Les 17 marins algériens parmi les 25 membres de l'équipage du navire M/V Blida détenus depuis janvier 2011 par des pirates somaliens ont retrouvé leur liberté, ce jeudi 3 novembre. Leur navire redescendra durant 3 jours vers le sud ou il est attendu au port Kenyan de Mombasa d'où s'effectuera le rapatriement, sans doute par vol spécial, en Algérie. Il reste que les conditions de leur libération sont obscures. En dépit des dénégations au sujet d'un versement de rançon. Alger qui a tenté de criminaliser ce procédé ferait bien d'en parler différemment. Au moins pour ne pas chahuter le bonheur légitime des familles.
« Il n'a jamais été question de payer une quelconque rançon pour la libération des otages. La position de l'Algérie à ce propos est ferme et sans équivoque et nous l'appliquons », a déclaré, ce jeudi à l'APS, Nacereddine Mansouri directeur général d'International Bulk Carriers (IBC), armateur du MV Blida, le navire capturé par des pirates somaliens depuis le 1er janvier dernier. Le propriétaire du MV Blida, ne dit pas comment il a « récupéré » son équipage. Le porte parole du ministère algérien des affaires étrangères, Amar Belani, qui a annoncé la bonne nouvelle à la mi-journée, s'est sentit obligé d'évoquer la question du versement de la rançon inévitablement dans tous les esprits : « L'Algérie a une position doctrinale immuable et connue y compris au sein du système des Nations unies. Cette position constante, nous l'avons réaffirmée à de nombreuses reprises : l'Algérie ne verse pas de rançons et elle condamne fermement cette pratique, qu'elle soit le fait des Etats ou d'organismes parapublics ou privés ». Les faits semblent pourtant indiquer tout le contraire. Des négociations de plusieurs mois entre l'armateur soutenu par les diplomaties algérienne et ukrainienne, et les ravisseurs, n'ont pas réussi à aboutir. Le montant de 7 millions de dollars exigé par les pirates somaliens a fait l'objet d'un marchandage selon divers sources rapporté par le magazine Somalia Report. International Bulk Carriers aurait finalement payé la moitié de la rançon initialement demandé, 3,5 millions de dollars, qui auraient été remis mercredi dernier, selon un des pirates cité par le Magazine somalien. Les 25 membres d'équipage du MV Blida avaient repris, jeudi, la mer. Ils bénéficiaient, au moment de la déclaration des AE algériennes, d'une escorte internationale sous mandat de l'ONU. Outre les 17 marins de nationalité algérienne, six Ukrainiens, deux Philippins, une Jordanienne et une Indonésienne composaient l'équipage du navire. Deux des otages, l'Algérien Azzedine Toudji et un Ukrainien, ont été libérés le 12 octobre dernier, officiellement pour des raisons médicales.
Les européens vont s'emparer de ce précédent
La nouvelle de la libération des marins du Blida comble leurs familles de bonheur après un supplice de 10 mois et 3 jours. Le compte rendu de Azzedine Toudij sur les conditions sanitaires et morales de leur captivité ont accentué les craintes sur leur survie. Son témoignage a probablement accéléré le dénouement heureux de ce rapt dans une région, la plus dangereuse du monde pour la navigation maritime. Leur retour en Algérie sera sans doute mis en scène par les autorités comme le laisse supposer, le communiqué du ministère des affaires étrangères. La question du paiement d'une rançon, qui parait toujours légitime pour les familles confrontées à de semblables drames, devrait toutefois pousser Alger à faire profil bas. Amar Belani a encore voulu rappeler l'engagement de l'Algérie contre le paiement des rançons : « 'd'ailleurs, après l'adoption de la résolution 1904 du conseil de sécurité, nous poursuivons nos efforts avec certains de nos partenaires pour criminaliser effectivement le paiement des rançons qui constitue une des sources principales du financement du terrorisme et du crime organisé ». Un rappel qui ne manque pas d'audace alors que l'Algérie sait que ses partenaires européens vont s'emparer de cette affaire du MV Blida, pour garder la liberté de négocier avec les ravisseurs la liberté de leurs concitoyens détenus dans la région sahélo-saharienne. 4 ressortissants étrangers ont été enlevés sur le territoire algérien en 2011, une touriste italienne dans la région de Djanet en mars dernier, et trois humanitaires, deux espagnols et un italien au camp sahraoui de Rabouni, près de Tindouf, récemment le 23 octobre. L'Algérie a fait de l'interdiction du paiement de rançons aux groupes islamistes armés de l'AQMI, une « doctrine » depuis 2003 et l'enlèvement spectaculaire de 31 touristes européens dans le Sahara algérien. Il sera difficile d'empêcher Madrid, qui ne se cache pas de recourir au paiement de rançon, et Rome, de tenter de libérer leurs ressortissants y compris en achetant leur salut. Le département de Mourad Medelci continue de parler comme si les négociations avec les pirates somaliens avaient débouché sur un échange de bons procédés : poignées de mains contre otages.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samy Injar
Source : www.maghrebemergent.info