Bouira - A la une

LES TIZI-OUZIENS RÉAGISSENT à LA CONSÉCRATION DE YENNAYER FÚTE NATIONALE :



Yennayer est donc consacré fête nationale. Il a ainsi fallu attendre 2017 pour qu'une revendication, une autre, soit satisfaite pour participer, comme il est souligné dans le communiqué de la présidence de la République, à conforter l'unité et la stabilité nationales.L'unité nationale, sans doute, mais «pas que» comme le soulignent plus d'un à Tizi- Ouzou, notamment parmi ceux qui disent ne pas être dupes, tellement entre les discours et les actes, il est tout un monde que même les voies impénétrables de la Constitution ne peuvent expliquer, argue un vieux militant, pourtant détaché en raison de son âge approchant les quatre vingtans, qui, avec force exemple attend l'officialisation de tamazight par les actes. Alors, il est fort à craindre que cela ne rime à presque rien d'intégrer Yennayer dans le calendrier des fêtes nationales en le décrétant journée chèmée et payée. Un avis partagé même si dans l'argumentation des uns et des autres diffère, pour le moins que l'on puisse dire. C'est par exemple le cas chez B. Malik, un militant actif des défuntes commissions nationales du mouvement culturel berbère, affiliées au FFS, lors des moments forts du combat identitaire dans les années 1990. «Yennayer, le nouvel an berbère, décrété journée fériée, chèmée et payée, soit. Mais qu'on se le dise tout de suite, il n'est pas question de considérer cela comme un cadeau de Bouteflika, ni du pouvoir algérien en général. Il s'agit tout simplement du fruit de plusieurs décennies de luttes menées par des générations de militants dont certains ont consenti le sacrifice suprême...», a écrit Malik sur les réseaux sociaux quelques heures après que la nouvelle eut été rendue publique par la présidence de la République. Un avis très répandu dans le sens où ses auteurs exhortent à ne pas oublier que «c'est le fruit d'un long combat». Avis donc, mais qui n'est pas demeuré sans répliques, telle celle de A. Belkacem, un journaliste militant lui également de la cause identitaire qui tempère le discours pour louer le mérite du premier magistrat du pays. «Il faut reconnaître quand même le courage politique de l'actuel président de la République qui a répondu favorablement à toutes les revendications portées par des générations de militants. Contrairement à ses prédécesseurs, Bouteflika n'est pas resté insensible à cette détermination de tout un peuple à se réconcilier avec son histoire et son identité. La vérité doit être dite», estime A. Belkacem. Evidemment, et le contraire aurait été étonnant, il est des voix qui sont allées plus profondément, de manière plus critique s'entend, dans leur appréciation du haut fait que constitue l'officialisation de Yennayer en tant que fête nationale. «Le pouvoir actuel n'a pas d'autres solutions. Il n'y a plus d'argent pour acheter la paix», assène A. Ali, un économiste de formation aujourd'hui fonctionnaire dans une importante administration publique. La conjoncture que traverse le pays sur le plan économique, conjuguée à la remontée au premier plan des militants de la cause identitaire depuis quelques semaines, ne laissent aucune autre alternative aux dirigeants du pays s'ils veulent étouffer toute velléité de troubles, surtout en provenance de Kabylie et d'autres régions du pays où la revendication a bien pris au fil du temps. Une appréciation qui rejoint celle de partis politiques et de personnalités du bord opposés au pouvoir et ses alliés, à l'instar de Athmane Mazouz du RCD qui s'est contenté à travers un tweet on ne peut plus laconique pour dire «en attendant la mise en œuvre effective de l'officialisation de tamazight, Yennayer est un jour de fête chèmé et payé».
M. Azedine
Avis partagés à Bouira
Au lendemain de l'annonce par le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, de Yennayer, le Nouvel An amazigh correspondant au 12 janvier de chaque année, comme journée chèmée et payée à partir du 12 janvier 2018, la rue de Bouira reste partagée sur cet événement historique s'il en est un.
En effet, si certains à l'image de Djafer Abdedou, militant du MCB et du mouvement citoyen, pensent que cette consécration est à inscrire parmi les acquis de tamazight et fruit d'un combat de plusieurs générations ; un sentiment partagé par des centaines d'autres qui voient en cette annonce un autre geste d'apaisement du pouvoir envers la Kabylie et une réponse aux derniers événements qui ont secoué la région et qui risquaient d'ailleurs de s'amplifier dès le retour des vacances scolaires et universitaires début janvier, d'autres par contre ne voyaient en cette annonce que de la poudre aux yeux. A l'image de Mourad de M'chédallah qui pense que «le pouvoir nous a habitués à de telles pratiques, en donnant de la main droite ce qu'il reprend aussitôt avec la main gauche» en nous renvoyant à la télévision étatique TV4, ou encore à l'enseignement de tamazight. Djamel de Haizer ne pense pas moins, lui qui ne voit qu'«une ruse du pouvoir qui donne ce que personne parmi les militants, n'avait demandé». «La revendication concernant la consécration de Yennayer comme journée chèmée et payée, n'a jamais été parmi les revendications du MCB encore moins du mouvement citoyen», dira-t-il avant de poursuivre : «Les véritables militants, y compris et — surtout ceux qui ont payé de leurs vies —, ont toujours demandé un véritable statut pour tamazight, de véritables moyens humains et logistiques pour tamazight afin qu'elle puisse se hisser au rang de langue nationale et officielle au sens propre du terme ; une langue épanouie et ouverte à la science et à la modernité et avec laquelle, un jour, nous puissions enseigner toutes les matières. Voilà la véritable définition d'une langue officielle»”? D'autres encore insistent sur l'académie de tamazight pour laquelle ils craignent un autre bâclage de la part du pouvoir en y opposant certains qui sont aux antipodes avec l'esprit et la lettre du combat des générations de militants de tamazight. D'autres encore rappellent cette réalité existante depuis des siècles à savoir que Yennayer est toujours fêté en Kabylie et ailleurs et que son institution comme journée chèmée et payée n'est que justice. Quoi qu'il en soit, la majorité de militants de la cause que nous avons approchés ou qui se sont exprimés sur leurs propres pages à travers les réseaux sociaux ou qui ont commenté cet événement, reviennent vers l'essentiel, à savoir le caractère national et officiel de tamazight qui, même si elle est décrétée comme telle par le pouvoir, tamazight reste toujours cette langue mineure par rapport à l'arabe, l'autre langue nationale et officielle du pays. D'ailleurs même dans la Constitution, les deux langues nationales et officielles, ne sont pas portées dans un même article. Pire, dans l'article 212 de la Constitution, parmi les constantes nationales que personne ne pourra amender, figurent l'Islam comme religion d'Etat et l'arabe comme langue nationale et officielle mais aucun mot sur tamazight. C'est-à-dire que si demain, le pays était tombé entre les mains des islamistes ou d'un autre président de la République hostile à tamazight, celui-ci pourrait aisément amender la Constitution avec une simple ordonnance pour supprimer tous les articles relatifs à tamazight dont l'article 4 qui consacre séparément, tamazight comme «également langue nationale et officielle » du pays. C'est dire si certains restent sceptiques et vigilants à plus d'un titre, ceux-ci ne se réfèrent qu'à ce qu'ils voient devant leurs yeux : c'est-à-dire un manque flagrant d'une réelle volonté du pouvoir d'aller plus loin avec tamazight, portée par plusieurs générations et dont les acquis qu'elle a arrachés depuis l'Indépendance du pays, au prix de dizaines de martyrs, sont aujourd'hui indéniables mais insuffisants. Quant à Yennayer ”?
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