Bouira - A la une

Quand la Révolution du sourire réunit les Algériens



Il y avait longtemps que pareille solidarité ne s'était pas exprimée. Depuis le 22 février, les marches du vendredi drainent des millions de manifestants dans la rue. Des familles entières manifestent pour réclamer l'instauration d'un Etat de droit. Certains arrivent dans la capitale la veille des manifestations. Ils passent la nuit à la belle étoile afin d'être sur l'esplanade de la Grande-Poste, aux premières heures de la manifestation hebdomadaire. Une chaîne de solidarité s'est créée spontanément. Des riverains offrent à boire et à manger. D'autres ouvrent carrément leurs appartements durant les marches pour ceux qui ont soif, faim, ou qui sont fatigués. Témoignages.Halim, 27 ans
«Je suis arrivé jeudi soir de Bouira avec un ami, de peur d'être bloqué vendredi par les barrages filtrants à l'entrée de la capitale. Nous n'avions pas d'argent pour aller à l'hôtel. Juste nos drapeaux et nos slogans. Une famille a proposé de nous héberger. Un geste magnifique qui nous a beaucoup touchés. L'hospitalité légendaire des Algériens ne se dément pas. On offre le gîte et le couvert à tous ceux qui sont dans le besoin durant ce Hirak. Cela fait vraiment chaud au c?ur !»
Amel, 42 ans
Il y a eu ce vendredi où j'ai marché avec mon mari et nos deux enfants. Naïla (3 ans) et Houda (6 ans). Mon aînée a eu un besoin pressant. Je suis montée dans un immeuble rue Didouche-Mourad. J'ai sonné à la première porte pour demander si ma fille pouvait utiliser les sanitaires. La dame m'a ouvert grande sa porte et a offert des rafraîchissements et des petits gâteaux à mes enfants. La générosité des Algériens est formidable. Par les balcons, des gens balancent des bouteilles d'eau aux manifestants. Des hommes et des femmes offrent spontanément de la nourriture : kesra, gâteaux, sandwichs, beignets. D'autres sortent carrément de grands plateaux de couscous dans la rue à l'heure du déjeuner. Même ceux qui sont de condition modeste ouvrent leurs maisons aux manifestants. Une petite halte, un passage aux toilettes, un verre d'eau et les voilà qui repartent sur le chemin de la protesta. Ils leur proposent de se reposer, prendre un café, utiliser les toilettes ou boire de l'eau. Cette solidarité c'est comme un signal fort. C'est une façon de dire : ??Ne baissez pas les bras. Ensemble nous sommes forts et on vaincra''.»
Karim, 47 ans
«J'habite le quartier du Télemly. Je me souviens d'un vendredi particulièrement répressif où les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Certains se sont sentis mal. J'occupe le rez-de-chaussée d'un immeuble. Les marcheurs se sont engouffrés dans le hall du bâtiment. Avec ma femme, nous avons spontanément ouvert notre porte. Des jeunes filles, des mamans et des jeunes garçons ont trouvé refuge chez nous. Le flacon de vinaigre est passé de main en main pour chasser les vapeurs des gaz lacrymogènes. Ma femme a sorti ce qu'elle avait au frigo : jus, gâteaux, fruits. Un adolescent avait perdu sa chaussure durant la course. Je l'ai dépanné avec une vieille paire de tennis qui n'était pas vraiment à sa pointure, mais qu'il m'a rapporté deux jours plus tard, en me remerciant chaleureusement. Je pense qu'il y a des moments où la spontanéité nous dicte d'aider notre prochain, surtout lorsqu'il est en difficulté. Chacun d'entre nous peut se retrouver dans la même situation. Ce Hirak a cette particularité. En plus d'être celui des revendications pour un changement radical du système, il a dévoilé de beaux gestes d'entraide, de partage et de respect.»
La Révolution du sourire a rangé au placard méfiance, peur et doute pour laisser place à ce qu'il il y a de plus beau chez l'humain. Son c?ur. Les gestes de solidarité et de partage se multiplient chaque vendredi. De nombreux citoyens n'hésitent pas à ouvrir leurs portes pour offrir, même pour un court instant, l'hospitalité aux manifestants. Silmya, silmya jusqu'à la victoire !
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