Hier, la ville de Blida était parée, comme à la veille de chaque match, de nombreuses banderoles. Elle était ornée des couleurs nationales. Tout indiquait qu'aujourd'hui, un match décisif va avoir lieu. Des vendeurs à la sauvette arpentaient les trottoirs et interpellaient les automobilistes en mobilisant leur fibre patriotique afin qu'ils achètent un drapeau, une écharpe qui date de la CAN 2010, des bandanas'.
A chaque match de l'EN, ces jeunes souvent au chômage installent des petits stands informels afin d'écouler leurs marchandises qui bien souvent sont de piètre qualité et démodée, mais qui leur assurent un petit pécule.
Aux alentours du stade Tchaker de Blida, la tension qui entoure le match pour le compte du dernier tour de la qualification à la CAN 2013 était palpable. Les autorités ont décidé d'appliquer des conditions de sécurité drastiques à la veille du match. Nous n'avons pu nous approcher du stade, ainsi que les nombreux piétons qui étaient sur place car des barrières de sécurité entravaient le passage.
Des policiers, matraque à la main, agacés par les nombreuses sollicitations, nous ont indiqué que l'accès avait été interdit sur instruction du wali de Blida. Un supporter rencontré près du stade nous a révélé, dépité, que la vente des 24 000 billets s'était terminée hier et qu'il y avait eu du grabuge autour de l'achat des tickets. De nombreuses personnes ont attendues des heures durant, sans pouvoir obtenir le précieux sésame. «Quand je me suis présenté au guichet, on m'a dit qu'il n'y avait plus de billets, du fait qu'une seule personne avait la possibilité d'en acheter cinq.
Ce n'est donc pas étonnant qu'il n'y en ait plus», déplore-t-il, ajoutant que le prix modeste du billet (200 DA) avait donné la possibilité à de nombreux jeunes de les vendre via le marché noir. Ainsi, pas loin du stade, au vu et au su de tous, même des services de sécurité, de nombreux jeunes s'adonnent à la vente de billets illégalement.
Un jeune vendeur nous indiquera que ce commerce lui permet d'arrondir ses fins de mois. «Les billets au marché noir se vendent entre 800 et 1000 DA aujourd'hui (hier) et 3000 DA pour les tribunes. Ce soir, je compte les augmenter de 500 DA, car je sais que de nombreux supporters déçus de ne pas avoir eu de place vont venir vers moi.
J'ai pu avoir 30 tickets, je suis sûr que je vais tous les écouler», nous dit-il, le sourire aux lèvres, ajoutant vendre également des tickets scannés (illégaux), ainsi que tous les accessoires et vêtements qui sont prisés par les familles lors des grands matches.
«Nous allons dormir sur une placette ou dans un jardin public»
Ainsi, à l'instar de nombreuses équipes nationales, un business entoure l'EN depuis deux ans. Les jeunes, souvent chômeurs, profitent de cette occasion pour arrondir leurs fins de mois et personne n'empêche ce commerce, car la paix sociale commence aux abords des stades qui depuis quelques années sont devenus un exutoire, des lieux où la violence règne. Deux supporters oranais rencontrés sur les lieux nous ont indiqué avoir acheté leurs billets au marché noir à 1000 DA et se retrouvent sans toit, car les hôtels affichent des prix exorbitants.
«Les hôteliers profitent de l'engouement qui entoure les matches de foot pour augmenter leurs tarifs. Une nuitée coûte entre 2000 et 2500 DA, voire plus. Nous n'avons pas les moyens de nous loger, nous allons donc dormir sur une placette ou dans un jardin public, non loin du stade, car il y a beaucoup d'agressions», déplore-t-il, ajoutant être tout de même heureux d'être arrivé jusqu'à Alger. «Ce n'est pas deux nuits à la belle étoile qui vont nous empêcher de soutenir notre équipe», nous a-t-il dit.
Cette EN a fédéré autour d'elle de nombreux jeunes prêts à faire des kilomètres pour assister à une performance. Un supporter nous indiquera qu'il faut montrer aux Libyens que les Algériens sont fair-play. «Nous allons bien les accueillir, nous voulons que cette rencontre reste dans un cadre sportif. Nous sommes frères», nous a-t-il dit, ajoutant déplorer la conduite de certains jeunes Algériens qui, selon lui, agitaient des drapeaux de l'ancien régime libyen par pure provocation. «Nous avons la culture du jeu et du respect. La politique n'a pas sa place ici», a-t-il conclu.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sabrina Benaoudia
Source : www.letempsdz.com