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MOHCINE BELABBAS EVOQUE LE SCRUTIN : «Une manifestation d'une stratégie suicidaire»



Pour dire que le pouvoir, à travers l'aveu du non-assainissement du fichier électoral par le Premier ministre, le vote des militaires et la fuite des bulletins de vote FLN, assume publiquement la fraude électorale, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, n'avait pas besoin d'attendre la proclamation des résultats officiels par le ministre de l'Intérieur. «Ce scrutin est la manifestation d'une stratégie suicidaire », a-t-il asséné, hier, à la mi-journée, lors d'une conférence de presse.
Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - Le président du RCD, qui a affirmé s'honorer de ce que son parti ait, pour l'essentiel, préservé ses positions grâce au dévouement de ses militants, a placé au banc des accusés le pouvoir qui «ne tire toujours pas la leçon de ses échecs». Serein, comme la veille lorsqu'il suivait le déroulement de l'élection, depuis le siège national du parti, Mohcine Belabbas a relevé la dangerosité du choix opéré par le pouvoir et la voie sans issue que ce dernier emprunte. «A travers les élections locales du 29 novembre, le pouvoir vient d'apporter une réponse de plus quant à sa volonté de soumettre le pays en fermant le jeu politique par la corruption et l'abus d'autorité. Ce choix est dangereux, cette voie est sans issue», a-t-il souligné dans la déclaration liminaire à sa conférence de presse, ajoutant que «ce scrutin est la manifestation d'une stratégie suicidaire. Tous les observateurs ont noté la détermination du pouvoir à promouvoir la délinquance et l'incompétence à travers ses listes, aggravant les risques d'une déstabilisation nationale. La création de néoformations, dopées par les voix des corps constitués, ne visait qu'un objectif : polluer davantage la scène politique, assujettir le citoyen pour le transformer en client dépendant des réseaux maffieux qui sont, aujourd'hui plus que jamais, la substance de la représentation politique dans le système algérien. Cette fermeture par la violence, la pollution morale et la corruption, chacun peut le voir, a ses raisons et ses objectifs : maintenir par le pourrissement un régime qui a échoué à l'intérieur et sans voix à l'extérieur». Plus explicite, le président du RCD a soutenu que le vote des corps constitués n'a pas profité qu'à un seul parti. «Le vote des militaires a bénéficié aux concurrents immédiats des listes du RCD.» Mohcine Belabbas s'est, par ailleurs, longuement étalé sur la fraude électorale qui a entaché le scrutin, citant, à titre illustratif, des cas de flagrants délits de bourrage des urnes, comme la commune de Bir D'hab dans la wilaya de Tébessa où la fraude a été filmée en direct et diffusée sur les réseaux sociaux. «Le seul endroit d'Algérie où la fraude n'a pas pu être massive et systématique, malgré le vote des corps constitués, c'est la Kabylie. Cela est une réalité. Il est bon que les Algériens le sachent et l'entendent. L'arbitraire, le clientélisme et la corruption ne sont pas fatalités. A Haizer, dans la wilaya de Bouira, les citoyens ont même empêché les militaires en stationnement dans leur commune de voter. Ce précédent doit être médité ; c'est l'un des événements les plus significatifs quant au potentiel de mobilisation qui existe dans le peuple.» Cependant, en dépit de cette fraude systématique, le président du RCD a estimé que son parti a pu atteindre les objectifs qu'il s'est fixés à travers sa participation aux élections locales. «En ce qui nous concerne, notre engagement dans ce scrutin avait un objectif : démontrer que les militants animés par une conviction personnelle, fidèles à un projet alternatif démocratique, peuvent se battre et honorer leur mandat. Ce n'est donc pas un rapport de force que nous avons engagé pour provoquer un changement immédiat mais un combat éthique et politique dont la vocation pédagogique est fondamentale dans ces moments de fermeture et de violence institutionnelle.» Le président du RCD a revendiqué 31 communes sur les 59 où il a présenté des listes dans la wilaya de Tizi-Ouzou, 9 communes dans la wilaya de Béjaïa et 5 communes à Bouira.
Un paysage politique préfabriqué
Le président du RCD n'a pas partagé l'idée qui voudrait que les résultats des élections allaient reconfigurer la scène politique nationale. Selon lui, pour parler de reconfiguration, il faudra au préalable que le scrutin soit libre et transparent et que les résultats soient l'exact reflet de la volonté populaire. «On est dans la préfabrication d'un paysage politique.» Mohcine Belabbas a estimé, par ailleurs, que cette élection n'influera pas directement sur la présidentielle de 2014. «Je ne pense que les résultats influent sur la présidentielle. Cette dernière se joue au niveau des officines. » Mais cette élection est porteuse de l'aggravation du désastre annoncé. «On a pu dire pendant la campagne que cette élection étant une répétition de toutes les autres, c'est un tort. Cette élection est la démonstration d'une précipitation d'un désastre annoncé. Plus le pouvoir est isolé, plus il est contesté, plus il se braque», a affirmé Mohcine Belabbas, enchaînant : «Que peut-il rester comme crédit à un Premier ministre et un ministre de l'Intérieur qui déclarent quelques jours avant le vote que les militaires voteront par procuration alors que l'on constate que jamais le vote des corps constitués n'a été grossièrement manipulé ' Que pourra dire l'institution militaire qui a accepté d'être instrumentalisée de façon aussi caricaturale ' Comment préserver un minimum de respect envers les institutions quand l'argent sale a irrigué la campagne au mépris des lois en vigueur et de la morale '» Le président du RCD, qui affichait des signes évidents de fatigue, pour avoir veillé jusqu'à une heure tardive de la nuit de jeudi à vendredi, a estimé que la solution réside dans l'implication des citoyens dans le combat politique. Le même leitmotiv qu'il a partagé avec la presse la journée du jeudi. Lui-même avait éprouvé de la difficulté à voter. Il lui a fallu insister auprès des préposés au bureau de vote où il devait voter pour qu'ils retrouvent son nom sur le fichier électoral. La même mésaventure est arrivée à l'ancien président du parti, Saïd Sadi qui, redevenu simple militant du parti, était venu partager quelques moments de cette journée électorale avec les responsables du RCD, qui ont suivi le vote au niveau du siège national.
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