Bouira - Revue de Presse

Li fet mat : Film documentaire : « Visite » d'une SAS 46 ans après l'indépendance



Bouleversant, étonnant et tonique, voici comment on peut qualifier le film documentaire Li fat mat, réalisé par les Roubaisiens Nadia Bouferkas et Mehmet Arikan. Un travail courageux qui donne à envisager sous un autre regard, très pertinent et sans concession, les pages dramatiques de la lutte de Libération nationale et l'évolution chaotique du pays près de cinq décennies après l'indépendance. Diffusé récemment par la télévision publique française France Ô, en prime time, le documentaire concentre toute la douleur populaire en un endroit que l'on croyait relégué aux oubliettes de l'histoire, une SAS : Section administrative spécialisée. Des SAS, Il y en a eu 700 entre 1955 et 1962, construites dans le pays, de l'est à l'ouest et du nord au sud.Pour le créateur de ces SAS, Jacques Soustelle, il s'agissait de contrer le FLN en coupant la population de son influence. Là, logèrent dans des camps de regroupement des familles entières, et l'encadrement français se protégeait avec des supplétifs organisés en harkis, dits « goumiers » dans le film. Les témoignages émouvants d'habitants qui vivent là, 46 ans après la guerre dans des conditions de précarité infernales, retracent l'histoire de ce lieu de relégation et de torture, une pratique pourtant toujours niée en ces endroits par les autorités coloniales.Aujourd'hui, si des familles de moudjahidine hantent ce lieu, ils croisent quotidiennement les enfants ou les femmes de karkis abandonnés là par des hommes soucieux de sauver leur peau en s'enfuyant en 1962. Cela se passe à la SAS de Laperrine, près de Bouira, appellation française qui colle encore tellement à ce hameau misérable que son nom actuel n'est jamais prononcé dans le film. Par un montage habile, Nadia Bouferkas et Mehmet Arikan font ressortir la lucidité des propos d'habitants dont la parole témoigne d'une grande capacité à décrypter le réel qu'ils subissent, malgré les difficultés et l'embourbement dans un passé qui englue le présent.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)