Bouira - VILLAGES D'ALGERIE

VILLAGE TASSALA, À TAGHZOUT (Bouira): Un paradis au pied du djurdjura



VILLAGE TASSALA, À TAGHZOUT (Bouira): Un paradis au pied du djurdjura


Niché à l’ouest du versant sud de la chaîne montagneuse, Tassala a laissé loin derrière elle les années de sang pour s’offrir un nouveau destin, beau et joyeux.

Tassala, c’est le paisible village qui a poussé depuis des lustres sur le flanc sud du Djurdjura, à quelques encablures à l’est de la commune de Taghzout, à 8 km au nord de Bouira. Pour s’y rendre, le visiteur doit quitter la RN33 à 5 km du chef-lieu de wilaya pour prendre une route communale à travers champs. Durant le trajet, c’est le majestueux Djurdjura qui nous émerveille . Tassala est un village de montagne, certes, mais il n’est pas situé en altitude. Il est implanté juste au pied de la montagne.

Pour y accéder, il faut se frayer un chemin entre les collines pour être accueilli sur la place du village. Un tableau à couper le souffle s’offre aux yeux. Il suffisait d’un quart d’heure pour passer du tumulte assourdissant de la ville au calme apaisant de la montagne. En cette douce fin d’après-midi du vendredi 12 juin, Tassala baignait dans une constante quiétude. Il est aussi l’un des villages où l’on peut développer l’écotourisme et en faire une destination préférée des Algériens.

Pour sortir de l’isolement imposé par la décennie noire, les jeunes de Tassala ont décidé de s’emparer du flambeau tout en évitant un conflit de générations. Au village, les jeunes se sont rendu compte qu’il y a encore d’autres choses importantes à réaliser.

“Le comité des sages de Tassala avait des projets qui se limitaient à des interventions dans le domaine social. Ils réglaient les conflits entre villageois, notamment sur les contentieux fonciers et conjugaux. Ils essayaient tout pour rétablir tout le monde dans ses droits”, dira Fateh Ammiali, rencontré à l’ancienne mosquée du village, transformée en un musée et un siège de l’association.

Au rendez-vous, il y avait des jeunes qui siégeaient au bureau exécutif de l’association Tagherma.

“Les villageois payaient des cotisations symboliques, mais aussi des amendes. Les absences aux travaux de volontariat, les insultes et tout mauvais comportement au village sont sanctionnés par des amendes qu’il faut à tout prix payer sous peine d’exclusion”, poursuit Fateh, qui active dans l’association depuis sa création en 2007.

Pour maintenir l’union et la fraternité entre les habitants de Tassala, les anciens savaient comment tisser et retisser les liens qui les unissaient. Tôt le matin de chaque fête de l’Aïd El-Fitr ou de l’Aïd El-Adha, toutes les maisons préparent des mets à apporter sur la place du village. Une distribution aura lieu et chaque famille aura sa part. Le but de cette tradition est de faire en sorte que l’on partage le pain entre villageois qui sont considérés comme membres d’une seule famille.

. Sur les pas des ancêtres

À partir de cette année-là, un autre mode de gestion des affaires du village a vu le jour. Les jeunes affirment que les vieux étaient très réticents au départ. Les anciens ont remis le flambeau à la nouvelle génération tout en la surveillant de près et ce, jusqu’à ce qu’elle puisse s’envoler de ses propres ailes.

“Quand nous avons réussi notre première action de volontariat qui est l’élargissement de l’axe principal du village, les vieux étaient très contents. Ils étaient rassurés que nous allions perpétuer leurs valeurs”, dira encore une fois Fateh.

Les idées foisonnent. La nouvelle association a rassemblé tous les habitants de Tassala. Ceux qui y habitent et ceux vivant ailleurs. Une première action de solidarité, qui est “thimechret”, est donc organisée. Ce qui a permis le retour des familles au village après une absence d’une trentaine d’années. Tassala s’ouvre petit à petit.

Des associations de médecins et d’autres catégories professionnelles sont souvent invitées à passer des séjours au village. Des familles aussi viennent y séjourner. Les randonnées et les pique-niques à Tassala attirent du monde. Les membres de l’association affirment avoir reçu plusieurs appels de partout.

“En 2010 et 2011, le village a accueilli des randonneurs de partout. Nos guides les ont accompagnés et leur ont fait découvrir la région. Notre objectif à ce moment-là était d’établir des contacts avec d’autres associations. Les médecins qui venaient à Tassala prenaient en charge des personnes malades, nous facilitaient la prise de rendez-vous dans des hôpitaux, etc.”, souligne l’ancien président de l’association.

Une forme de tourisme solidaire a fait déjà son chemin au village.

“Nous avons accueilli une association des vétérinaires de Constantine. L’un de ses membres avait acheté un calendrier à 700 DA, alors que le prix affiché était de 100 DA. Ils ont fait ce geste dans le but de nous aider. Ce n’est pas par charité, mais c’est une autre forme de solidarité”, dit Alouane Mohamed, coordinateur des randonnées.

Pour mieux faire connaître le village et ses valeurs, les habitants de Tassala ont donc décidé de faire de Yennayer une fête à partager avec les autres. Depuis 2012, les villageois ouvrent leurs maisons aux invités qui viennent de tout le pays.

La célébration du nouvel an amazigh à Tassala est une fête. La place du village est occupée par les artisans qui exposent différents produits. Les visiteurs découvrent, en plus des objets exposés, la générosité et la bienveillance des montagnards. Le nom du village court les pages des journaux. Le coin perdu du Djurdjura est à présent célèbre.

“Nos maisons deviennent des hôtels à cette période. Accueillir des touristes et faire bénéficier les habitants du village est déjà notre objectif. L’idée a fait déjà son chemin. Des jeunes ont cette idée de réaliser des chalets un peu partout à Tassala où les touristes peuvent se sentir à l’aise”, soutient Fateh.

. La poterie, un patrimoine à ressusciter

Pour tenir tête à la pauvreté et au dénuement qui frappaient le village durant des décennies après l’indépendance, à Tassala, les héroïnes sont les femmes. Les mains dans l’argile, elles ont pu rendre heureux époux et enfants. Elles ont fait de la poterie le gagne-pain de tout le village. Hammouche Saheli, ancien président de l’association, estime que “la poterie a fait vivre le village. Elle était la seule et unique source de revenus pour les familles de Tassala”.

Les enfants scolarisés du village achetaient leurs vêtements et les trousseaux scolaires avec l’argent de différents objets d’artisanat qu’ils vendaient sur les routes.

“Des femmes du village aidaient leur mari à subvenir aux besoin de la famille. À cette époque-là, il n’était pas facile de trouver du travail dans la région.. Au village, des acheteurs venaient de plusieurs wilayas du pays pour notre poterie. L’activité était florissante”, souligne Hammouche.

Cependant, le métier a disparu avec l’avènement du terrorisme. Les potières ne fabriquaient plus les objets faute d’acheteurs. Pour se faire une idée de la poterie de Tassala, une virée au musée du village s’impose. Le visiteur y trouve plusieurs objets fabriqués par les femmes de Tassala. On y voit aussi l’emprunte des potières. Les motifs sont parlants. Ils véhiculent depuis des décennies le patrimoine d’un village de montagne à travers le pays. Les villageois en parlent fièrement.

“La poterie de Tassala est typique. Les femmes développaient des motifs particuliers. Un habitant de Tassala peut facilement reconnaître notre poterie parmi des milliers d’autres. Les motifs sont une particularité du village”, ajoute l’ancien président de l’association qui insiste sur la valorisation de ce patrimoine et surtout ne pas en avoir honte.

Depuis le lancement de la fête de Yennayer au village, la poterie commençait à renaître de ses cendres. L’association, qui faisait appel aux exposants d’autres régions pour venir participer à la manifestation, ne le faisait plus au bout de quelques années.

“La célébration de Yennayer au village a permis la renaissance de la poterie. Chaque année, nous exposons nos propres objets. Plusieurs familles de Tassala ont décidé de ressusciter cette activité. Il y a même des jeunes filles qui ont repris le flambeau pour perpétuer la tradition. Elles fabriquent d’excellents objets. Des femmes couturières du village arrivent à vendre des robes qu’elles confectionnent”, dit Fateh.

Le pari est réussi. Les centaines de visiteurs qui s’y rendent diffusent les nouvelles du village à travers tout le pays.

À Tassala, le visiteur a droit également de découvrir la fontaine du village. Celle-ci a été construite en 1946 par un maçon d’origine italienne. Les villageois ont tout fait pour la sauvegarder. L’association l’a réhabilitée tout en respectant son aspect architectural initial. Avec tous ces atouts à faire de lui la mecque des adeptes de l’écotourisme, Tassala a beaucoup changé ces dernières décennies.

Les habitants racontent que les vergers verdoyants couvraient une grande partie de Tassala. L’extension du village exige de ses habitants de sacrifier les parcelles de terrain qu’ils cultivaient pour subvenir à leurs besoins. La rigole qui dévalait jadis du haut du Djurdjura jusque dans la plaine n’irrigue plus les jardins et les vergers de Tassala. Elle le traversait de bout en bout. La route réalisée dans les années 1980 a été à l’origine de la disparition de cette source d’eau qui aidait les montagnards à cultiver leurs lopins de terre.

La quiétude et la sérénité régnant à Tassala ne peuvent pas cacher le manque de certaines commodités nécessaires à la vie de tous les jours des villageois. Il faut souligner que les 800 habitants qui peuplent cette paisible bourgade n’ont pas de salle de soins. Ils sont contraints d’effectuer plusieurs kilomètres, et ce, jusqu’au chef-lieu de wilaya pour une injection. L’eau potable provient d’une source. Il y a quelques jours, les villageois ont organisé un volontariat d’une semaine pour acheminer l’eau sur des centaines de mètres jusqu’au réservoir pour être distribuée pour la moitié des habitants. Quant à l’autre moitié, elle a été raccordée à l’ancien réseau qui alimente les villages voisins.

Les jeunes de Tassala attendent aussi l’inscription d’un stade où ils peuvent organiser les tournois, ainsi qu’une structure pour abriter les différentes activités artistiques et culturelles.

En attendant l’intervention des autorités locales, les villageois se débrouillent.



Réalisé par Ali CHERARAK


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