
Des attentats terroristes continuent de cibler les unités des services de sécurité en plusieurs régions du pays, comme à Bouira, samedi dernier, où des gendarmes ont été blessés dans des attaques au mortier artisanal et à l'explosif. Les actions criminelles des groupes armés ne produisent plus le même impact sur l'opinion publique et ne suscitent plus les mêmes condamnations au sein de la classe politique, dans un pays qui boucle deux décennies de terrorisme islamiste. Devant la persistance de la subversion intégriste, force est de constater que l'on s'installe dans une sorte de banalisation du fait terroriste, ce qui est le meilleur moyen de saper tout projet d'édification d'une République, d'un système garantissant les droits aux citoyens, dont le premier est le droit à la vie. Une attaque contre une caserne militaire ne concerne plus, hélas, que la caserne ciblée, et la riposte se limite aux unités antiterroristes de la localité, installant ainsi un face-à-face intenable entre les groupes armés et les services de sécurité.
La mobilisation politique et citoyenne a quitté depuis bien longtemps le front de la lutte contre l'islamisme armé. A quoi assiste-t-on aujourd'hui ' A tout, sauf à une condamnation ferme des actes terroristes et à un rejet de l'islamisme politique qui a été à l'origine de cette descente aux enfers. Mieux, ou pire, le discours islamiste radical est en train de connaître une réémergence spectaculaire sur la scène politique sans avoir quitté ses fiefs traditionnels, comme certaines mosquées tombées entre les mains des extrémistes depuis des décennies. La teneur djihadiste de leurs discours est disponible dans une riche «filmographie» qu'ils postent sur les sites de partage sur internet. La République y est régulièrement mise au défi, avec force menaces, sur tout ce qui représente la modernité dans le pays.
Le discours belliqueux a dépassé certains minbars enflammés pour s'afficher désormais à l'air libre, conviant même les organes de presse pour prendre note des imprécations qui glacent d'effroi. L'interdiction constitutionnelle de l'utilisation de la religion à des fins politiques est allègrement foulée aux pieds par des organisations qui bénéficient jusque-là d'un statut de respectabilité, théoriquement intégrées dans le «jeu démocratique». Quand on entend un homme politique, frais émoulu de l'alternance partisane, lancer que son parti est «passé dans l'opposition au nom de Dieu», suggérant que l'opposition politique est une quasi-guerre sainte, il y a tout lieu de s'inquiéter de la réinvention du discours autrefois porté par le parti dissous, matrice infernale de la guerre qui continue d'être livrée à l'Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com