Nous sommes le 7 janvier 1958, la guerre d'Algérie fait rage et les soldats français, justement, venaient, avec l'aide des harkis, de commettre un autre forfait en tuant, lors d'une bataille, quatre mousseblines, des martyrs de la Révolution qui faisaient partie de ceux qui servaient de soutien logistique aux moudjahidine de l'ALN. Des militants qui travaillaient pour le FLN sans être fichés chez l'armée française pour être inquiétés. Du moins jusqu'à un certain moment.Il faut rappeler que ce travail de logistique, très bénéfique pour la Révolution et même vital, se faisait par des militants en civil, qui vivaient parmi le peuple. Or, quelques années plus tard, soit juste après que les premiers traîtres à la Révolution se furent déclarés en rejoignant les rangs de l'armée française, les premiers mousseblines venaient d'être tués. Soit par les harkis eux-mêmes pour se faire accepter par les militaires français, soit par des militaires français auxquels les harkis donnaient les noms et les adresses exacts de leurs maisons ou de leurs regroupements en dehors des villages. Il faut rappeler que, contrairement aux moudjahidine qui avaient des armes de guerre et des munitions en quantités suffisantes, et qui étaient d'ailleurs très organisés au sein de l'ALN avec tout ce que cela supposait comme discipline militaire et grades ; au niveau du corps des mousseblines, même s'il y avait des chefs, leur caractère civil faisait d'eux un corps vulnérable face à l'armée française. Aussi, lorsque, en ce 7 janvier 1958, les militaires français, sûrement sur renseignement d'un des harkis de la région, surprirent les mousseblines dans un de leurs lieux de regroupement situé justement tout près du mausolée de Sidi-Amar-Chérif, quatre d'entre eux furent tués sur le coup. Il s'agit de Hadji Moussa, Zemmour Hocine, Chemlal Abdellah et Akkache Yahia. Quatre valeureux citoyens engagés pour la cause de la Révolution parmi les premiers dans le village de Chorfa. Le soir même, l'adjudant Si Lahlou, l'un des valeureux chefs de la Révolution dans la région et connu pour ses hauts faits d'armes et déclaré ennemi numéro un dans la région par l'armée française, passa avec les éléments de sa compagnie et apprit ce qui s'était passé. Parmi ceux qui étaient présents dans cette compagnie, figure Abdellah Dellys, l'un des moudjahidine qui ont survécu miraculeusement à la guerre. Il était présent ce lundi lors d'un hommage rendu par la famille révolutionnaire à ces martyrs et ceux qui les rejoindront deux jours plus tard. Abdellah Dellys racontera devant des dizaines d'enfants de chouhada de la région, mais également le président de l'ONM de Bouira, ainsi que le directeur des moudjahidine, le député FFS, Djamel Bahloul qui est natif de la commune, des responsables de la Sûreté de daïra de M'chédallah, ceux de la gendarmerie de Chorfa, et beaucoup de citoyens anonymes, en détail ce qui deviendra, par la suite, la bataille historique de Sidi-Amar-Chérif de Chorfa. Car, ce qu'il faut rappeler également, c'est que l'endroit où ces quatre martyrs sont tombés n'était pas loin du tombeau du marabout Sidi Amar Chérif, un saint que les citoyens de toute la région de Chorfa, de la Soummam et du Sahel dans la région M'chédallah vénèrent. C'est là que les mousseblines furent surpris et tués par les Français et ce sera là que l'adjudant Si Lahlou jurera solennellement que leur sang sera vengé dans les 24 heures qui suivront. En effet, poursuivra Abdellah Dellys, en l'espace de 24 heures, Si Lahlou, qui était de passage dans la région en venant de Tamellahth avec une autre compagnie de Achour Hmidouche, apprit la mauvaise nouvelle et, immédiatement, tant il était très touché par le récit que lui firent les compagnons d'armes des quatre mousseblines morts, il conçut un plan en excellent stratège qu'il était : «Il envoya la 2e compagnie de Achour Hmidouche vers Selloum, c'est-à-dire un peu plus haut sur la route principale menant vers Takerboust, car il savait que les militaires français passaient chaque jour par là pour le ravitaillement des contingents stationnés là -haut à Takerboust, depuis Maillot. Parallèlement à cela, il conçut un plan avec sa propre compagnie et quelques renforts de la compagnie d'Achour Hmidouche. Et en effet, le lendemain, c'est-à-dire le mercredi 8 janvier 1958, dès la matinée, les militaires français devaient passer vers les coups de 14 heures, et nous étions un peu plus haut à Aqerrou Lâach que vous voyez là -bas, et puisque notre compagnie était hyper-armée, notre chef Si Lahlou, Allah yerrahmou, fixera deux éléments avec des armes de poing 2-7 x32, sur place ; deux autres éléments sur cette autre crête appelée Tighilt, et un troisième élément sur la crête qui surplombe Sidi-Amar-Chérif et que l'on appelle L'Marhab avec un mortier 60 mm. Les autres éléments, tous comme nous étions, et après avoir passé un moment dans la maison de Meniche Akli tout près d'ici, nous fûmes éparpillés le long d'un canal d'irrigation situé un peu plus haut et qui domine la route idéalement. En somme, une embuscade parfaite qui sera d'ailleurs d'une très grande réussite et qui fera date puisque, vers 14 heures, lorsque les militaires qui allaient monter vers Takerboust arrivèrent vers cet endroit, un déluge de feu les surprendra, en ne leur laissant aucune chance.» Et le bilan était, selon Abdellah Dellys, la mort de 56 soldats français et des dizaines de blessés, alors que du côté des moudjahidine, il y avait seulement deux morts dont un, Lahlou n'Ath Achour, succombera à ses blessures plus tard à Ath Hamdoune”? Ce lundi, lors de cet hommage rendu d'abord aux quatre chahid mousseblines, il y avait parmi les présents, l'ex-ministre Saïd Chibane, natif de Chorfa et dont la famille compte plusieurs chahid. Saïd Chibane fera une petite allocution en rappelant le sacrifice suprême de ces valeureux chouhada grâce auxquels nous vivons en paix, libres et indépendants ; il fera un appel aux générations présentes et à venir pour préserver cette paix et cette stabilité. Signalons qu'un monument dédié à cette bataille a été érigé sur les lieux, près de la RN15, et tout près de la zaouïa et la mosquée de Sidi-Amar- Chérif. Pour cet hommage, tous les hôtes de la commune de Chorfa ont arpenté l'ancienne route menant depuis le siège de l'APC jusqu'à la mosquée de Sidi-Amar-Chérif, sur près de deux kilomètres. Sur place et devant le monument, une gerbe de fleurs a été déposée, après avoir levé le drapeau national et entonné l'hymne national par de jeunes scouts de la commune. La cérémonie s'est achevée par la lecture de la Fatiha et des prières en mémoire des martyrs tombés lors de cette bataille et tous les martyrs de la Révolution. Après le recueillement sur la tombe des quatre martyrs, enterrés dans un même carré au cimetière du la commune et du village, juste à côté de la mosquée, l'ensemble des présents était invité à se déplacer vers la salle des conférences de la commune où des témoignages sur cette bataille mémorable ont été apportés par les moudjahidine encore vivants, dont Abdellah Dellys. En somme, ce fut un grand moment de communion entre la génération de Novembre et les nouvelles générations pour que le serment de Novembre 1954 soit toujours gardé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y Y
Source : www.lesoirdalgerie.com