Blida - A la une

PATRIOTES 90



Parmi les souvenirs vivaces qui me restent de cette période, il y a celui du jugement du capitaine qui dirigeait le groupement de Beni Atelli, par le tribunal militaire de Blida.
Je passe sur la convocation de la gendarmerie en tant que témoin ainsi que sur le juge qui m'avait écouté, un peu à la dilettante, sur les faits et gestes du capitaine au moment des faits. Ce matin-là, l'affaire est programmée après toute une série d'autres affaires en rapport avec la discipline et le règlement militaire. Une désertion, un responsable de l'ordinaire peu ordinaire, une histoire de pneus volés et je ne sais quoi d'autre. Je suis surpris par le nombre important d'avocats civils venus défendre les accusés. Magnifiques dans leur robe noire, ils formaient un contraste singulier avec la tenue civile de leurs clients. Une bonne douzaine ou peut-être plus ! La salle d'audience était, par contre, clairsemée et se vidait au fur et à mesure que les affaires passaient, jusqu'à ne plus contenir que les personnes concernées par l'affaire de Beni Atelli. Curieusement, le banc des avocats et la salle se vident quand le président aborde l'affaire. On ramène l'inculpé. Il est censé être ce Rambo qui, armé d'une impressionnante arme, avait rejoint le petit groupe de militaires sur les lieux du faux-barrage. Je ne le reconnais pas. Il me semble plus petit, menu, fragile et désarçonné. Rien à voir avec le Rambo d'avant. Le président le somme de s'expliquer sur ce qui s'est passé ce jour-là et le procureur, en lisant l'acte d'inculpation, le charge au maximum, le tient comme principal «responsable» du massacre et demande la sanction la plus sévère qui soit. Les témoins sont priés de se lever et de se mettre debout face au président. Je reconnais l'autre capitaine, adjoint de l'inculpé au moment des faits qui avec ses cinq soldats avaient tenté de porter secours à ceux qu'on massacrait. A ses côtés, le responsable des gardes communaux stationnés dans la guérite, à quelques centaines de mètres en allant sur Blida. Il y a là aussi les jeunes qui ont pu s'échapper du bus ou des 505 taxi. Tous des appelés en permission. Parmi eux, peut-être l'homme au pantalon blanc et au tee-shirt noir. Pas de civil. Aucun témoin n'étant appelé nommément, j'hésite à rejoindre le groupe qui s'est formé. Je finis par me lever et me placer un peu en retrait des autres. La salle est maintenant quasiment vide et le banc des avocats aussi. Les deux capitaines et le responsable de la guérite sont entendus. Pas les autres. Pas moi, en tout cas. Mais ce que j'entends de tout un chacun me permet de reconstituer une bonne partie du puzzle resté inachevé dans mon subconscient. Je comprends alors que le faux-barrage n'avait rien de fortuit mais qu'au contraire, il était «bien» préparé. En effet ce jour-là, la moitié des militaires stationnés à Oued Atelli étaient en permission. De plus, seize heures, c'était l'heure de la relève de la garde (le casernement était pour ainsi dire vide). C'est aussi un moment où la circulation est particulièrement dense, chaque automobiliste étant pressé de rentrer chez lui avant la tombée de la nuit. J'apprends que sur les 11 postes de garde prévus le long de la route nationale entre Hamdania et l'entrée de la ville de Médéa, seul celui qui était prévu aux abords de l'ancien chantier yougoslave n'avait pas été installé. C'est de là que l'on tirait sur les militaires pour les maintenir en respect pendant le déroulement du macabre forfait. J'apprends aussi que les gardes communaux ne sont pas intervenus pour le fait qu'il leur était interdit de sortir de leur abri sur ordre du responsable de la sécurité de la wilaya. La note était affichée à l'intérieur de la guérite. Les témoins sont priés de retourner à leurs places et je quitte la salle sans attendre la suite du procès.


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