L'ouvrage risque de connaître du retard en raison des contraintes que rencontre l'entreprise chargée de sa réalisation. A la géologie du terrain à surmonter, le projet est passé par de multiples contraintes dont le facteur humain est la principale raison.La fin du calvaire pour les usagers de la route de la wilaya de Béjaïa n'est pas pour demain. En effet, la pénétrante autoroutière devant relier le port de Béjaïa à l'autoroute Est-Ouest au niveau d'Ahnif (Bouira), sur une distance de 100 km, ne pourrait être livrée d'ici au moins deux ans. Cette échéance qui représente le délai estimatif concernant la réalisation des travaux sur le tronçon allant d'Amizour au port de Béjaïa, sur une distance de 22 km, nous a été révélée par M. Abdenour Ahfir, cadre à l'Algérienne des autoroutes (ADA) et chef de projet de la pénétrante autoroutière de Béjaïa.
Sept ans après le lancement de ce vaste chantier, seuls 52 kilomètres ont pu être livrés, de surcroît en deux tranches. La première section de ce projet, s'étendant depuis le point de jonction de cette liaison autoroutière, à Ahnif (Bouira) jusqu'à la zone d'activité commerciale (ZAC) de Taharacht, à Akbou, sur une distance de 42 km, avait été livrée en mars 2017.
Sept mois plus tard, soit en octobre de la même année, un deuxième tronçon long de 10 km, allant d'Akbou à Akhenak (Seddouk), a été inauguré par les autorités. Depuis, le projet patine et la population de Béjaïa, qui attend la livraison totale de cette infrastructure autoroutière, ne se fait plus d'illusions sur les promesses sans lendemain des pouvoirs publics qui se contentent d'effets d'annonce.
Contraintes et blocages récurrents
Il est vrai que le tracé de ce projet s'appuie sur un relief accidenté et longe le périmètre de la rivière de la Soummam, dont la vallée est constituée de collines boisées et de ravins étroits. Néanmoins, une multitude de contraintes et de blocages continuent d'entraver la réalisation de ce projet qui s'apparente à un défi herculéen.
Le premier obstacle auquel s'est heurtée l'entreprise attributaire du marché, le groupement sino-algérien CRCC-Sapta, a trait aux oppositions citoyennes, exprimées par des propriétaires terriens, dont certains réclament des sommes exorbitantes pour leur indemnisation, alors que d'autres contestent carrément la procédure d'expropriation engagée par les pouvoirs publics. Pour pallier cette difficulté, les responsables du projet ont privilégié la voie du dialogue et de la négociation, en faisant appel à la sagesse et la contribution des élus et notables locaux.
Une autre pierre d'achoppement, le manque criant d'ouvriers qualifiés, de moyens matériels, notamment de matériaux utilisés dans la réalisation des ouvrages d'art qui engloutissent d'énormes quantités d'acier, de béton, agrégats... A cela s'ajoutent également les contraintes techniques et géologiques, notamment celles liées à la nature du sol (présence à la fois de zones inondables et de massifs rocheux).
En outre, l'exécution de certains travaux ont nécessité le déplacement des réseaux divers (gaz, électricité, eau potable, assainissement, fibre optique...), ce qui implique l'intervention des entreprises publiques concernées (Sonelgaz, ADE, Algérie Télécom, APC...).
Il y a aussi le récurrent phénomène de fermeture de routes qui a, selon M. Ahfir, lourdement pesé sur l'avancement des travaux ces dernières années. Aujourd'hui, la contrainte majeure demeure le manque d'effectifs intervenant au niveau des différents des chantiers de la pénétrante en cours de réalisation.
En effet, quelque 150 ouvriers chinois partis passer les fêtes de fin d'année dans leur pays, n'ont pu revenir sur le sol algérien, étant bloqués à cause de l'épidémie de coronavirus. Il faut dire que cette contrainte se répercute négativement sur l'avancement des travaux et subséquemment sur les délais de livraison du projet. M. Ahfir reconnaît que cette période de confinement a sérieusement impacté le secteur du BTPH à l'échelle mondiale.
Selon notre interlocuteur, l'entreprise en charge de la réalisation de la pénétrante de Béjaïa, à l'instar des autres chantiers des travaux publics, fait face à une pénurie de certains produits et matériaux, tels que les adjuvants et les kits pour chapes d'étanchéité, utilisés dans la construction des ouvrages d'art. La raison ' Les entreprises nationales spécialisées dans la production de ces matériaux sont à l'arrêt depuis l'apparition de la pandémie du coronavirus.
Beaucoup reste à faire
Le principal chantier qui est toujours en marche est celui des tunnels de Sidi Aïch, où quelque 150 ouvriers chinois sont actuellement à pied d'?uvre pour achever les travaux de creusement. Il reste 30 mètres à creuser au niveau du tube 1 et pas moins de 200 m dans le tube 2, indique M. Ahfir, précisant que chacun des deux tubes est long de 1 660 mètres.
Pour la troisième tranche de 26 km, allant d'Akhenak (Seddouk) jusqu'à Amizour, les travaux connaissent un taux d'avancement de 80%. Une dizaine de ponts et de viaducs sont en voie d'achèvement à hauteur des communes de Seddouk et de Sidi Ayad. A noter qu'un tronçon de deux kilomètres fait toujours l'objet d'une opposition citoyenne dans le territoire de la commune de Sidi Ayad.
Le point noir de ce projet reste la section Amizour-port de Béjaïa, dont l'étude a été faite conjointement par deux bureaux d'études chinois et coréen. Selon M. Ahfir, cette tranche devra connaître un traitement spécifique, eu égard à la nature du sol, et ne manquera pas d'induire un impact financier. "Il y aura une vingtaine de ponts à réaliser sur cette section qui se caractérise par ses terres inondables et les crues récurrentes de l'oued Soummam. C'est la section la plus difficile de ce projet", explique-t-il.
En dépit de la volonté affichée par les pouvoirs publics quant à l'achèvement rapide de ce projet structurant, le responsable de l'ADA estime que la livraison de cette dernière section devra prendre jusqu'à deux longues années. Le chamboulement que connaîtront les aspects technique et financier concernant cette tranche, risque de retarder davantage la livraison totale de l'ouvrage.
Par ailleurs, notre interlocuteur fait état de retards constatés dans le paiement des factures de l'entreprise réalisatrice, tout en estimant que cela n'a pas eu vraiment d'impact négatif sur l'avancement des travaux. "Ça n'a jamais constitué une contrainte majeure pour le moment, puisque le chantier n'a pas connu de perturbations à cause des retards enregistrés jusque-là dans le règlement des situations de travaux présentées par le groupement d'entreprises en charge de la réalisation du projet", a-t-il soutenu.
La priorité pour M. Ahfir est de livrer rapidement le tronçon s'étalant d'Akhenak à Amizour, sur une distance de 26 km. Le taux d'avancement des travaux au niveau de cette tranche est estimé à 80%. La réception de cette section sera d'un grand apport à la région, puisqu'elle permettra la fluidité de la circulation en diminuant la pression sur la RN-26. Mais pour réaliser ce rêve, M. Ahfir insiste sur "l'implication de tout le monde", à commencer par les citoyens, les élus locaux et l'administration locale.
"La mise en service de cette troisième tranche nous permettra de mener convenablement les travaux de la dernière section (Amizour-Béjaïa) qui exigent beaucoup de temps, de moyens, de technicité et de savoir-faire. La sinuosité du lit de la Soummam au niveau de cette zone, nous obligera à réaliser une vingtaine de ponts qui nécessitent beaucoup d'efforts et de moyens", assure le chef du projet de la pénétrante.
Pour rappel, l'annonce de ce projet remonte à 2005, alors que son lancement n'est intervenu qu'en avril 2013. La première étude technique réalisée par le bureau d'études sud-coréen Kungdong-Saman avait estimé initialement les délais de sa réalisation à 36 mois. Son coût était fixé à 60 milliards de dinars, avant que l'enveloppe budgétaire ne soit réévaluée pour passer à 126 milliards de dinars.
Selon la fiche technique du projet, cette infrastructure autoroutière comportera une centaine d'ouvrages d'art, dont les plus importants sont le tunnel de Sidi Aïch et le viaduc d'Akbou.
En plus du lot de routes, il sera question de réaliser pas moins de 46 ouvrages d'art, sept échangeurs, 13 viaducs, un tunnel de 1 105 mètres linéaires dans la commune de Sidi-Aïch, ainsi que 15 murs de soutènement et trois aires de services.
La réalisation de ce projet vise essentiellement à désenclaver pas moins de 16 communes, situées le long du couloir de la vallée de la Soummam, mais aussi donner un nouveau souffle à l'activité économique de la région. Sachant que Béjaïa dispose, en sus de son aéroport international, un port des plus dynamiques à l'échelle nationale et d'un fleuron industriel riche de ses PME spécialisées essentiellement dans l'agroalimentaire.
Par : KAMAL OUHNIA
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamal OUHNIA
Source : www.liberte-algerie.com