Jeudi dernier, une jeune médecin, demeurant à Blida, arrive à 15 h 50 aux urgences de l'hôpital Abderrahmane-El-Eutreuch de Khemis Miliana pour prendre la relève qui devait achever sa garde à 16h. Dix minutes avant la prise de service, le médecin de garde procède au passage des consignes.Sur ces entrefaites, médecins et témoins racontent : «Comme à l'accoutumée, il y avait foule devant la porte de la salle de consultation et c'est à ce moment que sont arrivés deux jeunes hommes qui accompagnaient leur père malade. Ils apostrophent le jeune médecin et lui demandent de s'occuper de leur parent. A son tour, elle demande aux jeunes gens de patienter juste le temps de recevoir les consignes de sa collègue sortante.»
Mal lui en prit, ajoutent les nombreux témoins rencontrés sur les lieux. L'un d'entre eux, dans un accès de colère, profère des insultes, des grossièretés et même des obscénités à l'endroit du docteur. Cette dernière, choquée, s'enfuit en direction du service administratif mais elle est poursuivie par l'agresseur qui continue à l'insulter et à lui proférer des menaces, (toujours selon les témoignages recueillis sur place auprès des présents et de certains agents).
La jeune médecin, encore sous le choc, remonte dans la chambre de garde et pleure toutes les larmes de son corps, nous indique-t-on et toutes les tentatives des responsables et de sa collègue de garde n'arrivent pas à la calmer ni à la convaincre de reprendre son service.
On apprend qu'elle a ramassé ses affaires personnelles et a quitté l'hôpital. La direction de l'établissement a alors fait appel à un autre médecin pour la remplacer. Nous avons rencontré la remplaçante qui venait d'arriver. En apprenant ce qui venait d'arriver elle nous confie : «Des agressions de ce genre, au niveau des UMC, nous les subissons quotidiennement et dans ce cas, nous nous trouvons seules face à nos agresseurs sans aucune protection.
Les agents de sécurité sont en nombre très restreint, parfois 4 et même 3, pour tout l'hôpital et ils n'arrivent pas à gérer le flux des malades, surtout la nuit, et en même temps assurer la surveillance de la structure hospitalière, notamment les portes d'accès de l'extérieur.»
Un autre médecin raconte: «Il n'y a pas longtemps, j'ai failli être défigurée à coups de lame de bistouri par un individu. Nous sommes tout le temps sur nos gardes. Nous sommes tellement stressées que nous sommes toutes sous traitement à base de neuroleptiques.»
Une autre ajoute : «Le pire c'est qu' en cas d'agression pendant l'exercice de nos fonctions, nous sommes tenues de déposer plainte individuellement au niveau de la justice avec toutes les démarches que cela implique ; alors que, selon la loi, nous sommes sous l'autorité de l'hôpital qui est responsable de notre sécurité.»
Un témoin nous dira : «Ce qui est grave, c'est qu'au lieu de sanctionner l'auteur direct du délit ou de l'infraction commise, on se contente de démettre de ses fonctions telle ou telle autre direction comme ce fut le cas récemment du directeur du secteur de la santé pour des raisons qui demeurent mystérieuses.»
Un autre témoin présent ajoute : «Le mal au niveau des UMC est plus profond et mérite qu'on y réfléchisse et qu'on prenne les bonnes mesures et ce n'est pas en sanctionnant les hauts responsables qu'on arrivera à assainir le climat qui règne dans ces services ; alors que la qualité des soins continue à se dégrader en même temps que les conditions de travail du corps médical et paramédical et même administratif. L'insécurité s'est installée et prend de l'ampleur.»
Faut-il aussi évoquer l'état de la structure hospitalière elle- même' Construite en préfabriqué dans l'urgence en 1984 après le séisme qui a dévasté Chlef et toute la région, c'est une structure qui se délabre.
Elle est dotée d'un scanner qui n'a jamais été mis en service depuis sa mise en place il y a plus de 10 ans. Acheté à coup de milliards tout comme ceux d'El Attaf et de Miliana qui sont encore sous cellophane.»
A mentionner aussi que le nouvel hôpital de 240 lits en construction depuis 6 ans au niveau du chef-lieu de wilaya, Aïn Defla, achevé à 98%, n'est encore doté d'aucun équipement faute de crédits selon certaines sources qui indiquent que ces crédits ne seront alloués que dans le cadre de la loi de finances de 2020.
Karim O.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim O
Source : www.lesoirdalgerie.com