Bouira - A la une

La baignade des laissés-pour-compte



Sur l'un des démembrements de l'ENTV, un «reportage» réalisé du côté du barrage Koudiet Asardoun, dans la wilaya de Bouira.Le sujet portait sur «les dangers de la baignade» dans les retenues d'eau. A quelques dizaines de mètres d'un pan de rivage, des enfants en train de se rafraîchir, avant que la caméra ne se braque sur l'arrivée de la petite barque d'une « équipe de secours » venue déloger les imprudents chérubins, avant de leur faire la leçon. Un sermon bien inutile manifestement, puisque les mômes savent tout ce qu'ils risquent et ils le disent presque avec? enthousiasme quand le micro leur a été tendu. Inutile, également, le commentaire de la jeune journaliste mais il fallait bien meubler ses trois minutes : «Il faut savoir que la majorité de ces enfants qui se baignent dans ces endroits avec tous les dangers qu'ils encourent, viennent des zones rurales où il n'y a pas de piscines .» On doit quand même savoir que les barrages ne se construisent pas sur les avenues des grandes villes. Ce qu'on ne savait pas, c'est que dans les «zones» urbaines de notre grand et beau pays, les piscines essaiment dans les espaces publics, ce qui préserve les enfants citadins de ce péril sur leur vie ! Mais on n'a pas besoin de le dire, la télévision s'en est chargée, toute seule comme une grande, puisque, dans la foulée, un responsable local nous apprenait que trois communes sur 21 disposent de bassins, pompeusement appelés «piscines». On n'a même plus besoin d'évoquer l'insuffisance en matière de capacités d'accueil. Ni de revenir sur la qualité de ces espaces, à des endroits pas plus confortables et pas plus rassurants que les? barrages pour la santé des enfants. A l'orée de chaque été, l'angoisse s'empare des parents de ces zones d'habitation. Des peurs qui se justifient, malheureusement, toujours et se confirment parfois dans des issues dramatiques. Des enfants qui meurent en quêtant un coin de fraîcheur, c'est désormais chose courante, systématique, presque banale. C'est d'autant plus dramatique qu'ils y vont? en connaissance de cause, ce qui veut dire ce que ça veut dire : dans la tête des gamins, leurs conditions de vie face à la chaleur, l'ennui et peut-être bien le désespoir sont plus pénibles à supporter que le risque de mettre sa vie en danger. Un peu comme les? harragas qui n'ont plus rien à perdre se disent «déjà morts» avant de prendre la mer ! Sauf que les harragas sont des adultes, même s'il est difficile de faire la différence. Le sermon d'un agent de secours disant à des enfants qu'il est dangereux de faire trempette dans les eaux d'un barrage est aussi efficace que le prêche d'un imam destiné aux harragas, leur expliquant qu'on va en enfer quand on s'expose à la mort en haute mer.
S. L.
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