Bouira - Revue de Presse

Bouira-La guerre des poupées : De cire, de sang' !



Monde très manichéen que celui où évoluent les petites poupées bleues. Mais l'autonomie a un prix et les cinq créatures de rêve (au sens strict où elles sont le pur produit de l'imagination) sont prêtes à le payer.Sous les mains magiques miraculeuses serait le terme approprié en fait les cinq pantins s'animent, deviennent autonomes. Le maître un marionnettiste de talent, même s'il est boiteux ' les sort de son sac, les accroche à chaque fenêtre de son atelier ' les exhorte à prendre vie et à s'amuser. Il n'y a aucun mal à s'offrir des moments de détente, surtout pour des marionnettes contraintes à l'inaction. Quand le maître lui-même se joint à la fête, cela donne lieu à une chorégraphie très originale et très réussie, car non seulement les mouvements de bras et des jambes se libèrent peu à peu de leur rigidité pour devenir très fluides, mais grâce aux incantations du maître, les figures exécutées deviennent de plus en plus complexes au point que quand leurs agresseurs se pointent, les gentilles petites poupées bleues se transforment en vraies guerrières.Mais les guerrières en question, qui portent en elles tout l'espoir de l'humanité, n'ont jamais eu le-dessus face aux guerrières en habits rouges menées par deux maîtres sanguinaires qui répandent du sang partout, veulent imposer leur joug au monde entier. Face au long bâton et au glaive de feu qui s'abattent dans le tas, les inoffensives poupées bleues n'ont que leurs mains et les pieds pour se défendre. Cependant rouées de coups, comme leur maître qui n'échappe pas à la bastonnade, elles trouvent toujours les ressources nécessaires pour se relever' jusqu'au jour où le maître perd l'usage de ses deux mains dans un ultime combat contre cette armée de démons en habits rouges.La magie continue de jouer et les poupées bleues à se mouvoir. La pièce écrite dans une langue souple exploite tous les effets théâtraux : l'action dramatique progresse grâce à la chorégraphie interprétée magistralement par le groupe Game Over représentant les poupées bleues et les poupées rouges, mais également au monologue dit avec beaucoup d'expression par maître boiteux, marionnettiste, philosophe, poète, artiste rêveur. Pas un instant l'intérêt ne se relâche. Les spectateurs happés par le mouvement du drame ne retrouvent le repos que quand maître boiteux prononce désespéré les dernières : bougez, poupées, bougez et portez-moi comme je vous ai portées toutes' Alors les poupées unissent leurs bras et leurs efforts pour porter leur cher maître au-dessus de leur tête. Drame philosophique qui fait un peu penser à l'être et le néant, le diable et le bon Dieu, de Sartre où s'affrontent le bien et le mal en un combat meurtrier, psychologique (car le mal est en chacun de nous et une introspection s'impose alors pour le découvrir), social (le devenir des sociétés qui forment l'humanité entière est en jeu), la pièce symbolise la vie et la mort dans un incessant mouvement de va-et-vient.L'amour a également sa place dans cette pièce où les poupées s'entre-déchirent. Il est incarné par une marionnette que le maître aime et pour laquelle quand il s'adresse à elle, trouve les paroles et les accents tendres d'un amoureux.Pour représenter le cycle de la vie et de la mort, le formidable Rabi Guichi a introduit un accessoire dans les figures chorégraphiques : les balles. « J'aurais aimé placer un cercle géant sur le-devant de la scène pour enrichir le décor, mais la scène est trop étroite », déplore-t-il. L'idée du cercle, symbole de cet éternel recommencement entre la vie et la mort, le metteur en scène nous déclare le devoir à la poétesse jordanienne, Hilda Hyari qui en a fait l'élément clef de sa symbolique.
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