
Repotage réalisé par Yazid YahiaouiDepuis le début de l'été, pas un jour ne passe sans que l'on entende ici et là et à travers pratiquement toutes les communes de la wilaya des cris de colère concernant la pénurie d'eau potable. Une pénurie vécue par les citoyens de beaucoup de communes comme un paradoxe tant la wilaya de Bouira est l'une des rares wilayas du pays à avoir tant de ressources hydriques et d'ouvrages hydrauliques.En effet, la wilaya de Bouira, de par sa situation géographique et son relief, a été retenue par les pouvoirs publics pour accueillir, dans les années 1990, deux grands barrages, le Tilesdit à Bechloul avec une capacité de 165 millions de m3 et le Koudiate Asserdoune à Maâla, dans la région de Lakhdaria, d'une capacité de 650 millions de m3, soit le deuxième plus grand barrage d'Algérie après celui de Béni Haroun dans la wilaya de Mila.L'objectif de toutes ces réalisations dans le domaine hydraulique étant de parvenir à satisfaire la demande nationale en eau potable. Il faut rappeler que, outre ces deux grands barrages à Bouira, 14 autres ouvrages ont vu le jour à travers le pays.'aussi, dès les années 2010 donc, l'on pouvait dire que la bataille de l'eau menée par le pouvoir était gagnée ; tant les histoires de «Noudh t3emmar lma» (réveille-toi pour remplir les jerricans), traduite en sketchs à succès, sont devenues de l'histoire ancienne aussi bien dans la capitale que dans beaucoup d'autres wilayas, à l'instar de Bouira à travers beaucoup de ses communes, que les wilayas limitrophes qui ont bénéficié de ces deux barrages grâce au système des grands transferts, comme le sud de Tizi-Ouzou, ainsi que d'autres daïras de M'sila, Médéa et Bordj-Bou-Arréridj.Des dizaines de sources non ou mal exploitéesCela dit, la wilaya de Bouira possède une partie nord constituée pratiquement de multiples chaînes montagneuses, à commencer par la chaîne du Djurdjura qui la délimite avec la wilaya de Tizi-Ouzou sur une quarantaine de kilomètres, puis les chaînes des Bibans au sud, le mont de Dirah dans la région de Sour-El-Ghozlane et, plus au nord, les monts de Souflat à El-Mokrani, les monts de Zbarbar et plus au nord-ouest, les monts Lalla Mossaâd et Beggas à Lakhdaria.Et comme tous ces monts et chaînes sont souvent enneigés en hiver, surtout le Djurdjura dont certains gouffres et autres ravins très profonds le sont jusqu'aux mois de juin et juillet, des sources naturelles, fruits des infiltrations des eaux dans les profondeurs, existent en très grand nombre à travers les quatre coins de la wilaya. Parmi elles, il y a celles qui tarissent durant l'été et d'autres qui sont vivantes été comme hiver.Aussi, parmi ces sources naturelles intarissables, nous pouvons citer la source Aïnsar Aberkane, Tala n'Vouhreb, Aïnsar Guidawen, Tala Rana, traduire en français (source intarissable), tala n'Ighzer Iwakuren, Aïn Zebda, toutes ces sources coulent à longueur d'année quelles que soient les conditions climatiques de l'hiver précédent. Ces sources, situées toutes dans la daïra de M'chedallah, sont en partie exploitées par les pouvoirs publics qui ont capté certaines d'entre elles comme la source Aïnsar Aberkane pour les besoins des populations locales, mais l'exploitation du réseau laisse à désirer ; ce qui laisse les populations de cette région perplexes devant tant de paradoxes.Outre cette région des plus prolifiques en sources naturelles, il y a la région de Bouira et plus exactement la ville de Bouira qui regorge de plusieurs sources naturelles, mais toutes sont ignorées par les pouvoirs publics.Certaines, selon des témoins, sont même enterrées comme Aïn Graoueche, ou orientées vers le réseau d'assainissement pour être déversées dans l'oued avec les eaux usées comme les deux sources qui jaillissaient jadis du côté de Saâd El guet pour la première, et la seconde, un peu plus bas, du côté de la voie ferrée et dont les eaux coulent comme un torrent souterrain, directement vers la conduite des eaux usées, selon des témoins.Il y a également la source de Benharoun dans la commune de Djebbahia qui a été découverte par les militaires français dans les années 1870, lors de la fameuse résistance d'El Mokrani. Une source gazeuse qui est toujours exploitée depuis 1880. Enfin, du côté d'El Hachimia, outre la source de Hammam Ksana, la source chaude dont les eaux sont exploitées par un privé qui a réalisé un complexe thermal sur les lieux, une source d'eau minérale, avec des vertus thérapeutiques avérées, jaillit près du CW98 qui relie la ville de Bouira à Sour-El-Ghozlane à Bouira. Il s'agit de la source El Mouhguen, ou le bassin de Marco, du nom du colon qui l'avait découverte dans années 1930 et qui possédait une ferme dans les environs.Cette source intarissable possède des prolongements le long d'un cours d'eau qui part en aval vers Oued El Berdi jusqu'aux Ath Maâkaci, pour aboutir à l'oued Zaiane, puis l'oued Sahel.Cette source mère a été aménagée par les autorités de la commune d'El Hachimia et est devenue la destination des centaines de personnes, tant elle est réputée pour ses vertus thérapeutiques concernant le traitement des calculs rénaux. Selon nos informations, cette source a une eau très légère, au goût insipide, qui favorise le lavage et la dissolution des petits calculs contenus dans les reins. Outre cette source mère, sur le prolongement en bas, existe une autre source qui a jailli sur un cours d'eau dont les rivages étaient toujours verdoyants.Il était une fois, la source des BraouegHamid, un quinquagénaire, né et grandi dans cette localité des Ath Maâkaci, se souvient de son enfance lorsque lui et tous les gens du village allaient vers cet endroit féerique, rendu comme tel, selon lui, par un certain André Becker, un colon français mais à l'accent allemand, probablement pour ses origines strasbourgeoises, qui possédait sur les lieux un domaine de 60 hectares avec une grande villa. Pour rendre les lieux agréables, ce colon qui a toujours gardé jalousement cette source qui jaillissait dans ce cours qui traversait ses domaines a planté des frênes sur une centaine de mètres de part et d'autre du cours d'eau, d'où jaillissait une source appelée source des Braoueg, en référence à une plante qui pousse dans les lieux.Plus loin, en bas, le cours d'eau aux eaux limpides profitait aux gens des Ath Maâkaci qui possédaient des terres. Hamid raconte que tous leurs besoins en eau, que ce soit pour la consommation, ou pour les bêtes, étaient puisés de ce cours d'eau.Selon Hamid, il a fallu attendre l'indépendance et le transfert de ce domaine vers l'Etat, dans le cadre des domaines autogérés, pour que les villageois accèdent directement à cette source des Braoueg. Tout ce qui se trouvait autour était verdoyant : les arbres, les frênes ployaient leurs feuillages en ombrageant les lieux sur des centaines de mètres offrant une fraîcheur insoupçonnable aux lieux, un sol totalement gazonné avec du chiendent ; le tout agrémenté du gazouillis des oiseaux et du frétillement des feuilles. Les jeunes y passaient la majeure partie de leurs journées chaudes d'été, qui pour se baigner dans les étangs, qui pour pêcher poissons et autres anguilles... De tous ces paysages féeriques, hélas, rien ne subsiste aujourd'hui. La source est polluée par les rejets d'assainissement des habitations situées le long du cours d'eau venant depuis la source d'El Mouhguen, et parfois, selon les dires de certains villageois, il y a même des rejets toxiques depuis la zone industrielle de Sidi Khaled.Mercredi dernier, lors de notre déplacement sur les lieux avec Hamid, nous avons pu constater la désolation des lieux avec cette fameuse source des Braoueg dont seul le bruit du ruissellement des eaux témoigne de son existence. Des pompes à eau à gasoil étaient là , à l'arrêt, mais nous pouvons aisément imaginer leur bruit assourdissant une fois mises en marche.Les étangs où l'on pouvait aisément distinguer les eaux pures de celles des rejets, alors que tout autour, rien ne subsiste des sols verdoyants. Les éleveurs qui ramènent leurs troupeaux évalués à des milliers de têtes pour s'abreuver dans les lieux et passer les chaleurs du midi à l'ombre des frênes en ont décidé ainsi. Seule se dégage du sol une poussière qui rappelle combien l'homme pouvait détruire ce que son semblable a bâti pendant de longues années, voire des siècles.Oui, la source de Braoueg qui alimentait pendant des dizaines d'années après l'indépendance les villageois venus des Ath Maâkaci et vivant non loin des lieux n'est plus ce qu'elle était.Et comble de l'ironie, les eaux du réseau d'assainissement de la partie ouest de la commune d'Oued El Berdi sont déversées directement dans ce cours d'eau, les bacs de décantation installés dans les années 2000 sont envasés et envahis par les massettes. Aucune solution n'est envisageable pour le moment, selon les responsables. Selon eux, le projet de dévasement coûte très cher et la réalisation de nouveaux bacs de décantation nécessite un nouveau projet qui n'est pas encore acquis”? Pendant ce temps, et avec toutes ces sources d'eau non ou mal exploitées, ce sont des milliers de citoyens qui souffrent, et des centaines d'espaces féeriques à vocation touristique par excellence qui agonisent.A quand une prise de conscience pour la réhabilitation et la revalorisation de ces sources naturelles laissées à l'abandon '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y ”ˆY ”ˆ
Source : www.lesoirdalgerie.com