien assister. Ce bilan est présenté selon un canevas conçu par l'inspection de la wilaya. Le concepteur de ce document va dans le moindre détail de la gestion des communes. De plus, le document reprend les chiffres de 2012 permettant aux autorités et aux citoyens de vérifier la véracité des données publiées.
Sur la présence des citoyens avec les risques de dérapages, le wali confie : «Par respect aux électeurs et malgré la difficulté de la tâche, nous ne voulons de la présence sélective.»
Les élites locales partagent l'échec
Après la commune de Keddara-Bouzegza - anciennement Thala-Khelifa - où la présentation du bilan de l'APC s'était bien déroulée, jeudi, le wali et le staff qui l'accompagnait ont abordé l'étape de Bordj-Menaïel qui est la plus difficile. En effet, Bordj-Menaïel est toujours coincée dans la ruralité qu'exacerbent le tribalisme, l'islamisme et l'archaïsme. La ville a été profondément déstabilisée sociologiquement pour des raisons de géopolitique régionale. Elle est devenue un champ où se sont accumulés, depuis des décennies, les échecs, la frustration, les ressentiments et le défi envers l'autorité.
Jeudi, Fouatih n'avait pas la partie facile. Les jeunes qui hurlaient depuis la salle vers la tribune, sans un seul mot déplacé, criaient, non seulement leur dépit mais ils demandaient du secours. Et pour cause, les élites locales, importantes, ont lamentablement échoué. Plus grave, elles ont déserté le champ politique le laissant libre aux opportunistes de tous bords qui ont pris en otage la localité. L'actuel P/APC symbolise le mieux cet échec. Ahmed Hadjadj, le maire de Bordj-Menaïel – 87 000 habitants et 74 149 électeurs— bruyamment décrié par ses administrés, est, selon ce que nous a confié l'un de ses colistiers, un ancien militant de l'ex-FIS. Il a été élu une première fois sur la liste du Hamas. Une seconde fois, le FLN lui a confectionné une carte de militant avec 5 ans d'ancienneté lui donnant droit à la candidature pour prendre la tête de la commune. Pour les prochaines élections locales, il dirigera la liste du FNA.
«Une commune gérée par des indus élus »
Avant de donner la parole au P/APC pour décliner le bilan de son assemblée, le wali dira, en direction de l'assistance qui commençait à s'agiter : «C'est au maire et son assemblée de respecter leurs électeurs et rendre compte de ce qu'ils ont fait.» Et de rappeler : «Je ne suis à la tête de la wilaya de Boumerdès que depuis une année. De plus, cette forme de présentation est unique en Algérie.» Un jeune crie : «Monsieur le wali, nous sommes honorés de votre venue, mais nous voulons parler de nos problèmes.» Le wali rappellera, une autre fois : «Ce n'est pas aujourd'hui qu'il faut crier, c'est trop tard, c'est le jour du vote qu'il faut crier avec les voix dans les urnes.» Le présentateur du bilan, le P/APC en l'occurrence, n'a pas été transparent avec son auditoire. Le bilan est lu au nom de toute l'assemblée. Or, il n'a fait l'objet d'aucune réunion ni débat interne. Cette information nous a été confirmée par un élu du FFS, présent dans la salle. Un autre élu, que nous avons joint plus tard par téléphone, nous a dit qu'il n'était même pas au courant de cette rencontre. D'ailleurs, sur les 23 élus que compte cette APC, seuls 3 étaient avec le public. Ce bilan n'a pas été imprimé et distribué aux autorités et aux journalistes comme cela a été fait à Keddara-Bouzegza. Ceci pour la forme.
Quant au contenu, le P/APC sortant s'est contenté de lire en bafouillant un véritable monologue. Les centaines de personnes n'ont quasiment rien saisi ni compris. Par ailleurs, il suffit de sillonner les rues de la ville pour avoir le bilan exact de cette assemblée. Ces rues sont toutes défoncées et pleines d'ordures. «Vous devez choisir le nid-de poule dans lequel vous voulez tomber», ironise un citoyen.
En matière de gestion des espaces publics, l'anarchie règne. Pour notre part, nous avons discuté avec des citoyens. B. Farid, un chômeur de 38 ans, nous résume la situation de sa ville. «Nous avons des problèmes de sécurité publique, de graves problèmes d'hygiène publique ; sur 110 travailleurs versés à la tâche de nettoiement, seuls 25 travaillent réellement. Par conséquent, en été, le quartier du Château d'eau devient poussiéreux, en hiver nous avons droit à la boue de flaques d'eau. Le chef de daïra affirme qu'il n'est même pas au courant de ce projet. Ce n'est qu'une partie infime de nos problèmes. Dans les villages, c'est pire», dira Farid avant de nous révéler de graves informations sur le détournement d'un grand terrain domanial pour lequel le P/APC aurait établi illégalement un permis de construire à un promoteur.
Cette information a été par la suite révélée par quelqu'un dans la salle. Cette grave affaire est donc publique et portée à la connaissance de toutes les autorités y compris les autorités judiciaires. A la fin de la lecture du bilan par le P/APC, le wali a lancé : «Je ne suis pas satisfait par ce bilan.» Manière diplomatique de rejeter ce bilan donnant ainsi raison aux dizaines de protestataires. En tout état de cause, les Bordjménaïlis ont raté une occasion d'argumenter, dans le calme et la sérénité, leur rejet du bilan de l'assemblée qu'ils ont élue en 2012. Ils ont, surtout, raté l'occasion de tirer profit de la venue du wali et du contexte de cette venue pour exposer leurs problèmes et de demander au premier décideur de la wilaya de prendre date quant à leur résorption. Il aurait certainement agréé cette démarche.
Rappelons qu'après Bordj-Menaïel, ce sont les assemblées de Khemis-el-Khechna et Thénia qui présenteront leurs bilans.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abachi L
Source : www.lesoirdalgerie.com