
Les auditions des accusés se sont poursuivies, hier, au tribunal criminel près la cour de Blida, concernant l'ancien directeur général de KRC, Amghar Mohand Ameziane Ali, et les commissaires aux comptes d'El Khalifa Bank, qui ont levé le voile sur la disparition de 40 voitures et sur les pratiques d'une banque loin de respecter les règles et les ratio prudentiels en accordant des crédits dépassant largement les 20% de ses fonds propres et des comptes d'ordre, avec des écritures entre sièges non débouclées.Amghar Mohand Ameziane Ali est un ancien cadre dirigeant de la BNA qui cumule 30 années d'expérience. A peine avait-il pris sa retraite, en 1998, qu'il rejoint Khalifa Bank par l'intermédiaire de Ghazi Kebbache, oncle de Abdelmoumen Khalifa, mais aussi de Kaci Ali, premier PDG de Khalifa Bank, qu'il a connu en tant qu'ancien collègue de la BNA.Il a été recruté avec un salaire de 80 000 DA, au poste de directeur général de l'administration, puis promu vice-président de l'administration, conseiller chargé du développement avant d'être nommé, en novembre 2000, à la tête de la Sarl Khalifa Rent Car (KRC), une filiale créée par El Khalifa Bank (50%) et Khalifa Airways (50%). D'emblée, il nie toute relation entre KRC Algérie et KRC France qui est, comme le précise le juge, une filière de KRC Algérie. «Je sais qu'elle était gérée par un certain Brandéla, mais nous n'avions pas de contact», ne cesse-t-il de répéter.Le juge lui rappelle les propos qu'il avait tenus lors de l'instruction, selon lesquels cette filiale était gérée par Kassa Sami Jacques Soualmi (le directeur d'El Harrach) et Chachoua Amine. L'accusé nie tout en bloc. Durant des heures, il se montre évasif, répétitif au point de s'emmêler les pinceaux et de susciter la colère du juge qui a du mal à suivre son raisonnement. Il l'interroge sur la personne qui achetait les véhicules pour le compte de KRC, et Amghar répond : «Je n'ai pas compris.»Le juge : «Je vous parle en arabe. Qui achetait les voitures à KRC '» «Moi je recevais les voitures, les contrôlais et je les comptabilisais?», dit-il avant d'être interrompu par le président : «Vous aviez déclaré que c'était Badreddine Chachoua.» L'accusé, désarçonné, cherche une réponse qu'il ne trouve pas. Le juge lui demande s'il avait contracté un crédit et l'accusé affirme qu'il avait effectivement bénéficié de 1,5 million de dinars, précisant qu'il ne «s'agit pas d'un crédit, mais d'un prêt social».Le juge : «Comment l'avez-vous obtenu '» L'accusé : «J'habitais dans un F2, un logement de fonction de la BNA, sur la placette de Hydra, que j'ai acquis dans le cadre de la cession des biens. J'étais à l'étroit. Je voulais un plus grand appartement. Lorsque j'ai rencontré Abdelmoumen Khalifa, je lui ai dit que j'avais besoin d'un prêt pour acquérir un logement. Il a accepté, à condition, m'a-t-il précisé, que la somme ne dépasse pas les 15 millions de dinars. Je lui ai remis la demande, sur laquelle il a écrit 'accordé' et a signé dessous. J'ai été au bureau et j'ai demandé au comptable d'Airways de m'établir un chèque de 15 millions de dinars, que j'ai encaissé.»Le juge : «Pourquoi n'avoir pas demandé directement à Khalifa Bank '» L'accusé : «J'avais le droit de faire des opérations. C'est réglementaire.» Le juge lui demande s'il a déposé un dossier pour ce prêt et l'accusé répond : «Non.» Pour justifier cette opération, dit-il, «tout à fait légale, le comptable a devant lui un débit et un chèque à mon nom». Le président insiste et l'accusé reste évasif au point d'irriter le juge. «Abdelmoumen vous a donné un accord verbal et vous allez à la comptabilité encaisser le montant.En tant qu'ancien banquier, estimez-vous cette opération légale '» L'accusé : «Je travaillais. J'étais gérant de KRC. A la fin de l'année, j'ai établi les bilans où ce prêt était signalé avec les justificatifs.» Le juge : «Avez-vous remboursé le montant '» L'accusé encore une fois va chercher très loin sa réponse pour dire à la fin : «Où est le problème, si je suis signataire et ordonnateur ' J'ai un salaire de 150 000 DA, c'est la garantie pour le remboursement. J'attendais un échéancier du groupe, parce que moi, en tant que responsable de KRC, je ne pouvais pas le faire. Et en 2003, il y a eu ce qu'il y a eu.»Le juge lui demande s'il avait fait sa demande de prêt par écrit et l'accusé répond : «Non, verbalement.» Le magistrat, visiblement fatigué d'entendre l'accusé dire n'avoir rien compris à la question, lui lance : «Qu'avez-vous fait de ce montant '» Amghar répond : «J'ai acheté un F6 rue Khelifa Boukhalfa pour 9 millions de dinars, que j'ai rénové pour un million de dinars.» Le juge lui fait remarquer qu'il n'a rien remboursé jusqu'en 2003, lorsque le liquidateur l'a convoqué. «Je lui ai remis les bilans et le procès-verbal de l'assemblée générale des actionnaires, où l'accord de ce prêt avait été donné», dit-il. Et le magistrat précise : «Vous avez encaissé le chèque bien avant cette réunion. Ce n'est pas un prêt, mais un cadeau.»«Je suis gérant, j'ai le droit d'être ordonnateur et bénéficiaire»L'accusé ne cesse de répéter qu'il attendait que le groupe lui établisse un échéancier de remboursement. Il explique qu'en 2005, il a revendu l'appartement acheté et remboursé 11 millions de dinars au liquidateur. «Quant aux 4 millions de dinars restants, nous ne nous sommes pas entendus. Il m'a donné trois ans pour terminer le remboursement.» Le juge : «Avez-vous eu un autre prêt '» D'une petite voix, il déclare : «Oui, en 1999, d'un montant de 3 millions de dinars?» Le magistrat précise : «Non, 4,5 millions de dinars.» Et l'accusé réplique : «Si on compte les intérêts?» Ce prêt lui avait été accordé par Khalifa Bank pour acheter un logement auprès de l'OPGI de Bir Mourad Raïs, révèle Amghar. «Ce logement n'était pas prêt. J'avais l'intention de le vendre après pour rembourser le crédit?»Le juge : «Vous n'aviez pas remboursé le premier et vous en preniez un autre?» Mal à l'aise, Amghar murmure : «Pour moi, c'était légal.» Le juge demande à l'accusé où se trouvait le bureau de Abdelmoumen Khalifa. «Il n'avait pas de bureau. Tous les bureaux se trouvant au niveau des filiales lui appartenaient», dit-il, suscitant des rires dans la salle. «Comment un PDG d'un groupe aussi important n'a pas de bureau '» lance le juge.Amghar persiste dans sa réponse. Le magistrat comprend la réaction d'Amghar : «Vous voulez jouer au malin avec le tribunal. Vous me dites que Abdelmoumen n'avait pas de bureau pour éviter que je vous parle de la secrétaire Nadjia Aiouaz, parce que lui-même a dit qu'elle n'était pas sa secrétaire.» L'accusé : «Nadjia Aiouaz m'a été présentée par Abdelmoumen, lorsque j'étais directeur général de l'administration. Il m'a dit qu'elle était à la BDl et qu'elle avait besoin de travailler. Elle était là-bas comme secrétaire et quand je suis parti, elle y est restée. Elle a été ma secrétaire puis celle de Nanouche, de Ghazi et de Alloui.Elle recevait les communications, prenait les rendez-vous et quand Abdelmoumen avait besoin d'un numéro ou d'un café, il faisait appel à elle. Il était rarement là-bas. Il n'avait pas de bureau.» Le juge : «Au siège du groupe, Abdelmoumen n'avait pas de bureau '» L'accusé : «Ahhh, au siège ' Bien sûr qu'il a un bureau et un secrétariat et quand on appelait, c'était Aiouaz qui répondait.» Il jure que sa filiale était rentable et avait dans ses comptes 20 millions de dinars.Maître Meziane, avocat de Khalifa Bank, demande à l'accusé ce qu'il a remis comme document pour justifier le retrait du montant et Amghar éclate : «Il ne s'agit pas d'une opération commerciale, mais interne. C'est juste un prêt. La pièce comptable est créée par le comptable qui précise que M. Amghar a obtenu un prêt personnel.» Il lui demande pourquoi avoir pris la somme de 15 millions de dinars. L'accusé répond : «Pour rembourser le premier prêt et acheter un logement.»L'avocat lui demande aussi s'il sait que KRC a été liquidée en laissant une ardoise de plusieurs milliards de dinars. L'accusé, médusé, déclare : «Je ne sais pas.» Le procureur général demande à Amghar quel poste il occupait à la BNA. Et l'accusé de répondre : «Directeur du contrôle du crédit et de recouvrement des créances», précisant : «Il y a une différence entre crédit et prêt.» Le procureur général lui rappelle la lettre qu'il a écrite au liquidateur, lui disant que le montant de 1,5 million de dinars était «une donation du PDG».L'accusé est déstabilisé, il perd la voix. Le procureur poursuit son interrogatoire ; il revient à la société KR, et demande à l'accusé combien de véhicules ont été remis à des dirigeants de sociétés publiques ayant fait des placements à Khalifa Bank. Amghar rétorque : «Je ne sais pas.» Mais le magistrat signale que 10 véhicules de KRC ont été affectés dans le cadre de «L'Année de l'Algérie en France» et ont disparus.L'accusé lâche timidement : «Je ne sais pas ?» Le magistrat : «Des gens ont pris les véhicules pour le projet de l'année en Algérie, et ils sont partis sans rien faire?» L'accusé : «Moi j'ai facturé.» Le procureur général : «L'association Radieuse a pris aussi des véhicules?» L'accusé : «S'ils les ont volés, c'est avec des factures.» Le procureur général : «Sur ordre du PDG, 40 véhicules de KRC ont disparu dans la nature? La C5 n'a-t-elle pas été donnée à un dirigeant d'une société publique qui avait fait des placements '» L'accusé : «Ces voitures sont sorties avec des noms de personnes et non de sociétés.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com