Connue pour ses sols instables sur une grande partie s'étendant depuis la région d'Aghbalou au village de Selloum du côté est jusqu'à Aomar et Djebbahia au nord-ouest, en passant par le nord de la ville de Bouira, du côté des deux communes limitrophes Taghzout et Ath-Laâziz, la wilaya de Bouira fait face, chaque année, aux risques de glissements de terrain surtout pendant la période hivernale.Une cellule de crise au niveau de la Wilaya est chaque année installée. Celle-ci a pour mission de suivre de près l'évolution de la situation concernant surtout les communes ayant dans un passé récent enregistré des glissements de terrain.
Ainsi en est-il de la commune d'Aghbalou et la situation inquiétante du village de Selloum et la RN15 qui le traverse et qui avait enregistré à plusieurs reprises des glissements de terrain, mais aussi du côté de la commune de Saharidj avec les glissements récurrents à proximité de la RN30, non loin du village d'Illiltène ; un village sérieusement menacé par les pluies hivernales mais aussi et surtout par les infiltrations des eaux drainées depuis la source Aïnsar-Averkane sur près de 3 kilomètres vers le grand bassin situé en amont du village d'Illitène et ayant servi pendant une cinquantaine d'années de station hydroélectrique à la France coloniale, dès 1947, avant d'être relayée, après l'indépendance, par la Sonelgaz jusqu'à la fin des années 1980. Depuis, la station hydroélectrique n'est plus fonctionnelle mais le bassin continuait à recevoir de l'eau depuis la source Aïnsar-Averkane qui sera, dès les années 2000, utilisée pour l'alimentation en eau potable de la commune de Saharidj et certaines localités des communes limitrophes de M'chédallah, Chorfa et Aghbalou.
Or, comme les experts l'avaient prédit, le tunnel et le grand bassin construits durant les années 1940 ont une durée de vie de 50 ans au plus. Aussi, depuis 1990, ces deux ouvrages sont devenus tellement obsolètes qu'ils fuient de partout. Ce sont ces fuites et ces infiltrations des eaux depuis le tunnel et le bassin, situés en amont du village d'Illitène, qui menacent sérieusement cette région. Et depuis les années 2010, plusieurs éboulements, sur notamment la route qui relie le village à la RN30, ont été signalés, et tous les experts qui se sont déplacés sur ces lieux, notamment ceux venus d'Alger, sont catégoriques : le village est sérieusement menacé par ces infiltrations tant la nature du sol, qui est argileux, est très instable. Pour parer au plus urgent, notamment après les alertes données par les habitants en janvier 2019, et récemment en novembre 2020, des solutions urgentes ont été trouvées, notamment la déviation des eaux du bassin vers l'oued à travers une conduite qui éviterait le village ; la réalisation des pieux profonds le long de la route qui mène vers le village depuis la RN30, et la réalisation d'un voile ainsi que la route sous forme de dalle en béton en lieu et place du bitume.
Des solutions qui ont été préconisées par les services spécialisés mais, selon les habitants du village d'Illitène, l'entreprise chargée de la réalisation de ces ouvrages a fait dans le bricolage, chose qui les a poussés à s'opposer à ces travaux de bâclage. Cela étant, selon certains jeunes du mouvement associatif, même avec ces déviations, la solution définitive aux glissements de terrain résiderait dans la réalisation d'une conduite en PHD depuis la source de Aïnsar-Averkane jusqu'à la RN30, soit loin du bassin, avec l'arrêt définitif de l'utilisation du tunnel, pour permettre au sol de se stabiliser. Parallèlement à ces actions, la réalisation des dalots, des pieux et du voile, ainsi que de la route en ciment devrait se faire sous surveillance des services techniques pour éviter tout bâclage.
Par ailleurs, outre ces deux communes de la daïra de M'chédallah, deux autres communes de la daïra de Bouira vivent une situation pour le moins inquiétante. Il s'agit de la commune de Taghzout avec des sols instables du côté de la localité Ighil-Oumenchar qui avait déjà enregistré, en 2012, un gigantesque glissement qui avait emporté une douzaine de villas et de maisons, et les localités de Maâla, Ibourassen et Ialouachen dans la commune de Ath-Laâziz.
À Taghzout, depuis ces fameux glissements et l'inscription de la zone en rouge par les services du CTC, 22 familles ont été délocalisées et installées à Chaâbet-Brahem, dans une région plus stable de la plaine mais, dans la zone à risque de Ighil-Oumenchar, d'autres familles habitent encore. À Ath-Laâziz, si les habitations menacées à Ibourassen et Ialouachen ont été démolies et leurs occupants relogés dans des appartements à Zeboudja, près de la RN5, il n'en est pas de même pour la région de Maâla, où les habitants, dont les maisons menacent ruine et classées par les services du CTC en rouge refusent de quitter les lieux sans une indemnisation conséquente, un équipement public, le lycée en l'occurrence, est également concerné par ce risque. Il serait même l'une des causes de ces glissements de terrain constatés plus bas.
En effet, selon l'un des occupants de ces maisons menacées d'effondrement, M. Bahmed Mohamed dont la mère et sa fille y habitent toujours, ainsi qu'un de ses fils qui occupe le niveau inférieur, tout a empiré lorsque des habitations construites au-dessus du CW n°5 qui traverse la commune de Ath-Laâziz d'est en ouest avaient obstrué des ouvrages d'évacuation des eaux de pluie. Ces dernières, faute de canaux d'évacuation, s'infiltrent dans ce sol argileux, qui, une fois gorgé d'eau, se déplace et crée des fissures dans les habitations situées en contrebas dont plusieurs appartiennent à la famille des Bahmed.
Un constat partagé par le P/APC de Ath-Laâziz, M. Mohamed Zaïdi, que nous avons rencontré dans son bureau et qui nous fera part de ses inquiétudes concernant ces habitations classées rouge mais que les habitants refusent de quitter. Pour le maire, un ouvrage d'art est en étude pour éviter les infiltrations des eaux de pluie dans les habitations des Bahmed. Cependant, pour lui, un autre facteur serait derrière ces glissements : il s'agit du voile du lycée situé tout en haut, au-dessus du CW5. Le voile a été mal réalisé et sans système de drainage ou d'évacuation ; d'où les infiltrations conséquentes sur toute la partie basse.
Cela étant, tout en rappelant que le problème est du ressort de la Wilaya et que le cabinet du wali, du moins du temps de Limani Mustapha, est au courant de ce problème, le maire dira qu'il faudrait en urgence reprendre les travaux au niveau du voile du lycée pour le reconstruire selon les normes tout en réalisant un système de drainage des eaux avec un ouvrage d'évacuation là aussi, qui sera rattaché à l'autre ouvrage d'évacuation dont il est question plus haut et qui déverserait directement dans l'oued, en évitant toutes les constructions situées plus bas du CW5.
Cela étant, pour le cas de la famille Bahmed, et selon l'un des fils, Bahmed Mohamed, la wilaya leur a proposé un appartement dans un bâtiment, c'est-à-dire un recasement, mais l'habitation dont il est question est une villa à deux étages, et un hangar à l'extérieur. Aussi, la famille Bahmed et au nom de la veuve qui est une moudjahida et fille de chahid demande une indemnisation à hauteur de la valeur réelle de leur bien ; à savoir un terrain équivalent et une aide pour rebâtir au niveau du chef-lieu de la wilaya étant donné que la commune relève de la daïra de Bouira, ou à défaut, un terrain plus stable situé à côté et toujours à Maâla avec une aide financière de l'Etat, après évaluation des biens à démolir et qui sont classés rouge par le CTC.
Des solutions qui ont été proposées aux anciens responsables de la wilaya mais qui sont restées sans suite. Et pendant ce temps, la veuve vit avec sa fille et un de ses enfants dans cette villa totalement fissurée et qui menace de s'effondrer à tout moment...
Enfin, du côté du chef-lieu de wilaya, un grand éboulement s'est produit durant l'hiver 2019, sur la route traversant la cité Cadat du côté est et la zone d'activité du côté ouest. Un grand éboulement qui avait emporté une grande partie de la route qui dessert le centre-ville et qui est restée toujours fermée à la circulation deux ans plus tard.
Selon les informations en notre possession, ce glissement qui s'est produit après les travaux de terrassement d'un particulier fait l'objet pour son confortement d'un litige entre le promoteur et l'APC. Des travaux de confortement qui coûteraient des milliards tant la hauteur et la largeur du glissement sont importantes, et le voile devrait engloutir des tonnes de béton ; d'où le retard mis dans la réhabilitation de cette route somme toute stratégique et dont la déviation crée, tout au long de l'année, des embouteillages au centre-ville de Bouira.
En somme, autant de zones à risque qui mettent les pouvoirs publics dans un embarras mais sans que des solutions définitives soient trouvées. Et le même constat est valable pour la région des Djouahra dans la commune de Aomar, ou encore dans la commune de Djebbahia située dans une zone instable, avec comme illustration, ce tronçon d'autoroute connu par les millions d'Algériens qui empruntent cette voie pour l'instabilité de son sol et la détérioration endémique de la voie dans les deux sens, alors que dès le début des années 2000, des experts avaient préconisé la construction de l'autoroute sur des dalles en béton armé sur une vingtaine de kilomètres, soit depuis le pont de Oued-Rkham jusqu'à Kadiria.
Y. Y.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yazid Yahiaoui
Source : www.lesoirdalgerie.com