Son cheval de bataille a toujours été ce penchant pour le dessin et la broderie. Il est propriétaire, depuis six ans, d'une boutique spécialisée dans la broderie traditionnelle en plein centre de Blida.
Elancé et chétif à la fois, Mohamed Bardad a le profil d'une personne réservée. En effet, de nature timide, cet artisan aux doigts de fée, revient posément sur sa jeune carrière. Bien qu'âgé aujourd'hui de 33 ans, Mohamed a contracté le virus de la broderie alors qu'il avait à peine 15 ans. Il s'est, en fait, inspiré du métier de sa mère, couturière et brodeuse de formation. Il confie que sans le vouloir, il a été happé par ce métier qui demande avant tout de la concentration et de la rigueur au moment de la réalisation de tous les points de broderie. Les premiers conseils et cours lui seront prodigués par sa douce maman. Elle lui inculque les rudiments du métier. Nullement satisfait et voulant percer davantage dans l'univers de la broderie, il décide de se présenter à un concours au Centre culturel de Blida, où il se fait tout de suite remarquer par son excellent travail. Il suivra une formation de quelques mois dans ce centre pour acquérir d'autres techniques de broderie.
Mohamed Bardad se souvient que la clientèle se bousculait à la maison pour récupérer les commandes diverses, dont notamment des châles, des étoles, des trousseaux de mariées ou encore ceux de bébés. «Comme j'étais tout jeune, j'avais honte d'aller à la rencontre de ma clientèle. Je ne me montrais jamais. C'est ma mère qui accueillait ce beau monde en lui remettant ses articles. Ma mère était mon intermédiaire directe. J'avais une peur tout à fait légitime de ne pas approcher ma clientèle. Cela fait seulement trois ans que je vais à la rencontre de mes clientes», révèle-t-il.
Si au début de sa carrière Mohamed faisait le travail tout seul, aujourd'hui il se fait aider par de jeunes brodeuses. «C'est moi qui dessine le modèle, puis je commence le travail de broderie, et ensuite je laisse le soin aux jeunes brodeuses de terminer. Je surveille ''point par point'' leur travail. Une fois la broderie finie, je m'occupe personnellement de la finition, car je suis très exigeant même avec moi-même.» Pour cet artisan, le talent, le don et toute la bonne volonté ne suffisent pas pour réaliser une pièce maîtresse de qualité, et ce, tant que la matière première n'est pas disponible sur le marché national. Cet artiste du fil et de l'aiguille est convaincu que s'il trouvait du bon fil, il travaillerait encore beaucoup mieux.
Idem pour les tissus nobles, notamment pour la «soie», un tissu doux et léger idéal pour la broderie à la main. Il essaye d'innover dans l'utilisation des tissus, en se servant notamment du satin marocain, du crêpe gommé, changeant ou pailletté. La valeur d'une pièce brodée dépend automatiquement des motifs et de la qualité du fil utilisé. «C'est cette simplicité de la broderie réalisée à la main qui rend les travaux fastidieux. Il faut généralement plus de deux mois pour réaliser à la main une robe d'hôtesse, de mariée. Une étole chargée de motifs nécessite en moyenne un mois de travail. Il faut de la patience et de la disponibilité dans toute réalisation d'une pièce donnée.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nacima Chabani
Source : www.elwatan.com