L'affaire dite des « complotistes » a fini par connaître son épilogue hier. Le tribunal militaire de Blida a abandonné toutes les charges retenues contre Saïd Bouteflika, Louisa Hanoune ainsi que les généraux Toufik et Tartag qui ont été ainsi acquittés.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Il est neuf heures lorsque le tribunal militaire de Blida ouvre la séance. Deux membres du groupe devant être jugés arrivent de l'extérieur : Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), libre depuis décembre 2019, et le général Toufik qui se trouve depuis plusieurs semaines en convalescence à l'extérieur de la prison militaire. À leurs côtés, Saïd Bouteflika et le général Tartag.
Le président du tribunal entame les auditions. Les prévenus tiennent des propos identiques à ceux qu'ils ont tenus lors des deux procès précédents. Leur présence à la réunion du 27 mars 2019 était simplement destinée à « évaluer la situation dans laquelle se trouvait plongé le pays à cette époque, des noms de potentiels candidats à la succession de Abdelaziz Bouteflika ont été énumérés, sans plus », soutiennent les mis en cause. Le juge est bref dans ses questions, il ne procède pas à des séances de contradiction.
Saïd Bouteflika, Louisa Hanoune et les généraux Toufik et Tartag sont entendus les uns après les autres. C'est la première fois que l'ancien coordonnateur des services de sécurité auprès de la présidence de la République accepte de comparaître et de s'exprimer devant le tribunal. En première instance comme en appel, Tartag avait refusé de quitter sa cellule. Cette fois, il en est autrement. Face au juge, il rejette complètement l'accusation dont il fait l'objet et la notion de « complot ». « Il y a, par contre, eu deux complots contre l'Algérie, dit-il, le premier a eu lieu en 1967, le second en 2019 et il a débuté dans la quatrième Région militaire. En ce qui me concerne, je ne fais pas partie des comploteurs, je fais partie des personnes qui ont défendu le pays dans les moments les plus difficiles de son histoire. Dans les années 1990, l'Algérie avait des hommes pour la défendre et j'en fais partie .» Tartag affirme également ne pas avoir pris part à la fameuse réunion du 27 mars 2019. Ses propos sont salués par le général Toufik qui lui lance une appréciation amicale. L'audition de l'ancien patron des services a également pris fin. Le général Toufik tient des propos similaires à ceux qu'il avait déjà tenus précédemment : « Je n'ai à aucun moment eu l'intention de comploter. On m'a invité à assister à cette réunion à titre consultatif et j'ai donné mon avis pour une sortie de crise pacifique et légaliste .»
Il est bientôt 11h, les auditions prennent fin. Le tribunal demande aux avocats de désigner un seul avocat par collectif pour plaider. Ces derniers demandent l'application de la loi dans toute sa rectitude et plaident la relaxe pour leurs clients.
Le procureur militaire prend, lui aussi, la parole et demande l'application stricte de la loi. Son intervention soulève l'espoir chez les mis en cause et leurs avocats. La cour se retire pour délibérer et revient vers 12h. Le juge annonce l'abandon des charges contre tout le groupe. Il prononce l'acquittement. L'affaire des « complotistes » est clôturée.
C'est le troisième procès du genre qui venait de se tenir auprès de cette instance. Le premier s'est déroulé en septembre 2019, il a donné lieu à de lourdes condamnations à l'encontre de tous les mis en cause. L'ancien conseiller de Abdelaziz Bouteflika, l'ex-patron des services, l'ex-coordonnateur des services de sécurité à la présidence de la République et la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) écopent de quinze ans de prison pour « complot contre l'autorité de l'Etat » et « atteinte à l'autorité de l'armée ». Trois mois plus tard, en décembre, le même tribunal confirme les peines à l'encontre de trois membres du groupe. La condamnation de Louisa Hanoune est en revanche sensiblement revue à la baisse.
Condamnée à neuf mois de prison, une peine qui correspond à la période passée en détention, elle retrouve sa liberté. La procédure de cassation est entamée par les avocats des concernés et la Cour suprême se prononce quarante jours plus tard. Le 18 novembre dernier, elle annule toutes les condamnations prononcées, remet en cause la qualification des chefs d'inculpation retenus contre les mis en cause et demande l'ouverture d'un nouveau procès.
Le collectif de défense des prévenus perçoit la nouvelle comme un signe positif et s'ouvre à l'espoir. Le verdict prononcé hier confirme ce sentiment. « Nous avons vu la justice comme nous nous la voulons dans cette Algérie nouvelle à laquelle nous aspirons », commente Me Miloud Brahimi. « Cette décision est de bon augure, espérons qu'elle sera annonciatrice d'autres décisions de ce genre », ajoute-t-il.
Me Ksentini estime, lui, qu'il est « tout à l'honneur de la justice, civile ou militaire soit-elle, de reconnaître son erreur, ce n'est pas facile mais en démocratie, c'est fondamental ». Le Parti des travailleurs a également réagi à la relaxe de sa secrétaire générale. Il considère la décision comme étant une « victoire contre la criminalisation de l'acte politique » et espère que d'autres décisions de ce genre seront prises au sujet « des détenus politiques et d'opinion ».
Louisa Hanoune est rentrée chez elle comme elle était arrivée, libre, une liberté que retrouve également le général Toufik contrairement à Saïd Bouteflika et au général Tartag placés sous mandat de dépôt dans d'autres affaires.
Cité dans le dossier de l'ancien garde des Sceaux, Tayeb Louh, Saïd Bouteflika a été inculpé par un juge d'instruction qui l'a entendu à deux reprises, à la prison militaire de Blida puis au tribunal de Sidi-M'hamed. Son acquittement dans l'affaire relevant du tribunal militaire pourrait induire un changement de son lieu de détention puisque la nouvelle affaire dans laquelle il se trouve poursuivi relève du ministère de la Justice.
Le général Tartag se trouve, lui, dans une situation différente, font savoir des avocats puisqu'il se trouverait au centre d'une procédure militaire qui implique son maintien en détention à Blida.
A. C.
Le communiqué du MDN
Nous informons l'opinion publique que la cour d'appel militaire de Blida a prononcé, lors de l'audience tenue aujourd'hui 2 janvier 2021, une décision d'acquittement pour Mohamed Mediene, Athmane Tartag, Saïd Bouteflika et Louisa Hanoune, suite au pourvoi en cassation par la Cour suprême pour les chefs d'inculpation : «Complot ayant pour but de porter atteinte à l'autorité du commandant d'une formation militaire» et : «complot dans le but de changer le régime.» Des actes punis par l'article 284 du code de la justice militaire et les articles 77 et 78 du code pénal. Il est à noter que Mohamed Mediene et Louisa Hanoune, qui était en liberté, ont été relaxés. S'agissant de Tartag Athmane, il sera maintenu en prison militaire à Blida, faisant l'objet de poursuites judiciaires devant la justice militaire. Quant à Saïd Bouteflika, il sera transféré à une prison civile, étant donné qu'il est poursuivi dans d'autres affaires devant le pôle pénal économique et financier relevant de la cour d'Alger.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com