
Le Service national est une école de la vie et du vivre-ensemble«Le Service national est un contrepoids aux tendances à l'atomisation qui caractérise les sociétés modernes, où l'exclusion remplace la solidarité nationale. (...) Le service est avec l'école une des meilleures occasions de brassage social, de rencontre des autres, de découverte de ce qui fait le fond de la nation.» Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français de l'Education puis de la Défense, deux fois démissionnaire de ses postes de ministre pour ses positions tranchéesLe 21 mai, une dépêche de l'APS nous apprenait que le Conseil des ministres a examiné et approuvé un projet de loi relatif au Service national et réduisant sa durée à une année. Le projet de loi propose notamment la réduction de la durée du Service national de 18 à 12 mois et la prise en considération de la période de Service national comme expérience professionnelle pour les jeunes en quête d'emploi. Les dispositions proposées dans ce texte s'inscrivent «en droite ligne» avec la professionnalisation en cours de l'Armée nationale populaire et «répondent aussi à des attentes exprimées par les jeunes concernés par le Service national», explique le communiqué. Ce dossier important me semble être expédié d'une façon anonyme au sein de l'Assemblée nationale, il s'agit d'un dossier éminemment important pour la nation, celui de la pérennité du Service national avec les outils du XXIe siècle. Il est regrettable que ce dossier ne fasse pas l'objet d'une attention particulière.Il faut savoir en effet que dans la vie des nations, une préoccupation majeure des gouvernants est comment maintenir une solidarité et une cohésion sociale. Pendant longtemps, la tribu a joué un rôle important en ce sens que les individus qui s'y reconnaissaient étaient liés par un ciment invisible une sorte de «açabbya khaldounienne». Progressivement, en Occident, les modes de gouvernance féodaux (seigneurs, royautés) ont été remplacés par l'Etat des Nations qui ne peut vivre que s'il s'appuie sur des mythes fondateurs constitués par les récits historiques et les vicissitudes des hommes et des femmes qui ont partagé, sur un territoire donné, les heurs et les malheurs. Il est apparu par la suite et graduellement, la notion de patrie individualisée. Naturellement, cette patrie doit être défendue et c'est là qu'intervient le service militaire qui est une période de la vie de chaque citoyen dédiée à la patrie. Avoir fait le service militaire était un signe de promotion sociale Cette notion de service militaire a évolué dans les pays occidentauxLe service miliaire et le Service national en EuropeA titre d'exemple, quand il s'est agi de réformer le service militaire en France, le président Chirac a confié à une commission de sénateurs de tous bords le soin de réfléchir sur l'avenir du Service national. Cette commission a entendu des personnalités aussi bien du monde militaire, mais aussi des responsables politiques, du monde scientifique, économique. Tout ceci pour arriver à une mouture sur la professionnalisation de l'armée. En France, le Service national a évolué du fait de la professionnalisation de l'armée voulue par Jacques Chirac. (...) Pour ce prêtre âgé de 45 ans, directeur d'un foyer d'étudiants à Angers, développer une armée de métier aux dépens de la conscription, a même été une «catastrophe» d'un point de vue social. «On a mis à mal le creuset républicain, estime-t-il. Cela a laissé un grand vide... Les jeunes ont de plus en plus de mal à se mélanger aujourd'hui et l'éducation se fait aussi par la rencontre de l'autre, qui n'est pas si naturelle que cela. Il y a tout un apprentissage du «vivre-ensemble» qui a disparu. En plus, on acquérait des points de repères pour la vie.» (1)«A un moment donné, l'accès à la citoyenneté politique était même lié au service militaire. Cela dit, tout ce qui peut encourager le brassage social, la rencontre des gens qu'on n'aurait pas côtoyé par ailleurs, le sentiment d'appartenance à une même nation et la cohésion sociale, comme le service civique, est une belle ambition. À cet âge, on a envie de changer le monde, on cherche des opportunités pour mettre en oeuvre ses rêves. On doit avoir le droit à l'essai. Et que la société donne le droit à l'expérimentation à ces jeunes est un bon signe.» (1). Dans un rapport au Sénat français, les arguments les plus couramment portés à l'actif du Service national sont de plusieurs ordres. Le Service national constituerait tout d'abord, un élément essentiel de l'identité républicaine, à côté de l'instituteur et l'officier, et serait, avec le droit de vote, un élément crucial de la citoyenneté française. D'autre part, le Service national contribuerait, en favorisant le brassage de contingents hétérogènes, à la cohésion de notre société. Par ailleurs, le Service national garantirait la permanence du lien armées-Nation, essentiel dans une démocratie, et nourrirait l'esprit de défense, indispensable à la survie de notre pays. Enfin, le Service national agirait comme un filtre entre les jeunes gens et le chômage, en préparant leur insertion dans le marché du travail. (2) Le service militaire a incontestablement été l'occasion, pour des millions de jeunes issus du monde rural, d'une initiation à la modernité, à travers le maniement d'équipements plus sophistiqués que l'outillage agricole de l'époque, et à travers la découverte de la civilisation urbaine (...) La défense du territoire national contre une menace qui ne prendrait pas nécessairement une forme militaire pose la question de l'adaptation de l'armée mixte à des risques aussi diffus que le trafic de drogue, le développement du terrorisme L'un des arguments couramment cités à l'actif du Service national dans sa forme actuelle concerne la contribution de celui-ci à la cohésion de notre société, à travers son influence sur l'intégration sociale des appelés et sur le brassage social de contingents très hétérogènes. Le modèle idéal du Service national est conçu comme le «creuset» de la société républicaine.La politique des grands travaux du New Deal américainJe veux rapporter ici une expérience qui devrait nous inspirer. Il s'agit du Civilian Conservation Corps aux Etats-Unis. Le Civilian Conservation Corps (CCC, Corps civil de protection de l'environnement) était un programme de l'administration américaine créé pendant le New Deal pour donner du travail aux jeunes chômeurs répondant à certains critères: être célibataire, en bonne santé, citoyen américain, et avoir un membre de sa famille qui reçoit des aides sociales. Ce programme fut mis en place le 31 mars 1933 par le président des Etats-Unis Franklin D. Roosevelt et fut dissous le 30 juin 1942. Grâce à des travaux de reboisement, de lutte contre l'érosion et les inondations, ce programme financé par des bons du Trésor permit l'embauche de milliers de jeunes chômeurs dans tout le pays: 250 000 emplois furent créés pour les 18-25 ans; en huit ans, le CCC garantit un salaire mensuel de 30 dollars à près de deux millions de jeunes hommes. Il permit également de faire progresser l'instruction des jeunes grâce à des cours du soir. L'intérêt était double: éviter que les jeunes ne tombent dans la délinquance ou la pauvreté, et permettre de diminuer le chômage tout en offrant une source de revenus aux familles les plus directement exposées (3).On ne peut qu'être d'accord et peut-être sans inspirer de la contribution suivante: «Face à la crise des valeurs qui gangrène la société, replaçons la citoyenneté et le civisme comme source du vivre-ensemble. Tous les sondages nationaux en témoignent, notre pays connaît une grave crise de valeurs, qui se traduit en défiance de l'action publique et du personnel politique. Il faut donc recréer de la confiance et une énergie collective positive. Un appel obligatoire sous les drapeaux de tous les jeunes, quelles que soient leurs origines et conditions sociales, dans le respect de l'égalité républicaine, pour suivre un apprentissage civique et mener des actions d'intérêt général en lien avec les maires pour répondre aux besoins sur le terrain, permettrait de renforcer la valeur de la discipline individuelle et collective, le sentiment républicain et patriotique, et de cultiver les vertus de la mixité sociale pour un meilleur «vivre-ensemble». Ce Service national durerait 6 mois et serait universel, s'adressant aux filles comme aux garçons et pourrait faire l'objet d'un encadrement militaire. (4)Historique de l'avènement du Service national en AlgérieNous avons plus que jamais besoin de tout ce qui peut consolider ce ciment fédérateur autrement que par le ciment fugace de la réussite de l'Equipe nationale. Tout a commencé, pour l'aventure du Service national, le croyons-nous, avec la guerre des Six jours de 1967. Le président Boumediene décrète la mobilisation des jeunes filles et garçons universitaires. C'est ainsi que l'on s'est retrouvé le 5 juillet 1967 mobilisés dans les différentes casernes du pays pour 45 jours qui furent réalisés dans des conditions relativement corrects. Deux ans, le Service national était instauré pour les jeunes, les EOR (Elèves Officiers de réserve) à Cherchell pour les universitaires et l'Ecole des sous-officiers à Blida pour les autres. Après la FCB (formation commune de base), de six mois, les universitaires de Cherchell, une fois leur grade acquis, se voyaient affectés pour 18 mois, dans tous les chantiers du pays en cours. Tout d'abord, la construction des 1 000 villages pour compenser une partie des 10.000 villages brûlés au napalm pendant la guerre de Libération. Ce fut aussi le mythique Barrage vert long de 1200 kilomètres d'est en ouest sur une profondeur qui pouvait avoir quelques kilomètres. Barrage qui est de nouveau en odeur de sainteté - changements climatiques obligent'- après avoir été mis en veilleuse pendant plus de trois décennies Ce fut aussi le chantier de la transsaharienne qui n'est toujours pas terminé, ce fut aussi le cas des milliers de cadres universitaires envoyés dans les entreprises, notamment du pétrole, juste après la nationalisation des hydrocarbures, Ce fut enfin tous les universitaires envoyés enseigner dans les écoles de l'Armée (l'Ecole des Cadets de la révolution de Koléa (Encrk) et les écoles de l'air à Tafraoui, et l'Ecole d'ingénieurs de Bordj el Bahri).Sans conteste, il y avait de ce fait un cap et une «occupation pleine des jeunes». Nous n'avions pas de moyens matériels et surtout humains en matière de compétence, mais nous avions la foi. Tout ce savoir qui aurait dû être capitalisé s'est graduellement délité. Boumediene mort, tout fut détricoté minutieusement, même l'affectation des jeunes du Service national dans des projets structurants. Nous nous retrouvons, en 2014, en train de confier la construction de ce pays à des étrangers sans aucune sédimentation. (5)L'Algérie des années 1970 était un immense chantier où tout était à faire. Comment retrouver la foi dans notre pays' Est-ce qu'il faut s'en remettre à une équipe de football qui nous donne certes un peu de bonheur. Certes, l ?Algérie a des besoins en eau, en routes, en bâtiments, en logements. Ces prouesses réalisées par les étrangers avec l'argent de la rente sont à saluer. Nous devons conjurer l'illusion du développement: avoir 40 millions de portables pour 40 millions d ?habitants n ?est pas un signe de développement, rouler en 4x4 et consommer d ?une façon débridée l ?énergie, n ?est pas un signe de développement. On peut reprocher sans doute, beaucoup de choses au défunt président Boumediene, à son crédit la mise en place d ?un Service national, véritable creuset de la nation, qui avait permis un temps de contribuer au brassage des Algériens.Que reste-t-il de tout cela' Mieux, on peut vivre, faire l'école, le lycée et l'université dans sa ville, plus de mobilité, plus de contact avec les autres Algériens. Le jeune de plus en plus s'identifie à sa région, sa ville, son quartier. C'est tragique, dangereux et porteur de danger.Le monde a profondément changé. Des alliances se nouent, d ?autres se dénouent. Quoi qu ?on dise, les regards sont braqués sur l ?Algérie. Nous ne sommes pas à l ?abri d ?un tsunami, nos frontières sont de plus en plus vulnérables l'Algérie est devenue le premier pays d ?Afrique par la superficie et il ne faut pas croire que nous sommes invulnérables. Le démon du régionalisme, la soif de pouvoir, l ?appât du gain et pour notre malheur, l ?étendue du pays, sa richesse en hydrocarbures et en terres agricoles sont autant de critères de vulnérabilité.En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant. La nation est, d'après Ernest Renan, un plébiscite de tous les jours. Imaginons, pour rêver, que le pays décide de mettre en oeuvre ce Service des bâtisseurs du développement national qui n'est pas contradictoire avec les autres missions de l'armée telle que la professionnalisation rendue nécessaire par la marche du monde. Pour ces grands travaux confiés aux Chinois et Japonais, sans sédimentation ni transfert de savoir-faire, ils permettront de mobiliser à l'instar du Civilian Conservation Corps américain la fine fleur de ce pays pour des projets structurants dans tous les domaines, chacun en fonction de sa compétence ou de ses moyens physiques apportera sa contribution, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les chevilles ouvrières à des degrés divers d'une transition énergétique qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables. Nul besoin alors d'une Equipe nationale comme repères, le vrai bonheur transparaîtra en chacun de nous par la satisfaction d'avoir été utile, et en contribuant par un travail bien fait, par l'intelligence et la sueur, à l'avènement de l'Algérie de nos rêves. Il ne tient qu'à notre volonté de faire de nos rêves une réalité. Demain se prépare ici et maintenant.Justement on ne soulignera jamais assez le rôle prédominant du Service national qui est une Ecole de la vie et du vivre-ensemble. Le Service national devrait être une institution de la Nation et son importance devrait plus que jamais être inscrite dans la prochaine Constitution. Nous avons besoin d'un Service national au service plus que jamais du développement du pays. Encore une fois et au risque de me répéter, l ?Algérie de 2014 se cherche, elle est d ?abord, en quête d ?un projet de société avec un désir d ?être ensemble. L ?Algérie a besoin de tous ses fils et filles sans exclusive. Seul un ciment puissant permettra à l'Algérie de ne pas voler en éclats. Justement, la mise en place d'un Service des Bâtisseurs du développement national permettra par le brassage des régions d'abord, de réconcilier les Algériennes et les Algériens avec leur Histoire de telle façon à en faire un invariant qui ne sera pas récupéré d ?une façon ou d ?une autre. C ?est donc à une vision nouvelle de société qu ?il nous faut arriver. Plus généralement, il faut faire retrouver au peuple algérien cette dignité et cette fierté d ?avoir contribué même de la façon la plus humble à l ?avènement d ?une Algérie fascinée par l ?avenir, mais qui reste fière de son identité.1. Pascal Charrier http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/2001-2011-du-service-national-au-service-civique-_NG_-2011-06-24-6765112. M. Serge Vinçon, L'avenir du Service national Rapport du Sénat n° 349 / 1995-1996 / Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées3. http://www.lisnard2014.fr/il-faut-recreer-service-national/#sthash. Ypmk4RKy.dpuf4. Civilian Conservation Corps. Encyclopédie Wikipédia5.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/134862-le-vivre-ensemble-et-l-utilite.html'print
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chems Eddine CHITOUR
Source : www.lexpressiondz.com