La population locale du Djurdjura puise ses ressources de vie essentiellement de l'aire protégée et cette exploitation démesurée du milieu naturel accélère le rythme de la déforestation. Quelles sont les mesures qui ont été prises afin d'assurer la protection de l'environnement naturel ' Il ne faut pas perdre de vue que la configuration géographique du territoire est d'un relief montagnard abrupt. Le territoire du parc est une source fondamentale dans laquelle la population puise ses ressources du fait de leur mode de vie ancestral qui s'appuie généralement sur le pastoralisme et l'agriculture vivrière. En effet, le parc est depuis longtemps soumis à des convoitises évidentes des populations par rapport à ces ressources. Cependant, certaines portions de ce territoire sont protégées par le fait que leur relief est infranchissable. Par contre, d'autres portions sont vraiment détériorées. Le territoire du parc souffre de nombreuses contraintes liées essentiellement aux facteurs socio-économiques à savoir le surpâturage, les incendies de forêts qui constituent une véritable menace pour les forêts méditerranéennes. Le feu ravage des superficies importantes. Il y a aussi, le rejet des eaux usées, les dépotoirs, les carrières d'agrégats, et le problème de fréquentation démesurée. Pour toutes ces raisons, dans le cadre du deuxième plan de gestion, nous avons adopté une démarche qui consiste à identifier les véritables ressources patrimoniales tels que la couverture végétale, les différents peuplements, les potentialités en eau et le patrimoine géologique. Et des études vont être consacrées à l'identification des ressources naturelles qui caractérisent le Djurdjura, afin de les utiliser d'abord comme instrument pour convaincre les décideurs pour nous apporter plus d'appui. Concernant l'activité sur le terrain, nous avons mis en place des postes de vigie pour le signalement des délits de coupe, et la détection de tout ce qui nuit à la pérennité du milieu naturel. Parallèlement à cela, nous avons adopté une méthode fondamentale qui se traduit par le renforcement des relations avec les universitaires afin de développer avec eux une méthodologie de travail dans un cadre pédagogique. Les massifs forestiers sont exposés à un autre danger permanent à savoir les incendies. Quelles sont les actions que vous préconisez afin de faire face à ce danger ' Il y a un certain nombre de préalables pour prévenir à 100% les incendies. Cela revient à dire que d'une part, il faut sensibiliser le facteur humain. D'autre part, notre démarche essentielle est d'adhérer aux principes de collaboration avec les principaux acteurs qui interviennent dans la lutte contre les incendies et la mobilisation des éléments techniques du parc national pour détecter au meilleur moment les déclenchements des incendies. Actuellement en Algérie, le taux des incendies a diminué au niveau des parcs nationaux , et cela grâce au dispositif de mobilisation tels que les brigades d'intervention, les moyens engagés pour lutter contre les incendies (défense des forêts contre les incendies : D.F.C.I.) et de présence permanente sur le terrain ainsi qu'à la vigilance des agents techniques. Nous travaillons en étroite collaboration avec les membres des comités opérationnels des deux wilayas Tizi Ouzou et Bouira. Ces dernières années, on assiste à l'incursion fréquente du singe magot dans les terrains agricoles. La dégradation du milieu naturel peut-elle être la cause de cette incursion ' Je ne vous cache pas, le singe magot constitue ces dernières années, un phénomène insolite que j'appelle « les perversions comportementales ». Les premières questions qu'on se pose, consistent à savoir pourquoi le singe se retourne contre les villageois. A priori, je crois que c'est la raréfaction des ressources alimentaires et leur répartition irrégulière à travers les différentes saisons. Cette raréfaction est généralement reliée au recul de la couverture végétale. Certainement, dans les peuplements forestiers, les ressources de la biomasse génératrices des produits, qui constituent l'alimentation pour les singes se sont raréfiés sous pression d'un certain nombre de facteurs (les incendies, les agressions qui résultent de l'activité humaine), ce qui a provoqué la discontinuité des populations. Et ces derniers temps, même la population a développé un certain penchant vers la cueillette des produits sauvages tel que le gland du chêne vert. Ce qui a diminué considérablement les ressources qui représentent la nourriture de base pour le singe. Nous avons émis un certain nombre d'hypothèses. Mais pour rendre utile les interprétations de ce phénomène, nous avons préféré l'inscription d'une étude en collaboration avec les scientifiques algériens, qui vont faire directement la prospection sur le terrain afin de faire ressortir les éléments qui sont à l'origine de cette « perversion comportementale ». Nous avons un certain nombre de raisons qui restent au stade d'hypothèses et dont nous ne sommes pas vraiment convaincus, c'est pour cela que nous sollicitons les pouvoirs publics afin de nous assister et à aider les populations riveraines pour faire face à cette situation. Il ne faut pas perdre de vue que le singe est une espèce protégée qui fait partie du patrimoine national. Justement, est-ce que la population touchée par ce phénomène, a été indemnisée ' La population n'a pas été indemnisée, je crois que ça remonte à loin. Ce n'est pas un fait qui date de deux où trois années. Les citoyens ont fait des démarches, en signalant ça, même au service des forêts. Je pense qu'il faut faire un travail de fond et fournir les éléments utiles pour les mettre à la disposition des pouvoirs publics et pour que l'Etat s'occupe des préoccupations des riverains. Parce que l'affaire d'indemnisation échappe aux prérogatives du parc qui a été créé pour gérer les ressources du territoire naturel et spécialement la faune et la flore protégées par la loi. Il est donc tenu de notifier les renseignements utiles. Et c'est à l'administration centrale de voir quels sont les moyens et les méthodes à suivre. Donc, pour l'indemnisation, nous travaillons en étroite collaboration avec la Conservation des forêts de Tizi Ouzou. Nous essayons de compenser les riverains par le renforcement des plantations fruitières. Nous essayons d'élargir leurs cultures pour que le prélèvement ne soit pas significatif par rapport à la superficie initiale.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djedjiga Rahmani
Source : www.elwatan.com