
12 étudiants ont vainement essayé de marcher mais ils sont vite repartis... L'appel à des marches en réaction à celle organisée en France après le carnage ayant eu lieu dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo n'a pa été suivi à Bouira.Ils étaient exactement 12 jeunes étudiants à l'entrée Est de l'université Akli-Mohand-Oulhadj, debout sous une grande banderole en couleur où l'on pouvait lire «Tous avec Mohammed (Qsssl)». Avant et lors des prêches du vendredi, l'ensemble des imams sont revenus sur l'événement. Même si unanimement ils ont condamné l'acte commis par les frères Kouachi, comme le mentionne la version officielle du moins, beaucoup ont saisi l'occasion pour rappeler que les premiers humains à avoir «sali» l'islam restent les musulmans eux-mêmes. Ces mêmes imams ont évité de citer Amedi Coulibaly, l'auteur présumé de l'attaque de l'épicerie juive.Un imam ira jusqu' à rappeler à l'ordre ceux qui ont placardé un peu partout ce slogan «Je suis Mohammed» par réaction à «Je suis Charlie». «Non, personne n'a le droit de prétendre être à la hauteur du Prophète (Qsssl).» Avant de vouloir 'venger'' et réagir à l'affront, commencez d'abord par suivre les recommandations de ce Prophète (Qsssl). L'islam est religion de piété, d'amour, d'entraide, d'humanisme... il rejette toute forme de violence. Le Prophète (Qsssl) ménageait ses pires ennemis. Il exigeait toujours de ses soldats la préservation des vies même au combat...» Le refus affiché de Bouira de ne pas marcher ce vendredi s'explique par le fait que cette wilaya a été helas l'une des plus meurtries par le terrorisme des années 1990. Les habitants ont en mémoire les atrocités commises par les semblables de Kouachi, Coulibaly, Merah, Droukdel, Al Zarkaoui... les premiers ennemis de l'islam. Bouira, et plus précisément sa région, est actuellement très préoccupée par ce qui se trame ou se déroule en France en particulier et en Europe en général. Les événements qui se succèdent et s'accélèrent ne laissent pas indifférents ses citoyens. La raison est simple. Beaucoup de natifs de la wilaya résident et travaillent en France. Ahl El Ksar, M'Chedallah, Haizer, Aghbalou... comptent plusieurs expatriés qui se concentrent dans les régions du Nord, à Paris et au sud-ouest de l'Hexagone. Les événements suivis à travers les chaînes françaises sèment le doute et bon nombre soupçonnent un vaste complot contre nos compatriotes. Cette appréhension est confortée par la résonance maghrébine des noms des auteurs présumés dont on rappelle toujours l'origine en taisant volontairement leur nationalité. Les auteurs du crime crapuleux commis sur la personne des journalistes de Charlie Hebdo sont d'abord des Français à part entière avant d'être des terroristes affiliés à une nébuleuse internationale. «L'acte est barbare non parce qu'il a visé un journal mais a visé des humains. Les auteurs sont des criminels sans foi ni loi. L'Algérie n'a que faire de pareilles bêtes puisque nous les avons combattues pendant 10 ans sans relâche et sans le soutien de personne» commente Mustapha, médecin de profession.«Même s'ils crient Allah Ouakbar, ces criminels ne sont pas plus musulmans que n'importe quel citoyen. Ce cri peut être celui d'un pervers qui veut souiller l'islam» ajoute Wahid, architecte. «Kouachi», «Coulibaly» sont des noms qui ont occupé la scène médiatique française ces derniers jours. Ce noms ne sont pas une référence ou spécifiques à notre pays. Leurs actions sont condamnables au même titre que les propos de ces spécialistes invités sur les plateaux de télé françaises pour «tenter» de trouver des liens entre ces actes et l'Algérie. La France de Mitterrand a formé les intégristes, celle de Chirac leur a donné une tribune pour faire valoir leurs idées rétrogrades, celle de Sarkozy et de Bernard- Henry Lévy a ruiné la Libye, celle de Hollande s'est enfouie en Syrie après avoir aidé l'ogre intégriste et au Mali pour maintenir une junte au pouvoir. Malgré cela, les journalistes et les simples citoyens français ne méritaient pas un aussi abominable sort.L'amalgame est un crime aussi condamnable que celui perpétré par la bande de maffieux qui a attaqué la France qui s'en est pris à la liberté, aux valeurs humaines. En voulant à tout prix faire un pont entre les auteurs et leurs origines les auteurs font l'affaire des nébuleuses racistes et extrémistes de tout bord. L'unique gagnant sera politiquement le Front national qui a de tout temps désigné du doigt l'Autre. Sans vouloir déculpabiliser les criminels' «Allah Ouakbar» est une expression que peut prononcer, apprendre n'importe qui. Les auteurs présumés n'avaient selon les témoignages aucun signe de radicalisme avant cette catastrophe.Les citoyens craignent des conséquences et des dérives après autant d'horreur et d'opacité qui entourent ces affaires.Les services de sécurité «découvrent» que les auteurs se connaissaient, que tout était planifié depuis plusieurs jours, que malgré son professionnalisme l'auteur a laissé sa carte d'identité dans le véhicule, que l'un des assaillants a fait l'Irak que le second était au Yémen... L'affaire qui semble être récupérée à des fins politiques avec une marche européenne, est une occasion pour ce vieux Continent de revoir sa facture. Ce même travail de récupération est vite engagé par les réseaux dormants de la mouvance intégriste qui a tenté de mettre à genoux l'Algérie.Les islamistes, modérés sur les plateaux télé, sont ceux qui pendant une décennie ont brulé, ruiné l'économie nationale... «Le prophète n'a besoin ni de vous ni de moi. Faites votre travail convenablement, ne trichez pas...» s'écriait un jeune en face du petit groupe qui voulait improviser une marche à la mosquée d'un quartier qui a la triste réputation de porter le surnom de Kaboul.La lutte contre l'intégrisme et la terreur concerne tout le monde.Elle n'est pas spécifique aux pays pauvres, aux pays arabes. La mort de toute personne innocente, de surcroît médiatiquement connue doit servir de base à une guerre commune contre les excès, les extrêmes, l'ignorance, le mépris de l'Autre. C'est le combat des journalistes du monde entier, les vrais journalistes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdenour MERZOUK
Source : www.lexpressiondz.com